GL Events et Emmanuel Macron : tout comprendre à l'affaire des étranges «ristournes»

GL Events et Emmanuel Macron : tout comprendre à l'affaire des étranges «ristournes»
L'une des réductions concerne un meeting organisé Porte de Versailles en décembre 2016.

leparisien.fr, publié le mardi 01 mai 2018 à 13h04

Le candidat a bénéficié de réductions sur l'organisation de certains meetings.

Des ristournes qui font parler. Vendredi, Mediapart a révélé qu'Emmanuel Macron avait bénéficié de réductions sur deux de ses meetings pendant la campagne présidentielle. Depuis, la société organisatrice des événements, GL Events, a défendu ces promotions, et le site d'investigation a contre-attaqué. Notre résumé de l'affaire.

Qu'affirme Mediapart ?

Vendredi, le site dirigé par Edwy Plenel publie un article où il pointe du doigt de possibles cadeaux du « roi de l'événementiel », la société GL Events, dirigée par Olivier Ginon, un proche du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Mediapart y explique qu'Emmanuel Macron a obtenu d'importantes remises sur deux meetings qui l'ont mené à l'Elysée, en juillet et décembre 2016.

Le premier, organisé alors qu'il est encore ministre de l'Economie, s'est tenu à la Maison de la Mutualité à Paris. Mediapart affirme que les 14 129 euros de la location de la salle ont été offerts par GL Events. « Le jour du meeting : une nouvelle réduction a fait baisser les coûts de près de 15 000 euros (25 710 euros contre 40 554 euros) », détaille le site.

Deuxième manifestation, le premier véritable grand meeting de campagne du candidat d'En Marche !. Mediapart affirme que la location du matériel devait coûter 39 490 euros. La facture délivrée par GL Events s'est élevée à 29 663 euros.

Selon le site d'investigation, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a noté des promotions parfois « d'un pourcentage anormalement élevé » mais s'est « satisfaite » des explications de GL Events et LREM. Et a validé les comptes de campagne du candidat Macron.

Que répondent l'Elysée et cette société ?

Contactée par Mediapart, l'Elysée explique que ces tarifs avantageux sont dus à une « approche agressive des négociations commerciales » négociée par le « pôle événementiel d'En Marche ! ». Des ristournes également justifiées par GL Events dans un communiqué publié lundi.

« Le Groupe GL Events a réalisé les prestations qu'il fournit chaque année [...] dans le strict cadre de relations commerciales habituelles », explique la société, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 953 millions d'euros en 2016 grâce notamment aux JO de Rio et à l'Euro de football en France.

Concernant le meeting du 12 juillet 2016 à la Maison de la Mutualité à Paris, la société reproche à Mediapart de n'avoir considéré que les remises sur les locations d'espace et non sur la globalité des dépenses, tout en confirmant les réductions du prix évoquées. « La totalité des remises faites sur la Mutualité correspond à 33 940 euros, soit 26 % » sur l'ensemble des dépenses relatives à l'événement, explique Jean-Eudes Rabut, directeur général de GL Events Venues, branche de la société s'occupant de ces prestations.

Le prix final du meeting du 10 décembre à la Porte de Versailles à Paris ainsi que les remises pointées par Mediapart ont été confirmés. Selon GL Events, les organisateurs ont reçu pour leur commande de 5 000 chaises une remise de 20 % en raison de « l'importance du volume fourni et de l'intensité de la concurrence dans cette consultation ». A cette remise s'en est ajoutée une autre de 3600 euros car les chaises ont été mises en place par les volontaires de LREM et non par GL Events.

Que répond Mediapart ?

Dans un nouvel article publié lundi, le site d'information affirme que les justifications de l'entreprise relèvent du « mensonge ». Il affirme que deux autres candidats à la présidentielle, François Fillon (LR) et Benoît Hamon (PS) n'ont pas bénéficié d'un traitement de faveur identique.

Le vainqueur de la primaire de gauche n'a obtenu aucune promotion sur un rassemblement organisé fin janvier. Pour un autre meeting organisé au même endroit la semaine suivante, le staff de Benoît Hamon a seulement bénéficié d'une remise de 32,40 euros sur « les frais de service vin », affirme Mediapart.

François Fillon n'est pas mieux loti. Selon une facture dévoilée par Europe 1, GL Events n'a pas offert de remise à l'ancien premier Ministre lors de son passage à la Maison de la Mutualité en janvier 2017. Mediapart affirme que le candidat n'a également eu droit à aucune remise lors de son passage dans deux salles gérées par cette société à Nice (Nice Acropolis) ou à Lyon (Eurexpo).

Comment réagit l'opposition ?

Lydia Guirous, porte-parole des Républicains, a dénoncé lundi « l'avantage » dont aurait bénéficié Emmanuel Macron. « Il va falloir creuser davantage sur cette affaire, a-t-elle plaidé sur LCI. François Fillon n'a pas bénéficié des mêmes ristournes, des mêmes réductions. C'est une concurrence qui est un peu déloyale et un avantage qui n'est pas anodin pour la campagne d'Emmanuel Macron ».

Sur Twitter, l'ex-trésorier du PS Jean-François Debat a estimé que tout geste commercial « d'une entreprise a un candidat est totalement illégal et entraîne l'inéligibilité du candidat. Inconcevable excuse de GL Events et du staff Macron. Et quid du contrôle des comptes de campagne ? ».

Toujours sur Twitter, le député France Insoumise de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière a parlé d'un « scandale de grande ampleur ».

Emmanuel Macron risque-t-il son poste ?

Non. Premièrement, parce que la CNCCFP a validé les comptes de campagne d'Emmanuel Macron. L'article L52-17 du Code électoral explique que la Commission doit examiner le montant d'une dépense « inférieure aux prix habituellement pratiqués ». C'est ce qui a été fait, et les justifications de GL Events de l'entourage du chef de l'Etat l'ont convaincue.

Si ça n'avait pas été le cas, Emmanuel Macron aurait dû rembourser les sommes rejetées par la CNCCFP. Dans le pire des cas, le parquet peut ouvrir une enquête. Mais en aucun cas, le président ne peut être contraint de quitter son poste.

« La sanction d'une irrégularité liée au compte de campagne, même d'une particulière gravité (absence de dépôt, dépassement flagrant de plafond, dissimulation de recettes ou de dépenses électorales, etc.), n'entraîne pas de sanction d'inéligibilité (voire de démission d'office du président élu !), mais seulement le non-remboursement du compte », écrivait en 2012 Régis Lambert, secrétaire général de la CNCCFP.

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