Fusillade à Colomiers : un réfugié politique azéri blessé par balle, son épouse tuée

Fusillade à Colomiers : un réfugié politique azéri blessé par balle, son épouse tuée
Le réfugié politique avait récemment contacté le commissariat de Colomiers pour dire qu'il se sentait menacé.

Orange avec AFP, publié le samedi 31 mars 2018 à 09h43

Un couple de réfugiés politiques azéris, arrivé en France en 2010, a été victime d'un guet-apens vendredi matin à Colomiers dans la banlieue de Toulouse (Haute-Garonne). L'homme, blessé par balle, se présente comme "un ancien journaliste emprisonné et torturé dans son pays" mais des zones d'ombres demeurent sur ses activités réelles en France.

Sa femme a, elle, été tuée.

Attentat politique ou règlement de compte lié à un différend d'ordre privé ? Une vaste enquête débute dans le sud-ouest de la France. Vendredi matin, peu avant 9h, "un individu accompagné d'un complice" a tiré à plusieurs reprises en direction d'une voiture stationnée allée Blaise-Pascal à Colomiers. Un ressortissant azéri, Rahim Namazov, et sa femme se trouvaient à l'intérieur du véhicule.

D'après les premiers éléments de l'enquête, le couple, qui a trois enfants, avait déposé la plus jeune à l'école à Colomiers et venait de se garer au pied de son immeuble. Sept balles ont été tirées par arme de poing. Des analyses balistiques sont en cours pour identifier le calibre utilisé. Aïda Namazov, 39 ans, a été "atteinte grièvement au niveau de la tête" et est décédée en début d'après-midi à l'hôpital Purpan, où son mari, lui-même touché au niveau du dos, l'avait conduite en voiture.

"Des menaces de mort proférées par téléphone"

"C'est une famille tranquille", a déclaré à la Dépêche du Midi une habitante du quartier. "Elle, je la voyais parfois sur le balcon, lui est un homme très gentil, assez costaud", a-t-elle ajouté précisant qu'elle avait "entendu deux fois quatre coups de feu avec un temps d'arrêt au milieu".

"Plusieurs pistes d'enquête sont envisagées à ce stade, mais compte-tenu du caractère probablement organisé de ces faits criminels", le parquet de Toulouse a annoncé vendredi s'être dessaisi au profit de la JIRS de Bordeaux, une juridiction interrégionale spécialisée.



Le 13 mars, le couple avait porté plainte pour des "menaces de mort proférées par téléphone", a encore indiqué le parquet de Toulouse, soulignant qu'une enquête avait dès lors été confiée au SRPJ de la ville. Entendu par la police après sa plainte, Rahim Namazov avait "expliqué que les menaces qu'il subissait, lui et sa famille, depuis peu, pouvaient être en lien avec son activité de journaliste qu'il avait exercée dans son pays d'origine et qu'il poursuivait en France sur des réseaux sociaux".



Rahim Namazov a été emprisonné puis menacé de mort et expulsé de son pays, selon l'Association des journalistes de Toulouse (AJT) qui n'a pas "connaissance d'activités journalistiques". L'ONG Reporters sans frontières (RSF) a, elle, expliqué qu'"à l'heure actuelle, il ne peut être établi qu'il existe un lien entre les tragiques crimes le visant lui et son épouse" et "de quelconques activités journalistiques".

Dans une vidéo postée sur Youtube le 23 décembre 2010, après son arrivée dans l'agglomération toulousaine, il racontait avoir "écrit dans (son) journal qu'il fallait s'attendre une nouvelle fois à des élections truquées et illégales" dans son pays. "C'est pour cela que j'ai été arrêté trois fois, emprisonné 10 jours de suite à chaque fois. La dernière fois, on m'a passé à tabac. On m'a cassé une dent. Ils m'ont prévenu : après les élections, tu vas mourir, et ta famille aussi. Parce que tu nous gênes. Après ces menaces, j'ai décidé de m'enfuir", déclarait-il alors.

"Il a prétendu être de la mafia"

Le responsable chez RSF de l'Europe de l'Est et de l'Asie centrale, Johann Bihr, a attiré l'attention de l'AFP sur un tweet de la journaliste d'investigation azérie Khadija Ismaylova, "personnalité très reconnue". Elle affirme que Namazov "prétendait être un journaliste persécuté" mais que cette guerre pourrait être le résultat d'une "bagarre sur internet avec des gens de la mafia"... "Ces derniers temps, sur internet, il a prétendu être de la mafia", a-t-elle notamment écrit.



Rahim Namazov avait obtenu le statut de réfugié en 2012, selon le parquet citant la cour nationale du droit d'asile. Mais personne n'avait signalé sa présence à Colomiers ni comme exilé politique ni comme journaliste, a déclaré à l'AFP la maire PS de la commune Karine Traval-Michelet.

Celle-ci a estimé qu'on ne pouvait pas s'empêcher de penser à "un éventuel règlement de comptes politique" en raison du profil de Rahim Namazov, "journaliste torturé et emprisonné dans son pays". L'Azerbaïdjan, République du Caucase sortie de l'ex-URSS en 1991, arrive 162ème sur 170 dans le classement 2017 de la Liberté de la presse établi par Reporters sans Frontières.

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