Gouvernement : le possible remaniement qui angoisse les ministres

Gouvernement  : le possible remaniement qui angoisse les ministres
Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, que certains disent malheureux dans ses fonctions, serait sur le départ.

leparisien.fr, publié le vendredi 11 mai 2018 à 06h37

Un remaniement ? C'est une hypothèse que nombre de ministres redoutent alors que certains sont déjà en difficulté.

C'est une petite musique, une rumeur, un « poison lent » même, selon l'expression d'un ministre, qui circule avec insistance depuis des semaines déjà. Et si Emmanuel Macron décidait de remanier en profondeur son gouvernement, qui soufflera jeudi prochain sa première bougie ? Le président n'a d'ailleurs jamais caché qu'au bout d'un an il évaluerait ses ministres. Une promesse - une menace ? - que les principaux intéressés n'ont pas oubliée.

« C'est vrai qu'il y a un bruit et que le bruit amène le bruit. Il y a toujours une barre d'angoisse chez les ministres », concède un intime du chef de l'Etat. Encore plus au moment où la majorité essuie sa première tempête (réforme de la SNCF, grogne sociale, loi asile immigration...) et que le président s'agace de devoir monter, souvent seul, au front.

Au point que jusque dans les couloirs de l'Elysée, l'hypothèse est évoquée entre deux portes : « L'idée de rebattre les cartes se précise », assure un proche d'Emmanuel Macron. Et d'évoquer un possible chamboule-tout avant l'été. « Le président l'a dit et répété. Il considère que la fin du quinquennat aura lieu le 31 décembre. Donc tout ce qui n'est pas lancé d'ici la fin de l'année n'existera pas, confie un familier du pouvoir. Or dans les matchs, il y a des périodes de mi-temps et il faut savoir changer les joueurs fatigués. »

Hulot, Nyssen et Mézard sur le départ ?

Dans le viseur, cinq ou six ministres particulièrement secoués par l'actualité ces dernières semaines. « Il y en a certains qui seraient humainement soulagés de ne plus en être », confie l'un des ténors du gouvernement.

C'est notamment le cas du plus emblématique d'entre eux, le ministre de l'Ecologie, Nicolas Hulot. Certains le disent déprimé, malheureux dans ses fonctions et parfois absent dans ses dossiers : « Son rêve ce n'était pas de devenir ministre », résume un homologue.

Un autre s'interroge : « Avec le dossier sur les centrales nucléaires qui approche, faut-il risquer une crise avec lui ou l'exfiltrer avant ? ». Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, qui a multiplié les impairs médiatiques donne, elle aussi, des signes de faiblesse.

Quant à Jacques Mézard, à la Cohésion des territoires, il ne fait plus depuis longtemps l'unanimité : « C'est Julien Denormandie (NDLR : son secrétaire d'Etat) qui fait tout ! On se demande si les deux ne sont pas pressés que ça se termine », glisse, perfide, un membre du gouvernement.

«Grande confiance» de Philippe envers ses ministres

D'autres chevaux légers ont également perdu des points comme la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Brune Poirson. « Brune, ça prend pas. Le Premier ministre a même dû venir à son secours lorsqu'elle a présenté son projet sur l'économie circulaire », rit sous cape un conseiller ministériel.

Et que dire d'Elisabeth Borne, la ministre des Transports, mise dernièrement sur la touche lors des négociations avec les syndicats. « Mais tant que la réforme de la SNCF ne sera pas terminée, elle ne peut pas bouger : on ne va pas offrir son scalp aux syndicats », jure un proche d'Édouard Philippe.

A l'Elysée comme à Matignon, on démine vertement. « C'est complètement infondé. Le gouvernement est au travail avec une grande confiance du Premier ministre envers ses ministres », balaie-t-on, invoquant un calendrier chargé pour les semaines à venir : délocalisation de tous les ministres avec leurs cabinets aux quatre coins de France jeudi prochain, séminaire gouvernemental à l'Elysée fin mai, ouverture de la séquence budgétaire...

«Le remaniement, c'est une arme compliquée»

« On a un paquet de réformes à faire avancer, le train est bien lancé. Il n'est pas encore arrivé en gare », appuie-t-on rue de Varenne. « Nyssen ? Elle est souvent en difficulté, mais c'est surtout des problèmes d'expression médiatique. Hulot ? Il menace de partir, mais il sait très bien que s'il veut peser, c'est encore mieux de rester à l'intérieur. Et que ferait-il après ? Du kitesurf ? », évacue un marcheur de la première heure.

« Et puis, l'inconvénient d'un remaniement, c'est que c'est une arme compliquée. Ce n'est pas un outil de communication positive », lâche un ministre. « On ne peut pas l'utiliser dix-huit fois dans un quinquennat. Il faut le faire au bon moment », renchérit l'entourage du président de la République.

Et le moment n'est sans doute pas le plus opportun, alors que les prochaines échéances électorales sont dans plus d'un an. Mais avec Macron, tout est toujours possible : « C'est un transgressif. Il aime surprendre », résume un député de la majorité. Pas de quoi calmer les angoisses des ministres.

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