Exhortations et mises en garde: Le Maire sur une ligne de crête diplomatique

Exhortations et mises en garde: Le Maire sur une ligne de crête diplomatique

Poignée de mains entre le président chinois Xi Jinping et le ministre de l'Economie Bruno Le Maire à Pékin, le 9 janvier 2018

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AFP, publié le vendredi 12 janvier 2018 à 08h40

De la menace de "pillages" chinois au manque d'investissements de l'Allemagne, Bruno Le Maire a multiplié ces derniers jours les offensives à l'égard des partenaires économiques de la France, au risque de brusquer ses interlocuteurs et de créer des mésententes.

Des propos musclés pour un sujet sensible: lors d'un voyage officiel en Chine aux côtés d'Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie a mis en cause mardi, face à des journalistes, l'attitude de certains investisseurs chinois, accusés de ne connaître "que le rapport de force".

"On accepte des investissements sur le long terme" mais "pas des investissements de pillage". Un rapport équilibré, "c'est avoir accès au marché, ne pas se faire piller nos technologies et pouvoir fixer des limites quand ils viennent en France", a insisté l'ancien conseiller de Dominique de Villepin au Quai d'Orsay.

Mercredi, c'est à l'Allemagne que le ministre s'est adressé, dans un message à l'allure de sermon. "Nous attendons" que Berlin mène "une politique salariale plus offensive" et "investisse plus", a déclaré le ministre à l'hebdomadaire Die Zeit.

La France se plaint de longue date que son partenaire, qui accumule les excédents budgétaires, ne soutienne pas davantage la croissance européenne. Mais ces déclarations interviennent dans un contexte chargé en Allemagne, où la chancelière Angela Merkel et les sociaux-démocrates négocient la formation d'un gouvernement.

Stratégie avalisée par l'Elysée ou dérapage incontrôlé? Difficile, dans le cas de l'interview accordée à Die Zeit, d'envisager un "mot de trop", les entretiens accordés par les ministres étant relus par l'Elysée ou Matignon.

Pour les propos tenus en Chine, les choses sont en revanche moins claires. "Il était nécessaire de ne pas avoir une approche angélique. Tenir un tel discours était légitime", juge Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Plusieurs sources contactées par l'AFP évoquent pourtant un recadrage de l'Elysée, en raison de paroles jugées trop peu diplomatiques. Bruno Le Maire, interrogé en marge de la rencontre de Pékin, a dit de son côté "assumer" ses propos.

- "comme un ovni" -

Taxation des Gafa, stratégie économique américaine, commerce chinois... Ce n'est pas la première fois, de fait, que le ministre utilise un langage offensif pour justifier les positions françaises.

"Derrière l'immense poésie des routes de la soie, il y a une volonté impériale chinoise qui se manifeste. Derrière l'extension extraterritoriale américaine, il y a une attaque directe contre les intérêts français (...) Ne soyons pas naïfs", avait-il assené en août.

Un discours à l'image du personnage, salué pour son énergie mais aussi critiqué pour son arrogance. "Il parle haut et fort, il fait de la politique", observe une source l'ayant suivi à des sommets internationaux, qui le juge "dans l'instinct et dans l'instant". 

"Il en fait parfois trop. Il devrait jouer un peu plus collectif", ajoute un habitué des relations diplomatiques. "Un ministre des Finances a parfois un devoir de discrétion, surtout quand son président est très impliqué".

Interrogé par l'AFP lors d'un déplacement en Chine, Bruno Lemaire avait confié fin novembre "adorer" les négociations diplomatiques, qualifiées d'exercice "physique" et "brutal". "Il faut comprendre où sont les lignes rouges, où ouvrir des portes de sorties", avait-il dit.

Cette approche diplomatique peut cependant heurter. Cet automne, il avait dû faire amende honorable dans le dossier STX, en réalisant avoir froissé le gouvernement et l'opinion publique italiens en retardant l'acquisition des chantiers navals par le groupe Fincantieri.

En septembre, son offensive fiscale sur les Gafa (géants de l'internet, Google, Yahoo etc) réalisée en dehors de procédures habituelles de l'Eurogroupe, avaient également suscité de l'agacement, notamment au Luxembourg et en Irlande. Sa proposition est arrivée sur la table "comme un ovni", souffle un diplomate européen.

"Il y a toujours le risque de froisser", juge de son côté Pascal Boniface. "Mais quand il y a des problèmes, dire les choses peut aider".

 
17 commentaires - Exhortations et mises en garde: Le Maire sur une ligne de crête diplomatique
  • il ose dire les choses et c'est très bien , qu'il continue , car quand on voit les chinois acheter nos vignobles et des milliers d'hectares
    de terres cultivables en France,,, et mème en Afrique ou les anciens propriétaires deviennes des esclaves sur leurs ancienne terres ne peut qu'etre d'accord avec ses propos , qui ne plairont sans doute pas à tout le monde !

  • les bisounours ça fait longtemps que c'est fini, maintenant c'est chacun pour soit, rien à faire des état d'âmes de chacun, la rentabilité, la mondialisation les grand groupes et les consortiums au détriment des petits.

  • Minouche 89

    Là Le Maire n'a pas tort, je l'avais écrit à Hollande pour dire que les politiques se laissent aveugler par la Chine, qui elle suit ses objectifs: venir s'informer de nos technologies, d'envoyer des étudiants s'enrichir de nos connaissances, des données, et dans quelques temps très proches nous aurons volé " tous nos techniques les plus avancées " Macron ne le sent pas et 5 ans il va affaiblir notre pays, à l'instar des chinois qui vont travailler fort pour tout nous prendre.
    Les courbettes, les poignées de mains mielleuses suffisent

  • anormal qu'on laisse vendre les vignobles et les terres agricoles aux chinois

    ils sont riches et peuvent payer pas nous!!

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    VOSGESPAT  (privé) -

    Connait t'on les modalités des derniers contrats signés en chine par macron, qui comme d'habitude fera la part belle à la chine, avec la majeur partie de la fabrication qui sera réalisée dans ce pays, avec à la clef le transfert de technologie, comme les A320 et 330, au final nous vendrons tôt ou tard des produits avec notre technologie fabriqués chez eux.

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    sansdentmaishonnete  (privé) -

    oui, il vend la France , les français et notre savoir-faire .. en plus ils font main basse sur les terres agricoles , et nos vignobles : on va rester aussi idiots pour faire plaisir aux chinois?...les politiques vendent la France et sans notre accord !Le pays ne leur appartient pas , il appartient au peuple !

    c'est bien a craindre ... les Chinois ne font jamais rien sans contre parties! mais cela personne ne vous dira les quelles ...puis beaucoup plus tard nous découvrirons qu'une fois encore on s'est fait avoir.

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