Instauration de quotas pour l'immigration professionnelle : "insuffisant" selon la droite, "stigmatisant" pour la gauche

Instauration de quotas pour l'immigration professionnelle : "insuffisant" selon la droite, "stigmatisant" pour la gauche
Des policiers contrôlent un magasin tenu par un immigré à Paris en mai 2019 (illustration).

, publié le mardi 05 novembre 2019 à 12h20

Des "quotas" ou "objectifs chiffrés" d'immigrés professionnels vont être fixés pour que la France recrute en fonction de ses besoins de travail, a indiqué mardi la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

La mesure n'a pas encore été annoncée par le Premier ministre qu'elle fait déjà réagir. Des "quotas" ou "objectifs chiffrés" d'immigrés professionnels vont être fixés chaque année, dès l'été prochain, pour que "la France recrute" en fonction de ses besoins de travail, a déclaré la ministre du Travail Muriel Pénicaud mardi 5 novembre sur BFMTV.

La droite a salué l'annonce même si elle se montre prudente. La gauche, elle, a dénoncé l'"instrumentalisation" de la question migratoire par le gouvernement.


L'idée des quotas, portée par Nicolas Sarkozy alors président de la République, a été naturellement saluée par Les Républicains. "C'est une idée que nous défendons depuis de nombreuses années donc je ne vous dirai pas que c'est une mauvaise idée", a réagi Aurélien Pradié, nouveau secrétaire général du parti, sur Sud Radio. Mais "qu'Emmanuel Macron ne vienne pas nous baratiner : s'il veut le faire, il faut un vote, il faut transformer la loi" pour qu'elle fixe "le niveau de quotas", a-t-il poursuivi.

Sur Europe 1, Guillaume Peltier, le nouveau vice-président du parti, s'est dit "bien sûr favorable" aux quotas "s'il s'agit de limiter l'immigration". Il a toutefois appelé Emmanuel Macron à mener une "réforme profonde", jugeant que la mesure prévue était "insuffisante" : "Rien sur la réforme de l'AME que nous souhaitons réserver aux seuls cas d'urgence, rien sur l'expulsion des clandestins et des déboutés du droit d'asile, rien sur la suppression des filières de mafieux de passeurs", a-t-il commenté.

À gauche, Valérie Rabault, présidente du groupe PS à l'Assemblée nationale, a estimé que cette mesure était "du n'importe quoi". "Le débat qui est mené ne devrait pas être sur l'immigration. Les questions qui se posent sont sur les questions de la République. Une République qui doit être la même pour tous, avec des droits et des devoirs. C'est ce débat-là que le premier ministre ferait mieux de porter, plutôt que d'aller encourager la stigmatisation d'un certain nombre de nos concitoyens", a-t-elle déploré sur Public Sénat.

"Après s'être attaqué à la santé des personnes migrantes (délais de carence), le gouvernement porte désormais dans le débat public la question des quotas. Il ne recule devant rien pour stigmatiser une partie de la population", a également dénoncé Ugo Bernalicis, le député de la France Insoumise.

Les écologistes d'EELV se montrent, eux, prudents sur les quotas : s'ils permettent de "sortir du fantasme que nous sommes envahis" et de "montrer que l'immigration est aussi une chance pour notre pays", alors "ça peut être intéressant, il faut en discuter", a réagi leur chef de file Yannick Jadot sur franceinfo. Mais il voit aussi dans la mise en avant du thème de l'immigration un "subterfuge" du gouvernement "pour ne pas parler de l'éducation, de la santé, des policiers, de l'affaissement des services publics, de cette réforme terrible de l'assurance chômage". 

Yannick Jadot a également fustigé les autres mesures qui seront annoncées mercredi et qui ont fuité dès lundi soir : délai de carence de trois mois avant d'accéder à la Protection universelle maladie (PUMa) pour les demandeurs d'asile, accord de la Sécurité sociale pour des actes non-urgents dans le cadre de l'Aide médicale d'Etat - AME.

Ces mesures ont également été dénoncées par Olivier Faure, le premier secrétaire du PS et par la députée européenne LFI Manon Aubry. "Politiquement cynique, scandaleux sur le plan humanitaire, inconséquent sur le plan sanitaire. Carton plein", a-t-il tweeté à propos des mesures sur l'AME et la PUMa. Pour Manon Aubry, c'est "irresponsable d'un point de vue de santé publique", et "honteux au regard de la protection des droits humains".


Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, s'est également dit "choqué" par ces mesures sur France Inter. "Le débat aujourd'hui sur l'immigration, je le trouve choquant. Remettre le couvert sur ce sujet, de la part du gouvernement, ce n'était pas nécessaire", a-t-il déclaré. Quant au délai de carence, il l'a aussi jugé "choquant" pour "une raison d'humanité et de santé publique". 


Le gouvernement doit annoncer mercredi 20 mesures sur l'immigration portant sur l'accès aux soins, la lutte contre les "abus" mais également l'accès au marché du travail.

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