Gilles Le Gendre, patron fragilisé d'un groupe LREM déstabilisé

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Gilles Le Gendre à Paris le 29 avril 2019
Gilles Le Gendre à Paris le 29 avril 2019
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© AFP, Bertrand GUAY

, publié le vendredi 05 juin 2020 à 17h47

"On touche le fond", grince un député. Déjà secoué par la constitution coup sur coup de deux nouveaux groupes parlementaires à l'Assemblée, le chef de file des députés LREM Gilles Le Gendre est fragilisé par une fuite dans la presse qui lui attribue une "note" sur un remaniement ministériel.

Gilles Le Gendre a déploré vendredi que l'article publié dans Marianne comporte "de nombreuses contre-vérités et interprétations tendancieuses dont chacun pourra comprendre les intentions politiques", dans un message adressé à ses collègues.

Selon l'hebdomadaire, il aurait adressé "fin mai" des "notes de travail" au président Emmanuel Macron, pour proposer des pistes de casting gouvernemental en cas de remaniement.

Réélu à la tête du groupe majoritaire en juillet, il semble regretter que le Premier ministre Edouard Philippe se "garde bien d'intervenir dans les affaires de la majorité".

Et évoque deux "favoris" pour lui succéder: le ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian qui "saura gérer la majorité" mais "appuiera peu l'élan que nous souhaitons donner", et le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, qui "porterait parfaitement la reconstruction" malgré un "faible charisme".

Dans le groupe LREM, il n'y aurait en revanche "aucun candidat crédible" pour Matignon. Aux autres postes, il cite "le cas complexe" d'un retour éventuel de Manuel Valls, aux Affaires étrangères.

Gilles Le Gendre dit lui ne pas vouloir commenter "le contenu de (ses) discussions avec le chef de l'Etat". "Elles sont privées et, pour ce qui dépend de moi, le demeureront", dans le message à ses collègues.

Mais il s'attire déjà quelques sarcasmes et la réunion de groupe mardi promet d'être agitée. "Déjà que ça ne se passait pas très bien pour lui... Mais c'est un honneur d'être remanié par Gilles Le Gendre", ironise un membre du gouvernement.

Parmi ses détracteurs, le député de l'Eure Bruno Questel juge auprès de l'AFP qu'il était "déjà fragilisé avant" et "doit libérer la place dans les meilleurs délais", après le deuxième tour des municipales le 28 juin.

- "Ca chauffe pas mal" -

"Nous découvrons que Gilles Le Gendre veut donc remplacer tout le gouvernement (....). Je ne doute pas qu'il s'en expliquera devant les députés", complète Aurore Bergé, réputée proche du Premier ministre.

Selon plusieurs parlementaires, "ça chauffe pas mal" dans les boucles Telegram du groupe. "Il est mort", tranche un élu.

Mais "il faut voir la réaction du marais, ceux qui l'ont élu. Il a eu de la considération pour chacun, a donné des postes. Mais si ceux-là le lâchent...", préviennent des sources parlementaires.

La publication de cet article intervient dans un contexte difficile pour le groupe des "marcheurs", qui a perdu quatorze députés en mai avec la constitution d'un 9e groupe à l'aile gauche, Ecologie Démocratie Solidarité, puis d'un dixième groupe sur son aile droite, Agir ensemble, qui reste dans la majorité.

Auparavant, plusieurs parlementaires étaient déjà partis sur fond de désaccord sur la ligne ou pour les municipales, très difficiles pour LREM jusqu'ici. 

Les marcheurs et apparentés sont aujourd'hui 281 à l'Assemblée contre 314 au début de la législature. Ils ont perdu la majorité absolue (289 sièges), même s'ils peuvent compter sur leurs alliés du MoDem et du 10e groupe.

Jusqu'ici, une très large part d'élus le soutenaient et soulignaient la "difficulté du job" de Gilles Le Gendre, avec un groupe vaste, composite, et une bonne part de personnes sans expérience politique avant 2017.

Parti vers le 10e groupe, un député juge que le problème des "marcheurs" n'est pas lié à son chef, mais à la "gouvernance" de près de 300 députés. "C'est très difficile d'adopter des positions communes et ça pousse à être très aligné sur le gouvernement".

Le 10e groupe, "peut-être que c'est une ultime alerte qui va permettre de prendre conscience que la façon dont nous animons la sphère majoritaire n'est peut-être pas optimale", convenait Gilles Le Gendre fin mai.

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