"Il faudra travailler plus longtemps" : Emmanuel Macron renonce à sa promesse sur les retraites

"Il faudra travailler plus longtemps" : Emmanuel Macron renonce à sa promesse sur les retraites
"À mes yeux, il faudra travailler plus longtemps, en repoussant l'âge légal" de départ à la retraite, a lancé Emmanuel Macron mardi.

publié le jeudi 11 novembre 2021 à 15h00

En affirmant qu'il faudra "repousser l'âge légal" de départ à la retraite pour "sauver" le système, le chef de l'État enterre l'une de ses promesses phares de 2017.




Emmanuel Macron espérait encore, dans sa précédente allocution officielle le 12 juillet, reprendre sa réforme des retraites "dès que les conditions sanitaires ser(aie)nt réunies". Quatre mois plus tard, elles ne le sont toujours pas.

Non seulement "la situation sanitaire est en train de se dégrader", avec une cinquième vague de Covid-19 à l'horizon, mais syndicats et patronat ont exprimé "le souhait unanime (...) de concentrer les efforts sur la reprise" économique, a-t-il constaté lors de son allocution télévisée, mardi 9 novembre. 

Au nom du "besoin de concorde que vit notre nation", et à cinq mois d'une élection où il pourrait briguer un second mandat, le président de la République a donc remisé son grand dessein. Mais sans renoncer pour autant à sa "volonté de sauver notre modèle par répartition et d'en corriger les inégalités", quitte à renier un de ses engagement emblématiques. 

Comptes sociaux dans le rouge 

"À mes yeux, il faudra travailler plus longtemps", a-t-il déclaré mardi soir. À rebours de son programme de 2017, qui affirmait que l'âge légal de départ "restera(it) à 62 ans". Il estime désormais qu'en 2022, "il faudra prendre des décisions claires" pour "préserver les pensions de nos retraités et la solidarité entre nos générations". Et d'énumérer les priorités : suppression des régimes spéciaux, pension minimale de 1.000 euros "au terme d'une carrière complète", encouragement à la retraite progressive et au cumul emploi-retraite... Mais l'essentiel sera de "travailler plus longtemps, en repoussant l'âge légal". 

Une volte-face qui suit celle des prévisions budgétaires. Il y a cinq ans, tous les voyants étaient au vert et le candidat affirmait que "le problème des retraites (n'était) plus un problème financier". Aujourd'hui, les comptes sociaux sont dans le rouge et le retour à l'équilibre n'est pas attendu avant "le milieu des années 2030" dans le meilleur des cas, selon le Conseil d'orientation des retraites. 

Sujet de tensions au sein de l'exécutif dès 2017 

Cette dégradation avait pourtant été identifiée dès l'été 2017, juste après l'élection d'Emmanuel Macron. Le besoin de financement avait rongé de l'intérieur le "système universel" qu'il entendait mettre en œuvre sans toucher à l'âge légal. Les divisions de l'exécutif étaient apparues au grand jour début 2019, après la coûteuse crise des "gilets jaunes". L'ex-Premier ministre Édouard Philippe et ses alliés venus de la droite, Bruno Le Maire (ministre de l'Économie) et Gérald Darmanin (Intérieur), étaient alors montés au créneau pour une réforme permettant de renflouer les caisses, quand le Haut commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye défendait mordicus la promesse présidentielle. 

Le gouvernement avait fini par trouver un compromis sur un système de bonus-malus autour d'un "âge pivot", devenu un chiffon rouge pour les syndicats. Sous pression après un mois de grèves et de blocages, le pouvoir s'était résolu, en janvier 2020, à convoquer une "conférence de financement", qui n'a jamais pu se réunir pour cause de crise sanitaire. 

La réforme des retraites pour financer d'autres secteurs

Loin des premières prévisions alarmistes qui annonçaient un trou de 30 milliards d'euros, le système de retraite a limité ses pertes à 13 milliards en 2020 et devrait les réduire à moins de 10 milliards cette année grâce au rebond de l'activité. Mais la branche vieillesse de la Sécu affiche toujours un déficit de plus de 3 milliards et sa situation devrait se dégrader à partir de 2023.

Cela pourrait sembler peu au regard du gouffre de l'Assurance maladie, qui resterait supérieur à 15 milliards jusqu'en 2025. Sauf que personne n'envisage de sabrer dans les dépenses de santé après la pandémie et les hausses de salaires du Ségur de la santé. La réforme des retraites s'impose donc comme un moyen de financer d'autres secteurs. "C'est par plus de travail que nous pourrons préserver notre modèle social", insiste le chef de l'État, évoquant pêle-mêle "la prise en charge des malades, l'accompagnement des familles, la meilleure inclusion" des personnes handicapées, ou encore le "service public de l'autonomie pour nos aînés". 

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