Juppé détaille son programme pour le "plein emploi en 2022"

Juppé détaille son programme pour le "plein emploi en 2022"
Pour Alain Juppé, "il faut des déclics de confiance immédiats pour lever les freins à l'embauche".

, publié le mardi 10 mai 2016 à 21h06

- Sortie des 35 heures, âge légal de la retraite fixé à 65 ans, suppression de l'ISF, zéro charges sur le Smic... Le favori des sondages pour la primaire à droite et la future élection présidentielle a détaillé mardi soir à Paris ses propositions économiques.

Avec un objectif affiché, comme une promesse de campagne : atteindre le plein emploi (chômage autour des 5%) à la fin du prochain quinquennat. "Les deux premières économies européennes, l'Allemagne et le Royaume-Uni, y sont parvenues, pourquoi pas nous?", explique-t-il dans une interview à paraître mercredi dans "Les Échos" -

Après l'éducation et la sécurité, Alain Juppé a consacré son troisième livre à l'économie. Intitulé "Cinq ans pour l'emploi", l'ouvrage sort ce mercredi 11 mai en librairie et le maire de Bordeaux en fera la promotion dans les médias toute la semaine. Il en a réservé la primeur à des patrons, des donateurs et des soutiens réunis mardi soir au Palais des Congrès à Paris. A la tribune : l'ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, Virginie Calmels, sa dauphine à la mairie de Bordeaux qui a activement participé au livre, ainsi que Maël de Calan qui vient tout juste de publier un ouvrage étrillant le programme, notamment économique, du Front national.

Mais, depuis 18 mois qu'il est entré en campagne, Alain Juppé a déjà dévoilé plusieurs pistes en matière d'économie. Pêle-mêle : la suppression de l'ISF, la sortie des 35 heures avec "référence du travail à 39 heures", l'âge légal de la retraite à 65 ans, zéro charges sur le SMIC, ou encore la baisse de la masse salariale de l'État via les départs en retraite... Fil conducteur : "une politique économique au service de l'emploi", "l'assainissement des finances publiques", et pour lui - l'homme échaudé par les grèves de 1995 - travailler sur "l'acceptabilité de la réforme", explique son directeur de campagne.


RÉFORMER PAR ORDONNANCES DANS LES 6 MOIS

"Réformer ce n'est facile nulle part. Vous pensez qu'Obama a réformé son système de santé facilement?", lançait le maire de Bordeaux récemment sur le plateau de "Canal+". "Nous nous donnerons six mois pour mettre en œuvre la dizaine d'ordonnances que nous sommes déjà en train de préparer", explique-t-il au quotidien économique "Les Échos". Nous gouvernerons aussi avec des ministres stables - entre 10 et 15, pas plus - qui seront les patrons de leur administration et pas de gentils organisateurs de sorties dominicales. Ils devront, sur le modèle anglais, rendre compte régulièrement.

RETRAITES : ÂGE LÉGAL DE DEPART À 65 ANS

Alain Juppé prévoit un vaste plan d'économies dans les dépenses publiques allant de 85 à 100 milliards d'euros sur 5 ans. Pour cela, le maire de Bordeaux veut relever l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans. "Il y aura un projet de loi au cours de l'été 2017", explique-t-il dans "Les Échos". "Concrètement, l'âge sera remonté de quatre mois par an à partir du début 2018. C'est la génération née en 1964 qui sera la première à partir à 65 ans. Il en résultera 20 milliards d'euros d'économies dès 2022 et 30 milliards une fois la réforme achevée". L'ancien Premier ministre souhaite également supprimer 200.000 à 250.000 postes de fonctionnaires nationaux via le non remplacement des agents partis en retraites et une affiliation au régime général pour les fonctionnaires recrutés à partir de 2018. Il souhaite également rétablir les deux jours de carence.

SUPPRESSION DES 35 HEURES :

A défaut d'accord entre partenaires sociaux, Alain Juppé souhaite que la durée du travail puisse être portée jusqu'à 39 heures, cela par la loi. Pour ceux qui perdent le bénéfice d'heures supplémentaires en passant à 39 heures, une réduction d'impôt sur le revenu et des cotisations salariales sera prévu (coût 2 mds d'euros).

CONTRAT DE TRAVAIL :

Alain Juppé veut mettre sur pied un CDI "sécurisé" prévoyant les conditions de la rupture. Il souhaite également un assouplissement pour le travail le dimanche et en soirée et le plafonnement des indemnités de licenciement en cas de contentieux.

ASSURANCE CHOMAGE :

Sur cette question, Alain Juppé veut passer par une négociation avec les partenaires sociaux. Mais en l'absence d'accord, il prévient : il instaura la dégressivité des allocations. Le candidat à la primaire de la droite souhaite également que les bénéficiaires du RSA soient obligés d'accepter l'emploi ou la formation proposée par Pôle emploi.

HAUSSE DE LA TVA :

Alain Juppé prévoit d'augmenter d'un point le taux de TVA pour compenser une partie de la réduction de 10 milliardds d'euros des cotisations famille des entreprises.

SUPPRESSION DE L'ISF :

CRITIQUÉ DANS SON PROPRE CAMP

Un programme "faussement libéré mais vraiment libéral", a déjà taclé le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, qui ne manque pas une occasion de s'en prendre au chouchou des sondages à droite, l'accusant de "libéralisme radical". Mais le maire de Bordeaux est également tancé dans son propre camp. Promoteur d'un programme "thatchérien", François Fillon estime que "plus le temps va passer, plus Alain Juppé va devoir dire ce qu'il pense de manière plus précise" et "son programme n'est pas aussi carré que le mien". Plusieurs observateurs estiment qu'Alain Juppé est bien prudent, un peu en suspension. "Juppé, en ce moment, c'est: 'pas bouger'. Il marche sur l'eau!", observe un élu. Devant ces critiques qui l'agacent, l'ancien Premier ministre cite l'impopulaire suppression de l'ISF ainsi que la retraite à 65 ans : "Je ne suis pas sûr que beaucoup aient autant d'audace que moi!"

Un juppéiste tempère néanmoins : "Sur l'économie, il n'y a pas de différences gigantesques entre les candidats (à la primaire, ndlr) mais des nuances". De toute façon, à l'instar de ses concurrents, il garde aussi des munitions pour l'automne, quand les électeurs de la droite vont véritablement se pencher sur les programmes avant le vote des 20 et 27 novembre. Et les chiffrages, lui qui raconte souvent avoir découvert "un trou" en arrivant en 1995 à Matignon après la campagne contre "la fracture sociale" menée par Jacques Chirac, "seront dans la campagne présidentielle".

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