Jean Castex, "un couteau suisse" inconnu du grand public, nommé à Matignon

Jean Castex, "un couteau suisse" inconnu du grand public, nommé à Matignon
Jean Castex, le 15 septembre 2017, à Paris.
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, publié le vendredi 03 juillet 2020 à 14h28

PORTRAIT. Unanimement salué pour son efficacité, Jean Castex, qui était jusque-là le "monsieur Déconfinement" du gouvernement, a été nommé vendredi 3 juillet Premier ministre. 

Après la démission d'Edouard Philippe, Emmanuel Macron a nommé vendredi 3 juillet Jean Castex au poste de Premier ministre.

Après avoir été le "monsieur Déconfinement" du gouvernement, cet élu local peu connu du grand public en prend donc la tête.


"Il est un haut fonctionnaire complet et polyvalent qui aura à cœur de réformer l'Etat et de conduire un dialogue apaisé avec les territoires", a expliqué l'Elysée. "Il est l'homme de la situation" car, "connu pour travailler par le dialogue et dans un esprit de rassemblement", il "saura mettre en œuvre les reconstructions évoquées par le chef de l'Etat dans ses dernières expressions dans le cadre du nouveau chemin" du quinquennat. La présidence présente Jean Castex, 55 ans, comme "l'homme du déconfinement réussi" qui "est appelé à un moment critique de la crise sanitaire". Sa nomination "est un choix macronien, conforme à l'esprit de dépassement porté par le président depuis trois ans", souligne-t-on de même source. Cet homme "vient de la droite mais c'est un gaulliste social".

Il est "parfaitement rompu aux arcanes parisiennes et fin connaisseur des réalités locales et territoriales", "qui conjugue expérience de la haute fonction publique -il est membre de la Cour des Comptes- et des mandats locaux : à la fois maire, président d'une communauté de communes et conseiller départemental", selon l'Elysée. 

Maire Les Républicains de Prades (Pyrénées orientales) depuis 2008 et ancien conseiller régional de Languedoc-Roussillon de 2010 à 2015, Jean Castex est un ex-collaborateur de Nicolas Sarkozy, dont il fut le conseiller aux affaires sociales en 2010, puis le secrétaire général adjoint de l'Elysée entre 2011 et 2012. Ils sont restés proches. Le nouveau Premier ministre a d'ailleurs appelé Nicolas Sarkozy "juste après sa nomination", selon des proches de l'ancien président à BFMTV. "Jean Castex est quelqu'un pour lequel Nicolas Sarkozy a beaucoup de respect, d'amitié, et même d'affection", selon cette même source. 

"Couteau suisse"

Enarque, c'est "un haut fonctionnaire qui connaît parfaitement le monde de la santé et qui est redoutable d'efficacité", avait résumé Edouard Philippe lors de sa nomination le 6 avril comme coordinateur de la stratégie nationale de déconfinement post-coronavirus. "II a une bonhomie et une sympathie incroyable, une empathie et humilité naturelles. Il travaille à la vitesse de la lumière en gardant un calme à tout épreuve", se souvient un ancien du cabinet ministériel de Xavier Bertrand, dont il fut directeur de cabinet à la Santé et au Travail, en assurant : "Je n'ai jamais vu quelqu'un autant faire l'unanimité autour de lui tout le temps".

"Le premier plan pandémie, c'est Jean Castex qui est dircab" à l'époque du virus H5N1, rappelle Xavier Bertrand, en louant "les idées claires et le franc-parler" de cet "énarque rectifié élu local". "C'est un vrai couteau suisse, il a des connexions un peu partout, il sait faire ce qu'il faut faire au bon endroit", assure Franck Louvrier, l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. 

Lors de son passage au ministère du Travail, il a eu à gérer des dossiers délicats, notamment le service minimum dans les transports et la réforme des régimes spéciaux de retraite. Il laisse à l'époque chez ses interlocuteurs des centrales syndicales le souvenir d'un homme "disponible" et "avenant" même s'il "cache une certaine fermeté", avec "une excellente connaissance de ses dossiers". En somme, disent les mêmes, "quelqu'un avec qui on peut discuter". "Politiquement, je suis de droite et je l'assume parfaitement", soulignait-t-il.

Pressenti à l'Intérieur

A deux ans de la présidentielle, sa nomination "présente beaucoup d'avantages pour Macron" et "il se dit qu'il peut ainsi aussi embêter Xavier Bertrand", souligne-t-on dans l'entourage du patron ex-LR des Hauts-de-France, dont le nom revient régulièrement pour représenter la droite en 2022.

Membre de LR, ce père de quatre filles, qui a gardé l'accent de son Gers natal (il est né le 25 juin 1965 à Vic-Fezensac), sait aussi se ménager des appuis à La République en marche : son nom avait un temps circulé fin 2018 pour succéder à Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur. Il était jusqu'en début d'année délégué interministériel aux Jeux Olympiques de Paris-2024 et présidait l'Agence nationale du sport.

Pour le président des Républicains Christian Jacob, Jean Castex représente un choix "technocratique" mais "à partir du moment où il s'inscrit dans la politique menée par Emmanuel Macron, bien évidemment il n'est plus aux Républicains". "En matière de trahisons, on a donné déjà" a-t-il lancé, allusion à Edouard Philippe, également issu de LR.

 

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