Génocide rwandais : une livraison symbolique pour interpeller Macron

Génocide rwandais : une livraison symbolique pour interpeller Macron

Paris (VIIe), rue Saint-Dominique, jeudi 5 avril. Des militants de l'association Survie déposent symboliquement une fausse caisse d'armes devant l'ancien siège du ministère de la Défense.

leparisien.fr, publié le jeudi 05 avril 2018 à 19h24

En déposant symboliquement une fausse caisse d'armes devant l'ancien siège du ministère de la Défense, l'association Survie réclame «un geste fort» de l'Etat français pour son rôle trouble à l'époque des terribles massacres de 1994.

Un coffre de bois façon caisse d'armes porté par une poignée de militants devant l'ancien siège du ministère de la Défense. L'association Survie a choisi la veille de la triste date anniversaire du début du génocide du Rwanda (800 000 morts, en majorité Tutsis), le 7 avril 1994, pour mener une action coup de poing à la portée symbolique ce jeudi à Paris.

« Il s'agit d'interpeller l'actuel président sur la responsabilité de l'Etat français dans le soutien apporté à un régime qui préparait un génocide et a commis un génocide, explique Thomas Borrel, l'un des porte-parole de l'association. Nous demandons une reconnaissance officielle par l'Etat français de ce soutien, au-delà des erreurs admises par Nicolas Sarkozy en 2010 à Kigali. Il faut un geste fort ! »

« Des livraisons d'armes et de munitions » Survie, qui bataille pour la transparence du rôle de la France dans ce qui fût le dernier génocide du XXe siècle, entend insister sur le volet militaire du soutien apporté, sous la présidence de François Mitterrand, à ce petit pays d'Afrique de l'Est dirigé par un régime « ami » en proie à une rébellion armée. « Outre la coopération militaire en amont, avec l'envoi d'instructeurs militaires, ce soutien est passé par des livraisons d'armes et de munitions, y compris pendant le génocide et après l'embargo sur les armes des Nations Unies », rapporte Thomas Borrel. Selon Survie, s'y serait ajoutée « une stratégie indirecte » consistant au recours à des mercenaires comme Bob Denard.

Cette initiative intervient alors que la parole de militaires à l'époque engagés sur le terrain au Rwanda, notamment lors de l'opération Turquoise, commence à se libérer - comme celle de l'ancien officier Guillaume Ancel, auteur d'un livre paru mi-mars dont le Monde a publié des extraits (« Rwanda, la fin du silence. Témoignage d'un officier français. », éditions les Belles Lettres).

Une plainte en juin pour complicité de génocidePar ailleurs, arguant de témoignages et de documents, dont l'un recense les autorisations d'exportations de matériel de guerre de la France au Rwanda de 1990 à 1994, Survie avait déposé plainte en juin dernier à Paris pour « complicité de génocide et complicité de crimes contre l'Humanité à raison de faits commis par la France au Rwanda et dans les pays limitrophes courant 1994. »

Les relations diplomatiques entre Paris et Kigali ont connu à l'automne un regain de tensions, lié à l'enquête judiciaire conduite en France sur l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président Juvénal Habyarimana, qui avait précipité le déclenchement du génocide des Tutsis.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.