Gaspard Gantzer : «Il faut construire Paris en grand, plus juste et plus fluide»

Gaspard Gantzer : «Il faut construire Paris en grand, plus juste et plus fluide»
Gaspard Gantzer.
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leparisien.fr, publié le samedi 23 juin 2018 à 23h24

Dans une tribune au Parisien Dimanche - Aujourd'hui en France, Gaspard Gantzer, président de l'association «Parisiennes, Parisiens», affiche ses ambitions pour la capitale et le projet du Grand Paris.

Gaspard Gantzer, président de l'association « Parisiennes, Parisiens » et ancien conseiller de François Hollande à l'Elysée

« Un nouvel objet de concertation ? La promesse d'un discours fondateur ? Un métro ? Un stade ? Un Meccano administratif ? Le Grand Paris passionne mais reste méconnu. Certains annoncent que, finalement, il ne sera pas possible de construire et d'agrandir les lignes de métro, car l'argent manquerait. D'autres font, à juste titre, de la lutte contre la pollution une priorité mais oublient d'en discuter avec les communes voisines. Certains entrent en guerre contre l'aménagement des voies sur berge sans rien proposer en contrepartie.

En bref, chacun fait entendre sa voix, mais le Grand Paris reste lointain. Il serait pourtant simple de demander leur avis aux premiers concernés : les habitants de Paris et des communes limitrophes, qui ignorent les frontières administratives, commencent leur journée dans une ville, la poursuivent dans une autre et la terminent parfois dans une troisième. De Montrouge, à Suresnes ou à La Courneuve, ils sont fiers de dire qu'ils sont parisiens lorsqu'ils sont à l'étranger, mais la plupart rêvent d'une capitale qui retrouverait la première place, dans le monde et dans leur cœur.

Il faut construire ce Paris en grand plus juste, plus fonctionnel, plus fluide, plus harmonieux. Un Paris qui serait un modèle pour d'autres mégapoles mondiales. De l'île de la Cité au périphérique, la capitale n'a cessé de repousser ses limites. Alors, pourquoi n'épouse-t-on pas le sens de l'histoire, pour écarter le spectre d'une ville refermée sur elle-même, dont Beaumarchais écrivait déjà que « le mur murant Paris rend Paris murmurant » ?

Car la capitale menace de se rabougrir. Elle perd plus de 7500 habitants par an... Or, la démographie est le premier marqueur d'attractivité. Le sens de l'histoire de Paris, c'est le dépassement de ses vingt arrondissements, qui deviendraient l'hypercentre d'une métropole internationale. Si les politiques n'expliquent pas ce qu'est le Grand Paris, les Parisiens peuvent leur dire à quoi ressemble un Paris en grand, qui ferait tomber la muraille du périphérique, carcan psychologique, sociologique, économique, politique et administratif.

Il serait plus simple pour tous, travailleurs ou entrepreneurs, de s'installer dans des logements ou des bureaux plus grands, sans se sentir exclus de Paris ; plus simple, pour ces fonctionnaires qui font le lien social - policiers, puériculteurs, aides-soignants - de vivre dans la ville où ils travaillent, et non en banlieue ; plus facile à la jeunesse de traverser ce Paris en grand, pour s'amuser ou se cultiver.

Un Paris riche des communes de ses trois départements limitrophes - les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne -, formant un territoire où l'on amènerait Paris partout, de Pantin à Montrouge, de Saint-Ouen à Ivry-sur-Seine, de Montreuil à Boulogne-Billancourt, en passant par les Buttes-Chaumont, les Champs-Elysées, Montparnasse, Nation... Un espace homogène qui multiplierait par sept sa superficie - de 105 km2 à 762 km2 - et triplerait le nombre de ses habitants, de 2,2 millions à près de 7. On resterait encore loin des 14 millions d'habitants du Grand Londres.

Ce Paris en grand doterait la métropole de services publics unifiés sur ce territoire pour former un ensemble politique cohérent, où les citoyens seraient associés aux prises de décisions. Un Paris en grand, où les politiques de logement, de transport et d'urbanisme seraient coordonnées, et où il serait ainsi possible d'habiter, de circuler, de travailler, de s'amuser, sans la ségrégation spatiale de ces petits Paris : quartiers d'affaires sans logements, cités-dortoirs sans emploi ni offre culturelle, ou encore trajets à rallonge en RER ou en métro dans un réseau de transport de plus en plus saturé.

Né à Paris, père de famille, entrepreneur et citoyen engagé, je suis un de ces grands Parisiens. Comme eux, j'aimerais que ma ville fasse de nouveau rêver. Que la politique, vieille ou nouvelle, n'empêche pas l'émergence d'un Paris en grand, dont les Parisiennes et les Parisiens seraient le cœur ! C'est à eux, c'est à nous, d'écrire ce nouveau récit, collectivement, pour reprendre la marche de l'histoire. »

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