Européennes: l'abstention, arbitre du duel entre LREM et le RN?

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Marine Le Pen, président du Rassemblement nationale, avant le débat télévisé pour les élections européennes, le 22 mai 2019 sur le plateau de France 2 à Saint-Cloud
Marine Le Pen, président du Rassemblement nationale, avant le débat télévisé pour les élections européennes, le 22 mai 2019 sur le plateau de France 2 à Saint-Cloud
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© AFP, Lionel BONAVENTURE

AFP, publié le jeudi 23 mai 2019 à 12h44

A qui profite l'abstention? LREM compte ce dimanche sur un électorat du centre-droit traditionnellement mobilisé lors des élections européennes, face au Rassemblement national qui bénéficie, lui, de soutiens galvanisés par le duel avec Emmanuel Macron.

Dans l'ensemble, le scrutin européen n'attire pas les foules. En 2014, la participation n'avait atteint que 42%. Cette année, le sondage au plus grand échantillon, réalisé par Ipsos et le Cevipof pour Le Monde et publié lundi, prédit une fourchette de 41 à 45%.

Mais les familles politiques ne sont pas égales face au boudage d'urnes. L'électorat de droite et du centre, dont LR et LREM se partagent largement la représentation, s'en tirent bien. "Plus on est âgé et riche" - deux traits moyens de leur électorat - "plus on vote" aux européennes, résume le politologue Jérôme Sainte-Marie, président de l'institut de sondage Pollingvox. 53% des sympathisants de droite sont d'ailleurs certains d'aller voter, selon Ipsos/LeMonde.

La liste de la majorité, conduite par Nathalie Loiseau, a "toutes les caractéristiques pour mobiliser aux élections européennes" l'électorat centriste et pro-européen, souligne M. Sainte-Marie. "Le camp macroniste se tient plutôt bien compte tenu des circonstances" - la difficile sortie de la crise des "gilets jaunes" et la déception de sa composante de gauche -, relève d'ailleurs Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof et spécialiste de l'abstention.

LREM, longtemps au coude-à-coude avec le RN autour de 22%, est devancé par le parti lepéniste dans les derniers sondages.

Une dynamique qui a conduit mercredi Emmanuel Macron à appeler à "la mobilisation générale" pour convaincre les électeurs de se déplacer dans les urnes.

Car face à lui, le RN devrait réussir à mobiliser un électorat galvanisé par la perspective de battre le chef de l'Etat, qui s'est beaucoup exposé dans le grand débat puis, dans le dernière ligne droite de la campagne elle-même.

Marine Le Pen a exacerbé cet enjeu en plaidant pour un "vote utile" contre la liste LREM et en appelant M. Macron à démissionner en cas de défaite dimanche.

Ses électeurs "sont dans l'idée d'un match", confortés par "un débat qui se polarise autour du RN", observe Simon Persico, professeur de sciences politiques à Sciences Po Grenoble. En théorisant le clivage "progressistes" contre "nationalistes", Emmanuel Macron "les aide beaucoup en les mobilisant contre lui", ajoute le chercheur au CNRS.

- La gauche grande perdante? -

En limitant "à dessein" la vie politique "à cette sombre alternative", Emmanuel Macron "fait aussi monter le RN", a dénoncé mercredi le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti.

Le RN conjure ainsi le spectre d'une abstention forte des catégories populaires, où il continue "d'incarner l'alternative pour les jeunes précaires et les travailleurs pauvres", souligne Bruno Cautrès.

La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui avait obtenu 19,58% des voix à la présidentielle de 2017, ne peut pas en dire autant. N'arrivant pas à la mobiliser jusque-là après un certain succès en la matière en 2017, sa "clientèle ouvrière, déclassée, précarisée ou de classe moyenne éduquée" pourrait représenter un handicap, pense Jérôme Sainte-Marie.

La gauche pourrait plus largement être la grande perdante de ces élections. La division en de multiples listes pèse sur le moral des électeurs. "Vous ne pouvez pas dire +Votez pour nous pour reconstruire la gauche+. Les électeurs votent si c'est utile", glisse un ténor socialiste.

Seuls 44% des sympathisants de gauche prévoient de se déplacer à coup sûr, selon l'étude réalisé par Ipsos et le Cevipof. Et la participation prévue atteint seulement 31% chez les moins de 35 ans et 36% chez les ouvriers et employés, tranche d'âge et catégories sociales davantage tournées vers la gauche.

Au total, les partis de gauche totalisent moins de 30% des voix selon diverses projections.

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