Ile-de-France : Valérie Pécresse dégaine son plan banlieue

Ile-de-France : Valérie Pécresse dégaine son plan banlieue
Valérie Pécresse dévoile, ce mercredi, son plan pour les banlieues. Elle appelle à un plan anti-ghetto avec une limitation à 30 % de HLM.

leparisien.fr, publié le mercredi 20 juin 2018 à 22h45

La présidente (LR) de la région Ile-de-France juge insuffisantes les mesures récemment présentées par le Président. Son objectif : casser les ghettos 100 % logements sociaux pour plus de mixité.

Un mois après Emmanuel Macron, Valérie Pécresse présente ses propres mesures pour la banlieue en Ile-de-France. Rien de révolutionnaire, mais avec ce plan, la présidente LR de la Région entend souligner les carences de l'État.

Vous présentez un plan banlieue après celui de l'État. Est-ce parce qu'Emmanuel Macron n'a pas fait le job ?

VALÉRIE PÉCRESSE. Il y a eu un rendez-vous manqué avec le rapport Borloo qui suscitait beaucoup d'espoir. Et à l'arrivée, énormément de frustration. Or, je partage le constat de Borloo et des maires concernés : là où se concentrent les difficultés, c'est là où on a mis le moins de moyens. Il faut un coup de booster pour raccrocher les habitants de ces quartiers à la République. Mais ce n'est pas qu'une question de saupoudrage de moyens supplémentaires. Le nœud du problème, c'est la mixité sociale.

C'est aussi ce que dit Macron...

Oui, mais il n'en tire pas les conséquences. Si on veut faire des territoires de mixité réelle, il faut détruire les grands ensembles dans lesquels il y a plus de 50 % de logements sociaux, et instaurer un plafond anti-ghetto de 30 % de HLM. Si on concentre au même endroit trop de difficultés, on arrive à la situation actuelle. On va donc construire cent quartiers innovants et écologiques d'ici 2022. Ça permettra de sortir petit à petit des gens de la cité.

Mais vous n'avez pas le pouvoir de mener cette politique...

Les maires sont les bras armés de cette politique. Ceux qui sont volontaires bénéficieront d'un financement de la Région. La mixité, ce sera aussi de faire des équipements inter-quartiers (centre social, écoles, crèches, équipements sportifs...) pour éviter le repli actuel.

Les lycées pourraient ouvrir le soir, les week-ends et lors des vacances. (Illustration)/LP

L'échec scolaire est bien plus élevé en banlieue qu'ailleurs. Vous qui gérez les lycées, que mettez-vous en place ?

La réussite éducative est un sujet majeur. Nous avons en Ile-de-France 30 000 jeunes hors du système scolaire. On se fixe comme objectif à l'horizon 2022 de contacter 100 % de ces jeunes, contre seulement 7 % aujourd'hui, et que la moitié d'entre eux s'inscrivent dans une structure de raccrochage. Dès septembre, on lancera une expérimentation sur une vingtaine de lycées. Il s'agira de les ouvrir à des associations le soir, les week-ends et pendant les vacances.

45 % des moins de 25 ans sont au chômage dans les quartiers sensibles. Que faire ?

La question des stages est cruciale, c'est le premier moment où il y a une vraie inégalité dans l'insertion vers l'emploi. Nous avons déjà proposé 20 000 offres de stages pour les étudiants depuis deux ans. Toutes les associations et structures que nous subventionnons sont obligées d'en proposer. Sinon nous arrêtons de les subventionner. On offrira aussi le Pass Navigo aux élèves de troisième durant leur semaine de stage obligatoire.

Mais les stages, ça ne suffit pas !

Bien sûr. Il y a en banlieue une formidable dynamique entrepreneuriale, mais il y a un problème avec l'économie souterraine. Il faut être accompagné pour rentrer dans l'économie déclarée. Le microcrédit est une solution. Nous voulons proposer 20 000 prêts d'ici 2022.

En matière de sécurité, que peut faire la Région ?

Nous avons déjà mis en place le bouclier de sécurité pour aider les maires, notamment pour la vidéo-protection. On va doper ce dispositif en mettant en place une majoration des aides de 50 % pour aider à l'installation de postes de police municipaux dans les quartiers populaires.

Les banlieues sont aussi des déserts médicaux....

L'Ile-de-France est le premier désert médical français. Nous n'arrivons pas à fidéliser les infirmières ou les aides soignants, à cause de temps de transports trop longs. Nous allons construire 10 000 logements sociaux supplémentaires pour eux.

Comment allez-vous financer ce plan ?

Dans son ensemble, le plan quartiers populaires se chiffre à 3 milliards d'euros sur cinq ans. Les nouvelles mesures vont être financées grâce à la vente du siège de la Région à Paris (NDLR : le nouveau siège est implanté à Saint Ouen, en Seine-Saint-Denis). On en attend au moins 150 millions d'euros.

Valérie Pécresse appelle à des « propositions efficaces »./LP/Philippe Lavieille

Après le limogeage de Virginie Calmels dimanche, vous déploriez un « rétrécissement » de votre famille politique. Vous êtes inquiète pour l'avenir des Républicains ?

Pas plus, pas moins qu'il y a huit jours. Aujourd'hui il faut rénover profondément le logiciel de pensée de la droite. L'alternative à Macron n'est pas le populisme et encore moins un rapprochement ou des alliances avec le FN.

Laurent Wauquiez a-t-il fait le bon choix ?

C'est son choix. Je ne le commenterai pas.

Vos idées et les siennes semblent irréconciliables...

Nous devons bâtir une droite de gouvernement. Les Français nous attendent là-dessus et pas sur la critique systématique. On ne s'en sortira pas avec des mesures irréalistes, mais sur des propositions efficaces.

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