L'ancien président Valéry Giscard d'Estaing est mort "des suites du Covid"

L'ancien président Valéry Giscard d'Estaing est mort "des suites du Covid"
L'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing, le 26 novembre 2019.

, publié le mercredi 02 décembre 2020 à 23h00

Chef de l'Etat de 1974 à 1981, VGE avait été hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois pour des problèmes cardiaques. Il était âgé de 94 ans. 

L'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing est décédé mercredi 2 décembre du Covid-19, entouré de sa famille, dans sa propriété d'Authon dans le Loir-et-Cher.

"Son état de santé s'était dégradé et il est décédé des suites du Covid-19", a indiqué sa famille dans un communiqué. "Conformément à sa volonté, ses obsèques se dérouleront dans la plus stricte intimité familiale", précise-t-elle.

Hospitalisé à Tours entre le 15 et le 20 novembre pour une "insuffisance cardiaque", celui qui dirigea la France de 1974 à 1981 était âgé de 94 ans. L'ancien chef de l'Etat avait auparavant été hospitalisé quelques jours mi-septembre à l'hôpital Georges-Pompidou à Paris pour une légère infection aux poumons. Il avait fait l'une de ses dernières apparitions publiques le 30 septembre 2019 lors des obsèques à Paris d'un autre président de la République, Jacques Chirac, qui fut son Premier ministre.


Plus jeune président de la Ve République lorsqu'il est élu en 1974, Valéry Giscard d'Estaing se voulait l'incarnation d'une modernité triomphante, issue du centre-droit libéral et démocrate-chrétien qui a bâti l'Europe d'après-guerre. Né le 2 février 1926 à Coblence, en Allemagne alors occupée par les forces françaises, engagé à 18 ans en 1944 dans la 1e armée du général de Lattre de Tassigny, Valéry Giscard d'Estaing disait admirer deux hommes, le général de Gaulle et Jean Monnet, père de l'Europe. 

Il n'a que 48 ans lorsqu'il est élu président en 1974, battant sur le fil François Mitterrand, et devient ainsi, dans une France qui enterre les Trente-Glorieuses et digère mai-68, le premier non-gaulliste à s'emparer de l'Elysée. Son élection fait souffler un vent de liberté sur le pays, après les années De Gaulle et Pompidou.

Aux réformes progressistes - abaissement de la majorité à 18 ans, dépénalisation de l'avortement, le nouveau président ajoute un style inédit, s'affichant au ski ou sur un terrain de football, convoquant sa fille sur ses affiches de campagne et son épouse Anne-Aymone lors de vœux télévisés pour la nouvelle année. L'homme à la silhouette élancée et au crâne dégarni renonce à l'apparat présidentiel pour sa photographie officielle, fait éclaircir le bleu et le rouge du drapeau tricolore et ralentir le rythme de la Marseillaise.

L'Auvergnat qui joue de l'accordéon à la télévision s'invite également chez les Français pour dîner, ouvre l'Elysée à des éboueurs maliens pour un petit-déjeuner de Noël, renouvelant une communication politique encore très cadenassée. Le très officiel ORTF est supprimé quelques mois après son arrivée au pouvoir.

Giscard d'Estaing est pourtant un pur produit de l'élite française et issu d'une grande famille bourgeoise : polytechnicien et énarque, il s'était distingué sous les ordres du maréchal de Lattre de Tassigny lors de la Libération, puis pendant huit mois en Allemagne et en Autriche jusqu'à la capitulation du Reich.

Entré au gouvernement dès 1959, VGE multiplie les postes ministériels à l'Economie et aux Finances dans les années 60 et 70. Le maire de Chamalières éclipse Jacques Chaban-Delmas, pour s'imposer comme chef de file de la droite jusqu'à sa victoire en 1974. Après des débuts prometteurs, VGE connaît une première crise avec la démission de son Premier ministre, Jacques Chirac, en 1976. Initiateur du "G7", le club des dirigeants des pays les plus riches, il donne une impulsion décisive à l'axe franco-allemand aux côtés du chancelier Helmut Schmidt.

Le ralentissement économique consécutif au choc pétrolier, les affaires - suicide suspect de son ministre Robert Boulin, diamants offerts par le président centrafricain Bokassa - ainsi qu'une inflexion de sa politique, plus conservatrice et économiquement austère, pèsent sur sa popularité. Le 10 mai 1981, il échoue à se faire réélire face à François Mitterrand, qui recueille plus d'un million de voix de plus que lui. "Je n'avais jamais imaginé la défaite", confiera-t-il plus tard. 

Après son départ resté dans les mémoires - il laisse une chaise vide lors d'une ultime allocution télévisée - Valéry Giscard d'Estaing, alors seul ex-président en vie, traverse une profonde dépression. "Ce que je ressens, ce n'est pas de l'humiliation, mais quelque chose de plus sévère : la frustration de l'œuvre inachevée", écrit-il en 2006 dans "Le pouvoir et la vie" (Compagnie 12).

Elu conseiller général en 1982 dans son fief de Chamalières, dans le Puy-de-Dôme, puis député en 1984, d'aucuns lui prêtent l'intention de diriger le premier gouvernement de cohabitation en 1986 - Jacques Chirac lui est préféré. Il redevient malgré tout l'un des leaders de la droite en dirigeant à nouveau son parti, l'UDF.

Mais, certain de la réélection de François Mitterrand, il ne concourt pas à la présidentielle de 1988. Sept ans plus tard, crédité de 2% dans les études d'opinion, il renonce à nouveau. Peu de temps avant sa mort, il se disait pourtant persuadé que, s'il s'était présenté, il aurait gagné contre Balladur et Chirac.

A partir de la deuxième moitié des années 90, Giscard et le giscardisme disparaissent peu à peu du paysage politique. L'ancien président de la France, européen convaincu, poursuit pourtant un ultime but : devenir président de l'Europe. En 2001, il prend la tête de la Convention pour l'Europe, chargée de rédiger une constitution européenne, qui sera rejetée par référendum (55% de non).

Cet économiste brillant, auteur de plusieurs ouvrages dont un roman où il imagine une relation avec Lady Di, avait été élu en 2003 à l'Académie française, dans le fauteuil de l'ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor.

En mai dernier, il avait fait l'objet d'une enquête pour agression sexuelle après la plainte d'une journaliste allemande qui l'accusait de lui avoir touché les fesses lors d'une interview plus d'un an plus tôt.
 

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