Frappes françaises en Syrie : débats animés au Parlement

Frappes françaises en Syrie : débats animés au Parlement

Le Premier ministre Edouard Philippe a défendu ce lundi avec conviction les frappes françaises en Syrie, face à des députés LFI et FN qui dénonçaient leur caractère « illégal ».

leparisien.fr, publié le lundi 16 avril 2018 à 19h10

Le Premier ministre Édouard Philippe a animé le débat à l'Assemblée Nationale, pendant que Jean-Yves Le Drian était au Sénat.

Emmanuel Macron l'avait promis, c'est Édouard Philippe qui s'y est collé. Députés et sénateurs ont commencé à débattre lundi, sans vote, de l'intervention française en Syrie, une opération militaire « réussie » selon Emmanuel Macron, qui recevait de son côté des ONG syriennes.

Devant un hémicycle clairsemé, particulièrement à droite, Édouard Philippe a repris l'argumentation utilisée dimanche soir par le président de la République qui a longuement justifié sa décision de frapper des sites de production d'armes chimiques du régime de Bachar al-Assad.

« Notre ennemi n'est pas la Syrie, notre ennemi, c'est Daech [...] Mais notre politique restera vaine si une arme de terreur entretenait la barbarie et contredisait toutes les règles que se donnent les humains. Avec les armes chimiques, c'est la raison et la civilisation qui vacillent durablement », a affirmé le locataire de Matignon.

« Cette intervention n'est pas le prélude à une guerre »

« En mai 2017, le président de la République avait très précisément défini la ligne rouge : une attaque chimique avérée, attribuable aux forces armées syriennes, avec des conséquences létales, entraînerait une riposte immédiate [...] Nous avons envoyé un message ferme, un message clair et un message fort », a-t-il insisté en estimant que « le coût de l'inaction était plus grand encore, reprenant les éléments de langage du président de la veille.

« Cette intervention n'est pas le prélude à une guerre. Nous ne voulons pas renoncer à une solution politique », a assuré le Premier ministre mais « aucune solution politique ne sera trouvée tant que l'utilisation de l'arme chimique sera impunie ».

Dans une réponse à tous ceux qui, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, ont affirmé que la France n'avait « pas de preuves » sur l'origine de l'attaque chimique, le Premier ministre a répété que ce sont des renseignements des services français qui « démontrent la responsabilité des forces armées syriennes » dans cette opération.

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s'exprimait parallèlement au Sénat mais il n'y a pas d'union sacrée sur les bancs des deux chambres. Deux jours après les frappes menées par Paris, Londres et Washington en Syrie, plusieurs élus de l'opposition ont dénoncé « une démonstration symbolique de force », violant « le droit international ».

« Intervention pas légale »

« Le président de la République sait très bien qu'il a violé le droit international [...] La communauté internationale n'est pas intervenue car il n'y a pas eu de vote à l'ONU », a rétorqué Marine Le Pen, la présidente du FN. Idem du côté de LR, le chef de file des sénateurs de droite Bruno Retailleau jugeant que « l'intervention n'était pas légale ».

« Je crains les effets pervers de ce genre de frappes » qui peuvent « renforcer le régime et l'ennemi numéro un, le terrorisme islamiste », en donnant « l'image d'un Occident hostile au monde arabo-musulman », a-t-il ajouté. « On nous parle d'internationalisme quand il s'agit de trois nations qui ont décidé », fustige la députée France Insoumise de Paris Danièle Obono, parlant d'une « démonstration symbolique de force ».

Cependant, dans l'opposition, plusieurs voix approuvent les frappes. Le premier secrétaire du PS Olivier Faure est favorable à une intervention « limitée dans le temps, dans l'espace (et) sur ses cibles », y voyant un signal « utile » et appelant maintenant à « une offensive diplomatique ».

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