Face à Bourdin et Plenel, Macron encaisse et castagne

Face à Bourdin et Plenel, Macron encaisse et castagne

Palais de Chaillot (Paris XVIe), dimanche soir. Emmanuel Macron a répondu pendant plus de deux heures trente aux questions d'Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin.

leparisien.fr, publié le dimanche 15 avril 2018 à 23h44

Dans une interview-fleuve et parfois brutale, qui aura duré plus de trois heures, le président de la République n'a rien cédé et a fait l'éloge de l'autorité.

Oublié le cadre champêtre de l'interview jeudi sur TF 1. Ce dimanche soir, c'est sur la colline du palais de Chaillot, surplombant Paris, dans un lieu aussi solennel que symbolique, qu'Emmanuel Macron a répondu aux questions du duo inédit des journalistes Jean-Jacques Bourdin de BFMTV-RMC et Edwy Plenel de Mediapart. Dans la salle même où fut signée en 1948 la déclaration universelle des droits de l'homme. Et aussi le lieu où, l'ONU se réunissait après sa création en 1946...

Volontaire ironie de l'histoire ? Le chef de l'État s'exprimait pour la première fois après la frappe en Syrie lancée... sans le feu vert des Nations Unies. Une heure plus tôt, le président et son épouse étaient arrivés main dans la main, dans une descente d'escalier parfaitement mise en scène. Lui costume et cravate bleu, elle, jean slim, chemise blanche, blouson de cuir et hauts talons requérant toute son attention pour éviter de trébucher.

Si Macron attendait du punch et de la castagne, il aura été servi. D'entrée de jeu, Bourdin donne le ton. Bien dans son style. Sans cravate, comme son compère Plenel, il attaque : « Ne seriez-vous qu'un illusionniste ? Où nous conduisez-vous ? » Nullement ébranlé, Macron, lâche sur l'affaire syrienne une première révélation. C'est dimanche, il y a huit jours, qu'il a « pris sa décision ». Comprendre, sans attendre Donald Trump, le président américain. Voilà pour ceux qui le traitent de « caniche » des États-Unis.

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Quoi qu'il en soit, tranche-t-il, « l'histoire jugera ». Un clin d'œil à Jacques Chirac qui avait lancé la même formule à Bush junior sur « sa » guerre en Irak en 2003 ? Montant soudain à l'assaut, Edwy Plenel assène : « Il y a un problème démocratique en France : dès que les armes parlent, vous êtes seul à décider. » L'attaque fait pschitt : « On ne va pas changer de Constitution parce qu'elle ne vous plaît pas », le recadre Emmanuel Macron.

De vraies infos grâce à l'acharnement du duoEntre les deux hommes, il y a des étincelles. À une longue question du patron de Mediapart en forme de tirade sur le climat social, le chef de l'État rembarre : « Est-ce une question ou un plaidoyer ? » S'ensuit une passe d'armes. « Il n'y a jamais de mauvaises questions », dit l'un. « Question biaisée », rétorque l'autre. « Vous êtes énervé ? » glisse Plenel. « Mais je ne suis pas énervé. Je n'aime pas la malhonnêteté intellectuelle. »

À l'évidence il y a dans cette interview de part et d'autre, en ce théâtre de Chaillot, une volonté de faire le spectacle. Chacun dans son rôle. Mais avantage au chef de l'État, plus serein que ses contradicteurs affairés à se montrer le plus incisif et le plus impertinent. Le match Mediapart contre BFMTV. C'est à qui coupe la parole le plus souvent. Au point qu'à un moment, Macron en appelle à la « captatio benevolentiae » (la recherche de la bienveillance de l'auditoire). L'acharnement du duo -qui s'applique à ne jamais lui donner du « Monsieur le Président »-a néanmoins des avantages, permettant d'obtenir de vraies infos, sur la dette de la SNCF, sur le cinquième risque pour les personnes âgées, ou sur l'hôpital.

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Sur la question sensible de l'exercice du pouvoir, Bourdin bouscule son hôte, évoque « la nostalgie de la monarchie », et balance au jeune (40 ans) président : « N'êtes-vous pas dans une illusion puérile de toute puissance ? » Macron, impérial sur son domaine de prédilection : l'autorité. « Oui, je crois en la force de nos institutions. Oui je crois en l'autorité. » Mais il réfute le procès d'autoritarisme. « Personne n'est tout-puissant dans une démocratie comme la nôtre. » Et il ressert son éternel argument massue, les Français l'ont élu pour qu'il fasse ce qu'il a dit. Sous-entendu, contrairement à ses prédécesseurs, comme Hollande qu'il égratigne au passage. Preuve d'ailleurs qu'il n'est pas tout puissant, relève le président, c'est qu'il a été secoué dans « l'exercice inédit que nous avons ce soir »...

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