"Gilets jaunes" : Emmanuel Macron reconnaît à la télévision italienne avoir fait des "erreurs"

"Gilets jaunes" : Emmanuel Macron reconnaît à la télévision italienne avoir fait des "erreurs"
Emmanuel Macron le 28 février 2019 à Pessac (Gironde).

, publié le lundi 04 mars 2019 à 08h10

Lors d'une interview à Rai Uno, diffusée dimanche 3 mars, le chef de l'État a reconnu avoir fait par le passé des "erreurs" qui expliquent "en partie" la crise des "gilets jaunes". 

Après des mois de crise avec l'Italie, Emmanuel Macron a lancé dimanche 3 mars à la télévision italienne un vibrant appel à la réconciliation. "Il y a eu des propos excessifs.

Il y a des péripéties aujourd'hui. Moi, je pense que ce que nous devons à nos peuples, à notre histoire et à l'Europe, c'est d'aller au-delà", a plaidé sur la Rai Uno le chef de l'État français à propos des tensions entre Rome et Paris qui ont culminé le mois dernier avec le rappel provisoire de l'ambassadeur de France en Italie.




Pour illustrer cela, il a annoncé qu'il recevrait son homologue Sergio Mattarella le 2 mai à Amboise et à Chambord, deux célèbres châteaux de la Loire, "avec la jeunesse française et italienne", pour célébrer les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci. "On parlera d'avenir et d'Europe", a-t-il ajouté. Les deux présidents entendent aller "au-delà des malentendus qui peuvent parfois s'installer dans la vie politique ou économique et qui sont, pour moi, secondaires", a assuré Emmanuel Macron, sans jamais mentionner le chef du gouvernement Giuseppe Conte ou aucun autre dirigeant italien.

Macron esquisse un mea culpa

À l'exception d'une question sur la liaison ferroviaire Lyon-Turin, dont il a souligné l'importance, le président français s'est gardé d'évoquer les sujets qui fâchent comme la fusion entre les Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France) et Fincantieri ou le soutien des dirigeants populistes italiens au mouvement de protestation des "gilets jaunes".

À propos de ces derniers, qui ont encore manifesté samedi 2 mars à travers la France, Emmanuel Macron a reconnu qu'il avait fait des erreurs qui expliquaient "en partie" la crise. "Quand on va trop vite, qu'on est trop rapides ou trop caricaturaux, on fait des erreurs", a-t-il estimé, alors qu'il répondait à une question sur la liaison Lyon-Turin. "Moi, j'en ai fait d'ailleurs par le passé, c'est une partie de l'explication de la crise.""On ne peut pas laisser les gens qui ont besoin de travailler, de vivre, de bouger, face à une impossibilité de mobilité pour quelque raison que ce soit", a-t-il ajouté. "Il faut les réconcilier. C'est par l'expertise scientifique, par le dialogue, la concertation et par l'innovation."

Macron en campagne

En Italie, l'interview a provoqué la polémique avant même sa diffusion : Emmanuel Macron a choisi de répondre à Fabio Fazio, l'une des bêtes noire du vice-Premier ministre Matteo Salvini (extrême droite) et des souverainistes qui le considèrent comme l'archétype du journaliste "bobo". Pendant l'entretien, le président français a aussi cité l'écrivain Roberto Saviano, l'un des critiques les plus virulents de M. Salvini, et fustigé "la simplification du message de certains nationalistes".

"Aucun pays, aucun en Europe, ni l'Italie, ni la France, ne réglera les problèmes qui sont les siens en s'opposant aux autres pays européens et en se repliant juste sur le plan national", a-t-il insisté. Il a aussi estimé que l'Europe était comme "sur un volcan" : "Il y a des gens qui pensent qu'on peut continuer comme des somnambules, comme si de rien n'était, ils seront ensevelis. Moi, j'ai la conscience du tragique (...). Nous avons besoin d'une vraie pensée philosophique complexe et de réinspirer nos peuples".

Avec cette interview, au cours de laquelle il a plaidé pour une Europe "forte, unie et souveraine", Emmanuel Macron se lance pleinement dans la campagne des élections européennes, ont souligné plusieurs médias. Le chef de l'État doit par ailleurs publier mardi dans la presse régionale des pays de l'Union européenne une tribune formulant des propositions "concrètes" pour une "Europe qui protège".


Son parti, La République en marche, n'a pour autant toujours pas annoncé de tête de liste pour le scrutin du 26 mai.  

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