«Je gagne correctement ma vie, et alors ?» : la colère d'un fonctionnaire parlementaire

«Je gagne correctement ma vie, et alors ?»  : la colère d'un fonctionnaire parlementaire
Révoltés contre le projet de réforme, plusieurs fonctionnaires parlementaires ont même songé à faire grève, une première.

leparisien.fr, publié le lundi 25 juin 2018 à 07h18

Pierre, comme ses collègues, est inquiet de la prochaine réforme de la fonction publique parlementaire prévue par le gouvernement.

Pierre* est en colère. Cet agent d'une quarantaine d'années vitupère contre la presse qui, selon lui, ne cesse de faire du « Parlement bashing » contre les soi-disant privilèges de ses fonctionnaires. « Oui, je gagne correctement ma vie. Oui, il y a des gens chez nous qui gagnent six fois plus que moi. Et alors ? » fulmine-t-il.

Et de rappeler : « Il ne faut pas oublier toutes nos contraintes de service. Certains d'entre nous doivent être disponibles 24 heures sur 24. Notre emploi du temps est totalement dépendant de celui des députés. Nous vivons au rythme de l'hémicycle, avec ses séances de nuit, son imprévisibilité ! » Une charge de travail alourdie encore par le rythme accéléré de la nouvelle assemblée, élue en juin 2017.

Le 1er juin, Pierre, comme des dizaines de ses collègues, avait investi la salle Colbert du Palais Bourbon. S'y tenait, officiellement, une réunion d'information sur le projet de réforme de leur statut. Mais la séance a pris rapidement des allures de meeting - très policé - tant les fonctionnaires, venus nombreux et toutes catégories confondues, étaient remontés.

« Les pouvoirs publics veulent faire de nous un modèle »

Des tentations de grève - du jamais-vu - ont même démangé certains agents. « C'est un tournant majeur que nous vivons actuellement, s'insurge Pierre. Car au-delà de nos rémunérations, c'est de réduction d'emplois et de privatisation dont il est question. Ce sont alors notre indépendance et la démocratie qui seraient en danger. »

Pour Pierre, l'avenir ne fait aucun doute : « L'Assemblée nationale va servir de laboratoire à la réforme de l'ensemble de la fonction publique. Les pouvoirs publics veulent faire de nous un modèle. Il faut s'y préparer. »

* Le prénom a été changé, les fonctionnaires de l'Assemblée n'étant pas autorisés - sauf exception - à parler aux médias

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