Face à la majorité, Jean Castex veut s'imposer comme le chef

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Jean Castex lors de la présentation du plan de relance, le 3 septembre 2020 à Paris
Jean Castex lors de la présentation du plan de relance, le 3 septembre 2020 à Paris
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© AFP, Ludovic Marin, POOL

, publié le vendredi 04 septembre 2020 à 15h27

En se rendant aux grands raouts de rentrée de La République en marche, du MoDem et dès vendredi du parti Agir, Jean Castex entend affirmer son rôle de chef de la majorité, que son prédécesseur Edouard Philippe n'a jamais vraiment réussi à incarner.

"Dans les institutions de la République, le Premier ministre est le chef de la majorité. Ca donne des droits, ça donne surtout des devoirs", a-t-il lancé vendredi à Châlons-en-Champagne, lors des journées parlementaires du parti de centre droit Agir, présidé par son ministre du Commerce extérieur Franck Riester.

Mais si l'ex-maire LR de Prades (Pyrénées-Orientales) avait jugé "naturel de (s')inscrire sans ambiguïté dans le mouvement qui soutient l'action du président de la République", lors d'un entretien au JDD quelques jours après sa nomination à Matignon, il n'a toujours pas adhéré à La République en marche.

"Nous ne sommes pas dans une question de partis", a-t-il évacué vendredi, alors que cette même indépendance partisane avait été critiquée par nombre de marcheurs historiques à l'endroit d'Edouard Philippe, également issu des rangs de la droite.

"Ce qu'on reprochait à son prédécesseur, ça n'est pas de ne pas avoir pris sa carte à LREM, c'est de ne pas avoir animé la majorité", croit pourtant savoir un proche du nouveau Premier ministre. Jean Castex explique pour sa part que "la majorité est diverse et ça fait sa force".

Après Agir à Châlons - Edouard Philippe, dont nombre de proches sont membres fondateurs, n'avait jamais fait montre d'autant d'égards à l'endroit de ce parti - le Premier ministre doit rendre visite en début de semaine prochaine aux troupes du MoDem à Biscarrosse (Landes), avant de conclure la grand messe de La République en marche, le 10 septembre, à Amiens.

"A la faveur de la mise en œuvre du plan de relance, il faut que les députés soient particulièrement impliqués", a-t-il lancé vendredi aux parlementaires centristes, en jurant vouloir "associer cette majorité, écouter les députés, leur donner un rôle actif".

- Un gouvernement "galerie commerciale" -

Pourtant, la nomination de l'énarque à Matignon, jusqu'alors connu pour avoir mis en œuvre le déconfinement, avait d'abord plongé la majorité dans une "sidération", alors que le gouvernement avait semblé pencher à droite, loin du "et en même temps" macronien originel.

"Il se réclame +gaulliste social+, moi, pas", grince encore aujourd'hui un député, qui regrette une équipe gouvernementale "un peu galerie commerciale".

Le haut fonctionnaire à l'apparence austère et l'accent chantant était toutefois parvenu, avant les vacances, à éviter les procès d'intention de la majorité. "Lors de sa venue en réunion de groupe, à l'Assemblée, il s'est montré intelligent", salue un parlementaire. Le passage du Premier ministre à un bureau exécutif de LREM, fin juillet, s'était également "bien passé", selon un participant.

"Au départ, et pendant longtemps, Edouard Philippe n'était pas non plus très populaire dans le groupe parlementaire", rappelle en outre un ancien ministre. La comparaison avec le maire du Havre tourne d'ailleurs souvent à l'avantage du nouveau locataire de Matignon: "Il tranche assez vite, alors qu'Edouard, il fallait qu'il réfléchisse, qu'il consulte...", s'enthousiasme une ministre en décrivant un chef du gouvernement "qui parle clair, simple, compréhensible par tous les Français".

Surtout, "Edouard avait fait le choix de ne pas s'occuper de la majorité", note un autre membre du gouvernement, qui rappelle que les relations entre Edouard Philippe et le patron du groupe LREM à l'Assemblée, Gilles Le Gendre, étaient orageuses, et à peine meilleures avec François Bayrou.

"Castex est le chef de la majorité", martèle encore une ministre, quand un député le voit comme un "PDG de cette fin de mandat", en louant "un homme d'efficacité, un homme d'opérations qui a l'obsession de l'exécution et de la mise en œuvre", dans une critique en creux de son prédécesseur. Même si, sur la question, Jean Castex se défend d'être "un homme de rupture".

Jean Castex peut par ailleurs espérer une relative tranquillité d'ici la fin du mandat, aidé par un agenda parlementaire dominé par le plan de relance et globalement consensuel dans la majorité - à l'exception de la loi contre le séparatisme, que d'aucuns craignent clivante.

En tant que chef de la majorité, il devra toutefois lui trouver un nouveau souffle. La déroute de LREM aux municipales, les ambitions grandissantes du MoDem et l'essoufflement de la recomposition politique compliquent la mise en ordre des troupes macronistes, à vingt-et-un mois de la présidentielle.

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