"Gilets jaunes": Macron tente de désamorcer la polémique sur le recours aux militaires

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Les forces de l'ordre stationnées sur les Champs-Elysées à Paris lors d'une manifestation de "gilets jaunes", le 12 janvier 2019
Les forces de l'ordre stationnées sur les Champs-Elysées à Paris lors d'une manifestation de "gilets jaunes", le 12 janvier 2019
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© AFP, GEOFFROY VAN DER HASSELT
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AFP, publié le vendredi 22 mars 2019 à 19h39

Le président Emmanuel Macron a tenté vendredi de désamorcer la polémique née de l'annonce de la mise à contribution de militaires lors des manifestations de "gilets jaunes" samedi, en assurant que l'armée n'était "en aucun cas en charge du maintien de l'ordre".

"Un faux débat" provoqué par "ceux qui jouent à se faire peur et à faire peur", a tranché le chef de l'État depuis Bruxelles, lors d'une conférence de presse.

Pour répondre aux accusations de laxisme sécuritaire et éviter une réédition du scénario violent de samedi dernier - avec notamment le saccage de nombreux commerces sur les Champs-Élysées - les autorités ont annoncé une série de mesures avant la 19ème journée de mobilisation de samedi.

Les manifestations seront notamment interdites dans plusieurs lieux emblématiques, des Champs-Élysées parisiens - où la célèbre brasserie Le Fouquet's, pillée et incendiée, restera fermée "plusieurs mois" selon ses gérants -  à la place du Capitole de Toulouse, et les fouilles seront beaucoup plus systématiques. 

Plus polémique, le recours annoncé aux soldats de l'opération Sentinelle pour soulager la charge des forces de l'ordre. Faite mercredi, l'annonce a suscité un tollé politique, l'opposition dénonçant un mélange des genres et un risque d'escalade.

La polémique a encore gonflé après des déclaration du gouverneur militaire de Paris, le général Bruno Leray, évoquant une éventuelle "ouverture du feu". 

"Les soldats donnent des sommations. Ils sont à même d'apprécier la nature de la menace et d'y répondre de manière proportionnée", avait-il souligné. "Les consignes sont extrêmement précises. Ils ont différents moyens d'action pour faire face à toute menace. Ça peut aller jusqu'à l'ouverture du feu".

- "Pas de face-à-face"-

Le gouvernement a tenté depuis d'expliquer que les soldats ne seraient pas appelés à faire du maintien de l'ordre et ne seraient en aucun cas au contact des manifestants. 

Pour M. Macron, "c'est exactement la même chose que ce qui avait été décidé au mois de décembre et à plusieurs reprises par le passé, c'est-à-dire faire appel aux militaires de l'opération Sentinelle pour ce qui est leur mission, la lutte contre le terrorisme et protéger des sites sensibles, pour pouvoir décharger les policiers et les gendarmes de ces missions".

"Il n'a jamais été question de confier à Sentinelle (...) des missions de maintien de l'ordre", a renchéri vendredi soir sur RTL la ministre des Armées Florence Parly.

"Il n'est donc pas envisageable que des militaires des armées françaises puissent ouvrir le feu sur des manifestants", a-t-elle ajouté. "Les soldats de Sentinelle ne seront donc pas aux endroits où il y aura des manifestations, il n'y aura donc pas de face-à-face". 

Les soldats de Sentinelle vont simplement "soulager leurs collègues policiers et gendarmes afin que ceux-ci se consacrent pleinement aux opérations de maintien de l'ordre, et ce sera le cas demain" samedi, a-t-elle assuré.

- L'opposition reste sceptique -

Le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a demandé "solennellement" vendredi au Premier ministre Édouard Philippe de venir s'expliquer devant l'Assemblée nationale sur la mobilisation de l'armée, fustigeant "une déclaration aussi aventureuse que périlleuse".

"En 2017 Emmanuel Macron promettait d'apaiser la France, en 2019 il mobilise la force Sentinelle, sans en avertir le chef d'état-major des armées, et laisse entendre que les militaires pourraient tirer sur les manifestants. Le macronisme fracture et abîme la France", a quant à lui twitté le député LR Éric Ciotti.

Selon la radio RTL, le chef d'état-major des armées, le général François Lecointre, n'avait pas été prévenu au préalable de l'engagement des hommes de l'opération Sentinelle samedi et lors d'un conseil restreint de Défense qui a eu lieu mercredi, la mise à contribution des soldats n'avait pas non plus été évoquée. 

De leur côté, deux avocats, William Bourdon et Vincent Brengarth, ont écrit au Défenseur des droits, Jacques Toubon, pour lui demander d'obtenir des "garanties" du gouvernement "pour éviter tout risque". 

Lancé au lendemain des attentats de janvier 2015, l'opération Sentinelle mobilise 7.000 soldats en France. Les soldats protègent des sites religieux (synagogues, mosquées...), des lieux particulièrement exposés au risque terroriste ou très fréquentés (lieux touristiques, gares...). Ils sont présents de manière quasi-permanente à certains endroits, comme les aéroports ou les musées.

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