Hommage à Pétain : comment les généraux ont convaincu Emmanuel Macron

Hommage à Pétain : comment les généraux ont convaincu Emmanuel Macron
Emmanuel Macron, le 11 novembre 2018 sur les Champs-Élysées.

, publié le mercredi 14 novembre 2018 à 13h10

Selon Le Canard enchaîné, " durant des semaines, des généraux ont intrigué pour convaincre le chef de l'État de participer à une cérémonie d'hommage aux huit maréchaux de la Grande Guerre, Pétain compris".

L'"itinérance mémorielle" d'Emmanuel Macron la semaine dernière a été marquée par les nombreuses interpellations des Français mais surtout par une violente controverse née de l'évocation d'un hommage au maréchal Pétain qui a débouché sur une communication chaotique, ponctuée par un rétropédalage de l'exécutif français.

Dans son édition du 14 novembre, Le Canard enchaîné affirme que le chef de l'État a été "piégé par ses généraux". "Durant des semaines, des généraux ont intrigué pour convaincre le chef de l'État de participer à une cérémonie d'hommage aux huit maréchaux de la Grande Guerre, Pétain compris", selon l'hebdomadaire.



Tout a commencé le 18 septembre, relate l'hebdomadaire satirique, quand la Mission du Centenaire 14-18 évoque dans un dossier de presse une "cérémonie d'hommage aux maréchaux de la Grande Guerre à l'Hôtel national des Invalides" le dimanche 11 novembre à 9h.

"Cette cérémonie, organisée par l'état-major des armées et le gouverneur militaire de Paris, se tiendra en présence du Président de la République", annonce le "programme national commémoratif 2018" diffusé dans le dossier de presse. "Il s'agira de rendre hommage aux huit maréchaux qui ont dirigé les combats pendant la Première Guerre mondiale", est-il ajouté.

Les généraux "voulaient à tout prix du kaki"

Selon Le Canard enchaîné, "le président devait s'incliner devant le bâton du maréchal Pétain et ceux des maréchaux Foch, Joffre, Lyautey et Fayolle (...)". Derrière cette initiative : le chef d'état-major des armées, le général François Lecointre, le chef d'état-major particulier du Président, l'amiral Bernard Roguel, et le gouverneur militaire de Paris, le général Bruno Le Ray.

"Le chef d'état-major des armées a dit au président : 'On ne peut pas terminer les commémorations sans un hommage à nos chefs militaires', et le chef de l'État s'est laissé embobiner", raconte un haut-fonctionnaire au palmipède. "Les généraux étaient très frustrés de l'absence de défilé militaire le 11-Novembre. Ils voulaient à tout prix du kaki", explique un autre.

"Je n'irai pas, mais je les laissera faire leur truc"

Mais le 13 octobre, une partie des universitaires réunis à Blois pour les Rendez-vous de l'Histoire protestent et la cérémonie est annulée. Le 18 octobre, l'Élysée annonce que le président n'assistera pas à cette cérémonie, tout en concédant l'importance pour les militaires de célébrer des "victoires" et des "chefs parfaitement dignes".

"Chassés par la porte, les militaires reviennent par la fenêtre", écrit l'hebdomadaire. Le 6 novembre, l'état-major des armées précise à l'AFP que la cérémonie, devenue un hommage aux "chefs militaires" de 1914-18, aura lieu le samedi 10 novembre à 18h30, en présence du chef d'état-major particulier du président, l'amiral Bernard Rogel. Il s'agit toujours d'un hommage aux huit maréchaux mais seules les tombes des cinq maréchaux enterrés aux Invalides seront fleuries. Philippe Pétain, frappé d'indignité nationale pour son rôle dans le régime de Vichy (1940-1944), est inhumé à l'île d'Yeu.

"Je n'irai pas, mais je les laisserai faire leur truc", aurait lâché Emmanuel Macron devant des proches.

"J'envoie ces mecs se faire trouer la paillasse au Mali, je ne peux pas leur envoyer que des rebuffades"

Le 7 novembre,alors qu'il se trouve à Charleville-Mézières (Ardennes), ]le chef de l'État déclenche néanmoins une tempête en jugeant "légitime" de rendre "hommage (samedi) aux maréchaux qui ont conduit l'armée à la victoire", y compris Pétain, estimant qu'il a été "pendant la Première Guerre mondiale un grand soldat" avant de conduire "des choix funestes" pendant la Seconde Guerre en collaborant avec le régime nazi.

"J'envoie ces mecs se faire trouer la paillasse au Mali, je ne peux pas leur envoyer que des rebuffades", se serait justifié le président devant quelques conseillers.



Néanmoins, dans la soirée l'état-major des armées publie un communiqué sur le "déroulement de la cérémonie du 10 novembre", sans plus mentionner l'hommage à tous "les chefs militaires". "Comme tous les ans, le 10 novembre, le Président de la République, chef des armées, fera fleurir la tombe du maréchal Foch, sous le dôme des Invalides", note-t-il. "Au cours de cette cérémonie militaire, le chef d'état-major des armées rendra également hommage aux quatre autres maréchaux enterrés aux Invalides (Lyautey, Maunoury, Fayolle et Franchet d'Espèrey)", ajoute le communiqué. Exit donc Pétain mais aussi Joffre et Gallieni.

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