Islam, gauche, Nuit debout : Valls s'explique

Islam, gauche, Nuit debout : Valls s'explique
Valls

, publié le mercredi 13 avril 2016 à 08h40

Islam en France, politique transpartisane ou encore "Nuit debout", Manuel Valls se livre dans un grand entretien accordé au quotidien Libération et qui paraît mercredi 13 avril.

"Aujourd'hui, la laïcité est confrontée à la montée de l'islam radical mais aussi à la place de l'islam dans nos sociétés. Je crois en mon pays, à son message et à ses valeurs universelles.

J'aimerais que nous soyons capables de faire la démonstration que l'islam, grande religion dans le monde et deuxième religion de France, est fondamentalement compatible avec la République, la démocratie, nos valeurs, l'égalité entre les hommes et les femmes", affirme le Premier ministre.

Cette démonstration n'est donc pas faite ? "Certains ne veulent pas y croire, une majorité de nos concitoyens en doute, mais moi, je suis convaincu que c'est possible", répond le chef du gouvernement. "C'est pour cela qu'il faut protéger -pro-té-ger- nos compatriotes de confession ou de culture musulmane de la stigmatisation, des actes antimusulmans", martèle-t-il.

- Pressions sur les femmes dans les quartiers populaires -

Interrogé sur ses propos sur le voile la semaine dernière, Manuel Valls maintient que le voile est un asservissement pour la femme "dès lors qu'il est revendiqué politiquement de manière militante". Si le foulard ne se confond pas avec le voile traditionnel, "fondamentalement, je pense que ce voile identitaire, politique, revendiqué, en cachant la femme, vise à la nier", explique le Premier ministre. "Comment ignorer que les femmes subissent dans les quartiers populaires une pression culturelle faite de sexisme et de machisme?" s'interroge-t-il.

Par ailleurs, le Premier ministre a estimé que droite et gauche peuvent "parfaitement nouer des pactes", "sans nier" leurs différences, et "sur des grands sujets on peut parfaitement se rassembler". "A partir du moment où le paysage politique français est marqué par trois forces, une gauche morcelée dont une partie qui ne veut pas des responsabilités, une droite divisée et une extrême droite enracinée, on voit bien que la question qui se pose est de savoir comment gouverner et trouver une majorité", analyse Manuel Valls.

Certes, une coalition gauche-droite à l'allemande, "n'est pas la tradition française", concède-t-il, mais ajoute: "Sans nier les différences entre la gauche et la droite, il est évident que l'on peut parfaitement nouer des pactes."

- "En phase avec Emmanuel Macron" -

"Et de ce point de vue là, je suis en phase avec Emmanuel Macron (qui a lancé son mouvement 'En marche!', qui se veut ni de droite ni de gauche). Chacun devra se dépasser", poursuit le Premier ministre. "Je continue à penser que le dépassement des clivages partisans s'impose", insiste Manuel Valls, pour lequel "la gauche est forte quand elle s'adresse à tous. C'est pour cela qu'elle doit se transcender. Et c'est ce que nous avons fait, notamment en matière de lutte contre le terrorisme".

Pour le Premier ministre, "la future élection présidentielle ne pourra pas être une répétition des précédentes avec l'affrontement classique entre la droite et la gauche. Je ne vois pas non plus les gagnants gouverner seuls, et les perdants reprendre leur cycle de congrès ou d'assises"."C'est pour cela, enchaîne-t-il, que je veux que la gauche soit plus grande, plus forte pour pouvoir ériger des ponts avec d'autres formations politiques".

- "J'ai toujours été de gauche" -

Mais M. Valls prend soin de souligner qu'il a "toujours été de gauche. Ce que je veux, c'est une société ouverte où chacun peut faire des choix et pas une société fermée où l'on subit".

Il réfute également l'idée que le Front national prospère sur la "disparition du clivage gauche-droite". "Je crois surtout que le FN se nourrit de l'impuissance de la vieille politique. Une impuissance qui repose sur l'incapacité à dégager des consensus sur les sujets essentiels, les petits débats de personnes et le sectarisme." "Il faut savoir se dépasser sur les sujets majeurs comme la menace terroriste et la lutte contre le chômage. Pour le reste, je veux une gauche plus forte sur ses valeurs", dit-il.

Le Premier ministre a également évoqué le mouvement "Nuit debout", dont les manifestants sont revenus occuper la place de la République après en avoir été délogés lundi matin. "La jeunesse a le sentiment légitime que la société ne se préoccupe pas d'elle", a dit Manuel Valls reconnaissant que "le mouvement Nuit debout l'exprime à sa manière".

"Je ne laisserai jamais dire que nous n'avons rien fait pour la jeunesse depuis 2012. Au contraire. Jamais autant n'a été fait en matière d'éducation, de formation, de logement, d'accès à l'emploi", se défend en préambule le Premier ministre. Avant de reconnaître que "la situation de nombreux jeunes est difficile : un quart des actifs de moins de 25 ans sont au chômage. Notre société a par ailleurs donné le sentiment de se préoccuper davantage des plus âgés".

"La jeunesse a le sentiment légitime que la société ne se préoccupe pas d'elle. C'est donc logique qu'elle soit exigeante. C'est un enjeu majeur. Nous avons d'ailleurs fait beaucoup de choses (...) Cependant je reconnais que cela ne suffit pas. Il faut aller plus loin et créer du sens pour la jeunesse toute entière. Le mouvement Nuit debout l'exprime à sa manière", analyse le Premier ministre.

Manuel Valls se défend ensuite d'avoir présenté lundi des mesures en faveur des étudiants parce que le pouvoir avait peur de la rue  : "En quoi entendre et dialoguer serait un signe de peur ?" demande-t-il. "Le gouvernement a annoncé un plan d'ensemble. Pas seulement pour les étudiants. Pas pour éteindre une contestation. Mais pour répondre aux inquiétudes exprimées."

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