Financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy : chronologie d'une enquête mouvementée

Financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy : chronologie d'une enquête mouvementée
Nicolas Sarkozy à Nice, le 7 novembre 2020.

, publié le samedi 14 novembre 2020 à 17h00

Témoignages de dignitaires libyens, notes des services secrets de Tripoli, accusations de Ziad Takieddine... En sept ans de travail, les magistrats ont réuni une somme d'indices troublants qui ont donné corps à la théorie d'un financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy.

L'affaire du financement libyen présumé de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy - qui vaut à l'ancien président d'être mis en examen quatre fois-, a connu cette semaine un rebondissement aussi spectaculaire qu'inattendu.

Ziad Takieddine, l'un des principaux témoins à charge contre Nicolas Sarkozy dans ce dossier, a retiré mercredi ses accusations."La vérité éclate" enfin, a triomphé un peu plus tard Nicolas

Sarkozy dans des messages sur les réseaux sociaux. Il est mis en examen dans ce dossier depuis mars 2018 pour "recel de détournement de fonds publics", "corruption passive" et "financement illégal de campagne électorale", et depuis mi-octobre pour "association de malfaiteurs".

Retour sur la chronologie de cette affaire judiciaire mouvementée.

• Révélations et enquête

Au printemps 2012, des accusations de financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy, lancées l'année précédente par le fils de Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam, se précisent : le journal en ligne Mediapart publie des documents affirmant que Tripoli aurait, en 2006, donné son accord pour un financement de 50 millions d'euros. Nicolas Sarkozy porte plainte contre Mediapart. Une enquête pour "publication de fausse nouvelle" se soldera par un non-lieu.

Le 3 mai, l'ex-Premier ministre libyen al-Baghdadi al-Mahmoudi, emprisonné en Tunisie, affirme, selon des propos rapportés par ses avocats tunisiens, que la Libye a bien financé la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy. Dans la soirée, un avocat français disant également le représenter dément qu'il ait tenu ces propos. En décembre, l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, poursuivi dans une autre affaire, affirme devant un juge détenir des preuves de ce financement libyen.

Le 19 avril 2013, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire contre X.


• Les tableaux de Guéant

Fin avril, Le Canard Enchaîné révèle qu'une perquisition chez l'ex-ministre de l'Intérieur Claude Guéant a permis de découvrir un versement de 500.000 euros depuis l'étranger effectué sur un compte de l'ex-homme de confiance de Nicolas Sarkozy. Claude Guéant justifie cette somme par la vente de tableaux de maître à un avocat malaisien.

En mai, l'Express révèle qu'un virement suspect de 25.000 euros, provenant de Jordanie sur un compte de Claude Guéant, a été découvert le même jour. Le 7 mars 2015, l'ancien ministre est mis en examen pour faux et usage de faux, et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée. Un homme d'affaires saoudien, Khalid Ali Bugshan, est également mis en examen, soupçonné d'avoir joué un rôle dans le versement des 500.000 euros.

• Nouvelles accusations

En septembre 2016, le carnet de Choukri Ghanem, ancien ministre libyen du Pétrole retrouvé mort noyé quatre ans plus tôt, est transmis aux enquêteurs. Il mentionne trois versements en 2007 destinés à Nicolas Sarkozy, totalisant au moins 6,5 millions d'euros.

Le 15 novembre, Ziad Takieddine affirme avoir personnellement remis 5 millions d'euros en liquide, provenant de Libye, en 2006 et 2007 à Nicolas Sarkozy et Claude Guéant. En février 2020, Claude Guéant fera condamner Ziad Takieddine pour diffamation. Ziad Takieddine est mis en examen le 7 décembre 2016, pour complicité de corruption et de trafic d'influence notamment.

Le 8 janvier 2018, l'homme d'affaires franco-algérien Alexandre Djouhri, soupçonné d'avoir servi d'intermédiaire, est arrêté à Londres. 


• Mises en examen

Le 21 mars, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour "corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de fonds publics libyens". Il fait appel. Bachir Saleh, ex-argentier de Mouammar Kadhafi, évoque le 22 mai sur France 2 des versements occultes du régime libyen à Nicolas Sarkozy.

Le 29 mai, Eric Woerth, ancien trésorier de la campagne, est mis en examen pour complicité de financement illégal. Claude Guéant est de nouveau mis en examen le 17 septembre, pour "corruption passive" notamment. Le 31 janvier 2020, Alexandre Djouhri est mis en examen, notamment pour "corruption active", et placé en détention provisoire en France, où il a été extradé. Remis en liberté pour raisons médicales, il est assigné à résidence.

Thierry Gaubert, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, est mis en examen pour "association de malfaiteurs" le 31 janvier 2020.

Le 24 septembre, la cour d'appel de Paris rejette les recours déposés par Nicolas Sarkozy et ses proches, validant ainsi l'enquête.  Le 12 octobre, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour "association de malfaiteurs", à l'issue de quatre jours d'audition par les juges chargés de l'enquête.

Le 11 novembre, Ziad Takieddine effectue une volte-face spectaculaire et dédouane Nicolas Sarkozy. "Il n'y a pas eu de financement de campagne présidentielle de Sarkozy", déclare t-il à BFMTV et Paris-Match depuis Beyrouth, accusant l'ancien juge d'instruction en charge du dossier, Serge Tournaire d'avoir voulu tourner ses propos "à sa manière". 

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