Karima Delli, jeune pousse de l'écologie "populaire" aguerrie au Parlement européen

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Karima Delli lors d'un meeting de EELV, le 21 mai 2019 à Paris
Karima Delli lors d'un meeting de EELV, le 21 mai 2019 à Paris
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© AFP, STEPHANE DE SAKUTIN

publié le samedi 08 mai 2021 à 15h04

Des origines populaires mais aussi des années au Parlement européen à cultiver l'art du consensus: candidate de l'union de la gauche dans les Hauts-de-France, l'écologiste Karima Delli fait valoir son parcours atypique pour trouver sa place face à son omniprésent rival Xavier Bertrand.

Habituée à faire figure d'"anomalie" dans l'arène politique par ses origines sociales modestes et son âge, la candidate se distingue aujourd'hui en étant la seule à rassembler pour les régionales socialistes, écologistes, communistes et insoumis, une performance dont elle se garde de faire un modèle à l'échelle nationale.

"Je n'ai pas choisi de faire de la politique, parce que la politique n'était pas faite pour moi", assure cette brune souriante, qui fait souvent une bonne tête de moins que ses interlocuteurs.

Agée de 42 ans et eurodéputée depuis 12 ans, la Nordiste répète comme un mantra qu'elle s'est engagée pour "changer la vie des gens", pas par ambition personnelle. 

Marie-Christine Blandin comme mentor

Fille d'immigrés algériens, dont le père ouvrier dans le textile ne savait ni lire ni écrire, Karima Delli a grandi à Tourcoing, 9e d'une fratrie de 13 enfants. Excellente façon de pratiquer l'économie du partage, souligne-t-elle, professant que l'écologie concerne au premier chef les classes populaires.

Soucieuse de rapidement gagner sa vie, elle débute ses études par un BTS en action commerciale avant, poussée par des professeurs, de poursuivre en sciences politiques, jusqu'à débuter une thèse.

La rédaction d'un mémoire universitaire sur les femmes en politique déclenche une rencontre décisive sous les ors du Sénat, celle de Marie-Christine Blandin, première femme à avoir présidé un Conseil régional, à l'époque Nord-Pas-de-Calais, dont elle devient assistante parlementaire. 

"Sa gentillesse lui a ouvert toutes les portes" se souvient Mme Blandin, évoquant ses attentions pour tous, huissiers ou personnel du restaurant.

Mme Blandin souligne aussi son efficacité pendant la crise des intermittents. "Avec sa jeunesse, son franc-parler, son côté populaire et direct, elle a fait un boulot de tricotage relationnel incroyable. Elle a du culot mais qui n'indispose pas, du culot utile. Elle se dit toujours +on va essayer+", résume son mentor.

Daniel Cohn-Bendit repère la jeune femme. Il apprécie le parcours et les talents d'agitatrice de celle qui pratique au sein de "Jeudi Noir" et de "Sauvons les riches", qu'elle a cofondé, un militantisme festif, déguisée en marquise ou en pirate pour dénoncer les inégalités.

Elle se voit confier la 4e position de la liste Europe Ecologie pour l'Ile-de-France aux européennes en 2009, une place a priori inéligible, mais se retrouve propulsée à Bruxelles quand le parti crée la surprise en dépassant 20%.

En 2016, benjamine de la primaire d'EELV, elle y incarne l'aile gauche en proposant la taxation "jusqu'à 90%" des plus riches et la réduction du temps de travail à 32 heures hebdomadaires.

Au Parlement européen, où elle est réélue en 2014 et 2019, elle co-préside la commission d'enquête sur le dieselgate puis prend la présidence de la commission des Transports et du Tourisme.

"Je ne suis pas idéologue"

"Je ne suis pas idéologue, je ne suis pas sectaire, dans aucun de mes dossiers: je suis là pour discuter avec tout le monde", revendique-t-elle, soulignant les tendances "très conservatrices" de cette commission.

En campagne, lors d'une visite de l'usine d'ammoniac Maxam Tan (Pas-de-Calais) en cours de liquidation judiciaire, elle prend minutieusement des notes, se fait répéter chiffres et noms, offrant un contraste saisissant avec Xavier Bertrand quelques semaines plus tôt au même endroit, qui occupait tout l'espace. 

Ses adversaires se plaisent à la dépeindre comme un pion de La France Insoumise, qui aurait hérité de la tête de liste pour en priver le communiste Fabien Roussel.

"Elle laisse filer un discours extrême, sans nuance, de donneur de leçon", attaque le bras droit de Xavier Bertrand, Christophe Coulon, qui lui trouve "les même capacités de mauvaise foi que l'extrême droite". Il glisse qu'elle "n'a jamais exercé aucune responsabilité exécutive locale". 

Interrogée sur son déficit de notoriété et sa moindre maîtrise de la communication politique que son rival, Marine Tondelier, élue écologiste à Hénin-Beaumont, rétorque que Karima Delli "a une détermination et une fraicheur qui risquent de ringardiser Xavier Bertrand". 

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