Joël Giraud, le "VRP ruralité" de Macron, bat la campagne pour 2022

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Le secrétaire d'Etat à la Ruralité Joël Giraud à l'Assemblée nationale à Paris le 15 décembre 2020
Le secrétaire d'Etat à la Ruralité Joël Giraud à l'Assemblée nationale à Paris le 15 décembre 2020
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© AFP, MARTIN BUREAU

, publié le mardi 02 mars 2021 à 13h09

Loin des projecteurs, méconnu du grand public, le secrétaire d'Etat Joël Giraud sillonne les routes de la France rurale pour "vendre" la politique d'Emmanuel Macron, battant la campagne pour 2022 auprès d'un électorat "trop longtemps" abandonné au Rassemblement national.

Du Périgord au Maine-et-Loire, en passant par la Haute-Vienne ou l'Allier, le secrétaire à la Ruralité, qui a pris ses fonctions en juillet lors de l'arrivée de Jean Castex à Matignon, effectue deux à trois déplacements par semaine à la rencontre d'élus locaux qu'il prend le temps de saluer du coude un par un.

Surnommé le "VRP de la ruralité" par son entourage, M. Giraud, 61 ans, physique rond de bon vivant, laisse tomber la veste pour apparaître en chemisette, sans renoncer pour autant à sa cravate. Le contraste est saisissant avec le préfet en uniforme ou le député en costume impeccable à ses côtés.

"J'ai été maire pendant 27 ans, j'en porte encore de terribles stigmates": roublard de la politique, issu des radicaux de gauche, l'ex-député barbu des Hautes-Alpes de 2002 à 2020 débute toujours par une blague, suscitant dans bien des cas des sourires polis dans l'assistance.

Aucune sonnerie de portable ne perturbe l'heure et demie qu'il consacre aux élus. Le montagnard ne porte pas de montre non plus au poignet, laissant au préfet la responsabilité de surveiller l'horloge. 

M. Giraud se veut proche de ses interlocuteurs, se dit "départementaliste", assure "faire confiance au terrain" et laisse clairement entendre qu'il préfère ce terrain à Paris et à son bureau pourtant situé dans le somptueux Hôtel de Castries dans le VIIe arrondissement.

- "Un démineur" - 

Dès que les élus prennent la parole, plus de place à l'humour. Sandra Paillot, maire de Saint-Germain-du-Salembre, village de Dordogne de 900 habitants, dénonce les déserts médicaux. "Nous avons été abandonnés par l'Etat", déplore-t-elle.

Tour à tour, les élus se plaignent de la fermeture d'une gare, des zones blanches et surtout des fermetures de classes, unanimement dénoncées lors de ces tables rondes qui ressemblent à s'y méprendre au "grand débat" lancé par Emmanuel Macron pour apaiser la crise des "gilets jaunes".

"J'entends parler d'éducation depuis ce matin", soupire ce représentant de l'aile gauche du gouvernement, ancien administrateur des PTT et grand fan du groupe de métal allemand Rammstein.

"Il fait remonter les problèmes comme la fermeture de classes au sein du gouvernement", assure son entourage, qui le présente comme "un démineur", "à l'écoute de cette France des campagnes qui a été trop longtemps oubliée et où les gens se tournent vers le RN" de Marine Le Pen.

"Son rôle est très important pour 2022", ajoute la source, car M. Giraud fait effectivement le service après-vente du gouvernement, accordant "chaque semaine une interview à la presse hebdomadaire régionale". 

Face aux élus, l'ex-rapporteur du budget à l'Assemblée détaille les mesures prises pour le monde rural: le plan de relance qui doit soutenir les dessertes ferroviaires, le programme "petites villes de demain" pour redynamiser les localités de moins de 20.000 habitants ou les Maisons France Services pour effectuer des démarches administratives.

Cette dimension électorale n'échappe pas aux élus locaux: "Est-ce que M. Giraud parviendra à convaincre ? Les gens ne sont pas dupes", commente la conseillère départementale de Dordogne Carline Capelle (PS) qui craint que ces réunions "aboutissent à pas grand chose".

D'autres appellent à "passer de la parole aux actes", à l'image de Jean Bousquet, le maire de Terrasson.

"On est entendus! Et on a des réponses", assure pour sa part Alain Castang, référent de l'Association des maires ruraux de France (AMRF) pour la région Nouvelle-Aquitaine, estimant que le gouvernement a désormais "compris que la vraie proximité, ce sont les communes, ce sont les maires".

"Il est vraiment à l'écoute", commente une élue qui a demandé l'anonymat, en le distinguant du député LREM Philippe Chassaing, à ses yeux "techno et hors sol" qui a tenté d'expliquer la décision de fermer des classes.  

Et pour terminer la réunion, face à un auditoire qui n'a plus de question, M. Giraud lance une dernière blague pour la route: "Soit je vous ai tout dit, soit je vous ai assommés".

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