Il y a 40 ans, François Mitterrand accédait à l'Elysée

Il y a 40 ans, François Mitterrand accédait à l'Elysée
François Mitterrand, qui vient d'être élu à la présidence de la République, arrive dans la nuit du 10 au 11 mai 1981, à son quartier général de campagne, rue de Solférino à Paris.

publié le dimanche 09 mai 2021 à 07h00

L'ancien président François Hollande, les anciens Premiers ministres Lionel Jospin et Bernard Cazeneuve, la maire de Paris Anne Hidalgo... La "Mitterrandie" se retrouve dimanche 9 mai au Creusot (Saône-et-Loire) pour célébrer les 40 ans de l'élection de François Mitterrand.

Il est 20H00 ce soir du 10 mai 1981.

Sur les écrans de télévision, le compte à rebours vient de se terminer et apparaît l'image du vainqueur de l'élection présidentielle : François Mitterrand. C'est une explosion de joie dans des centaines de milliers de foyers, l'effondrement à droite. Le candidat socialiste est élu avec près de 52% des voix face au sortant Valéry Giscard d'Estaing, qui aura cru jusqu'au bout à sa réélection, offrant à la gauche la première alternance de l'histoire de la Ve République après vingt-trois ans de règne de la droite.




La "Mitterrandie" se retrouve dimanche 9 mai au Creusot (Saône-et-Loire), à l'invitation du maire PS, David Marti, pour célébrer cet anniversaire : l'ancien président François Hollande, les anciens Premiers ministres Lionel Jospin et Bernard Cazeneuve, la maire de Paris Anne Hidalgo... 

Le premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui participe à la marche pour le climat à Paris, n'y sera pas. Le 10 mai 1981, "c'était bien plus que l'alternance, c'était un moment de basculement, tout était possible", a affirmé M. Faure à l'AFP. "Il y avait un grand vent de liberté, on changeait d'époque". 

Réélu en 1988, François Mitterrand restera quatorze ans au pouvoir (dont quatre de cohabitation avec la droite). C'est un record, puisque le seul président, Jacques Chirac, à avoir lui aussi accompli deux mandats, y restera 12 ans, après un septennat et un quinquennat.  

Une victoire "nécessaire à la respiration de la démocratie française"

Sa victoire est, entre autres, le fruit de dix ans d'une stratégie patiente : d'abord reconstituer un grand parti socialiste, en prendre la direction, marginaliser ses concurrents, notamment Michel Rocard, puis faire alliance avec les communistes, sans qui rien n'est possible. Au début des années 70, le PCF pèse 20% de l'électorat et est le plus grand parti de l'opposition. 




En 1972, PS et PCF signent le "programme commun de la gauche". Cinq ans plus tard, le PCF décide de rompre son accord avec le PS. Il y aura quand même quatre ministres communistes, entre 1981 et 1984. Paradoxalement, c'est à la fois l'union puis la désunion de la gauche qui a permis la victoire de 1981. Selon l'historien Michel Winock, "l'union a été le tremplin de la victoire, mais la rupture avec les communistes a rassuré les centristes", frange de l'électorat indispensable à toute victoire de la gauche.

Début 1981, quasiment personne ne croit à la victoire de la gauche. Le magazine Le Point titre même "Giscard peut-il perdre?".  "La gauche n'arrivait au pouvoir que dans des périodes exceptionnelles et quand elle y parvenait - en 1936 avec le Front Populaire, au lendemain de la Seconde guerre mondiale ou avec Guy Mollet, en 1956 - elle n'y restait que deux ans à peine", rappelle l'ex-président François Hollande. 

"J'étais déçu" par la victoire de la gauche, "mais aujourd'hui, je pense que c'était nécessaire à la respiration de la démocratie française. Vraiment!", confie l'ancien ministre de droite François Léotard dans un documentaire que doit diffuser France 2 le 11 mai.   

Farouche opposant de De Gaulle

Adversaire résolu à la politique de De Gaulle qu'il dénonçait dans son livre "le coup d'Etat permanent", Mitterrand va pourtant se fondre dans les institutions voulue par le père de la Ve République. "Les institutions de la Ve étaient mauvaises avant moi, elles le seront après moi", disait-il. "Mais soyons lucides, s'il n'y avait pas eu les institutions de la Ve, est-ce que ça aurait tenu sous un régime parlementaire? Sans doute pas", affirme M. Hollande.

Elu pour la première fois en 1946 avec l'appui de la droite dans la Nièvre, Mitterrand sera onze fois ministre sous la IVe République, évoluant vers des positions de centre gauche. Mais s'il est partisan d'une décolonisation progressive (Indochine, certains territoires africains, Tunisie), il se montre "impitoyable", selon Michel Winock, pendant la guerre d'Algérie.  

Lors de son passage au ministère de la Justice, entre février 1956 et mai 1957, 45 militants de la cause algérienne sont guillotinés. C'est pourtant lui qui, parvenu au pouvoir en 1981, fera abolir la peine de mort. Il va faire ensuite sa mue politique en s'opposant radicalement en 1958 à de Gaulle, devenant le principal représentant de la gauche non communiste, et réussissant le premier exploit de mettre le général en ballottage en 1965. 

Totem à gauche... par défaut ?

40 ans après son élection à l'Elysée et 25 ans après sa mort, François Mitterrand reste un totem pour la gauche. En étant élu le 10 mai 1981, "Mitterrand a donné de la crédibilité à la gauche aux yeux des Français", assure à l'AFP Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l'Elysée pendant neuf ans. "Il a appris à la gauche à gouverner". "Il a toujours cherché à élargir le spectre de sa formation politique" quand il en était le premier secrétaire du PS, souligne encore Jean-Christophe Cambadélis, l'un de ses lointains successeurs.     

A gauche, il reste une figure de référence, parce que "c'est tellement médiocre aujourd'hui", soupire Anicet Le Pors, l'un des quatre ministres PCF, de 1981 à 1984. "Comme de Gaulle, Mitterrand fait partie du patrimoine de l'identité française", s'enthousiasme Julien Dray. Pour Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier, né en 1977, Mitterrand reste "une référence inspirante".
 

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