Guerre des chiffres de la «Fête à Macron» : nos réponses aux accusations

Guerre des chiffres de la «Fête à Macron» : nos réponses aux accusations
Paris, samedi 5 mai 2018. Selon la France insoumise, la manifestation coorganisée avec la CGT a réuni 160 000 personnes. Le cabinet Occurrence, mandaté notamment par Le Parisien, a lui compté moins de 40 000 manifestants.

leparisien.fr, publié le lundi 07 mai 2018 à 19h30

Le Parisien fait partie du collectif de médias qui a mandaté l'entreprise Occurrence pour un comptage indépendant des manifestations. Celle que Jean-Luc Mélenchon accuse d'être « payé(e) pour mentir ».

L'ambiance était « festive et pacifique », martèle ce lundi encore le député de la France insoumise, Alexis Corbière. Deux jours après le rassemblement parisien baptisé « la Fête à Macron », une guerre des chiffres entache pourtant le climat voulu « carnavalesque » de la manifestation.

Depuis samedi, plusieurs figures du mouvement d'extrême gauche ont mis en doute l'intégrité du « comptage » des militants, allant jusqu'à laisser planer un parfum de complotisme au service du chef de l'Etat. Or sans les citer, les petites mains que Jean-Luc Mélenchon accuse d'être « payé (es) pour mentir » sont des personnes choisies par un collectif de médias - dont Le Parisien - pour leur sérieux et leur indépendance. Le cabinet Occurrence utilise une méthode éprouvée depuis 2006 que certains médias du collectif ont eu l'occasion d'observer en direct. Petit rappel.

Le grand écart

C'est une blague bien connue en France, tant les écarts sont régulièrement grotesques. La traditionnelle différence entre le nombre de manifestants « selon la police » et « selon les organisateurs » s'était toutefois réduite après l'annonce des premiers tests du cabinet Occurrence pour le compte des médias français, et notamment pour le défilé du 22 mars à l'appel de la CGT. Mais samedi, le grand écart était de retour : 40 000 selon la préfecture, 160 000 selon la France insoumise, tandis que le comptage d'Occurrence donnait lui une estimation à 38 900 personnes. Soit comme souvent depuis le lancement de l'opération, un chiffre assez proche de celui de la préfecture qui n'utilise pourtant pas la même méthode. C'est dans ce contexte que Jean-Luc Mélenchon, entre autres, a lancé ses accusations.

Une méthode nouvelle

C'est justement pour éviter ces guerres de chiffres que Le Parisien - Aujourd'hui en France s'est associé cette année à une vingtaine d'autres titres, radios ou télés (Le Figaro, BFMTV, Franceinfo, Mediapart...), et fait appel à un prestataire utilisant une nouvelle méthode basée sur des capteurs et un algorithme. Deux capteurs sont placés à 20 m de hauteur, de part et d'autre de la rue qui doit être empruntée par le défilé. Ces capteurs tracent une ligne fictive et tous ceux qui la franchissent sont comptabilisés. Cela prend également en compte les trottoirs car, malgré les recommandations des organisateurs, les manifestants s'y mettent souvent.

Samedi, « nous étions postés à une vingtaine de minutes après le départ du cortège au 243 rue de Saint-Martin », précise Assaël Adary, patron d'Occurrence. Plus exactement dans une chambre d'hôtel, au 4e étage. Il ne s'agit pas d'un enregistrement vidéo mais d'un simple système de comptage en temps réel. Toutes les 20 secondes, une nouvelle ligne est ajoutée à un tableur, indiquant l'heure précise, puis dans une colonne le nombre de personnes comptabilisées.

Filet de sécurité

Pour ne pas être totalement dépendant de la technologie, et considérant qu'une personne peut toujours être cachée par une autre ou par des fumigènes, le cabinet s'est aussi prévu un filet de sécurité. Le dispositif est ainsi complété par des « micro-comptages humains », grâce cette fois à des vidéos. Une équipe d'observateurs pondère le résultat final grâce à des relevés effectués sur plusieurs portions du défilé, filmés toutes les 20 à 30 secondes. Autrement dit, des militants sont recomptés à la main, sur vidéos, pour s'assurer que cela correspond au comptage automatique.

Avec cette double vérification, Occurrence évalue à environ 10 % la marge d'erreur. Ces données sont ensuite transmises aux médias dans le quart d'heure qui suit le passage des voitures de police, qui ferment le cortège.

Lors du premier test, une équipe du Parisien, comme quelques autres médias du collectif, avait doublé le comptage manuel en filmant même l'intégralité du défilé, pour comparer avec les chiffres d'Occurrence. Avec succès.

Des preuves de fiabilité

Au-delà de l'affinage fait à la main par Occurrence, et la vérification journalistique lors des premiers tests sur manifestations réelles, la technique a déjà été approuvée dans des conditions qui rendent ses résultats incontestables.

En effet, le cabinet utilise cette technologie initialement destinée à compter les flux de personnes dans les aéroports ou les musées depuis 2006. Avant de fournir sa prestation au collectif de médias français, Occurrence a également fait des tests lors de marathons, pour compter les coureurs. Or dans ce genre de manifestations, le nombre de participant est connu d'avance, au moment de l'inscription et de la distribution des dossards numérotés. Le comparatif entre le comptage façon Occurrence et la réalité était encore une fois concluant.

La France insoumise invitée à recompter

Interrogé ce lundi par l'un des médias partenaires, Franceinfo, Assaël Adary a fini par répondre lui-même à la polémique en invitant la France insoumise (et la CGT coorganisatrice) à venir visionner la vidéo réalisée par Occurrence et recompter une dernière fois, un à un, les manifestants.

Le patron du cabinet indique en outre avoir proposé à plusieurs reprises au député insoumis François Ruffin, à l'initiative de l'événement, de venir assister au comptage. « En vain », précise-t-il. Enfin, « je ne nie pas qu'il puisse y avoir des gens qui soient allés directement place de la Bastille, où un concert était organisé, mais nous, nous avons compté ceux qui ont participé au défilé », clarifie-t-il à propos de l'interrogation de Jean-Luc Mélenchon sur « la seule place de la Bastille (qui) contient 40 000 personnes ». Si un tel écart ne peut s'expliquer par cet unique fait, il s'agira peut-être la prochaine fois d'inviter les militants à bien suivre le parcours indiqué s'ils souhaitent être comptabilisés en tant que manifestants, et non pas seulement venir assister au final.

Quant aux accusations de proximité supposée entre Assaël Adary et la République en marche, fondées notamment sur un tweet de soutien à Aurore Bergé, le fondateur d'Occurrence s'en est expliqué auprès de CheckNews. « Aurore Bergé est une ancienne camarade du Celsa, c'est un tweet de soutien en réponse aux attaques dont elle était la cible », a-t-il assuré, niant toute prise de position officielle pro-LREM.

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