Eric Dupond-Moretti : une information judiciaire bientôt ouverte pour "prises illégales d'intérêt"

Eric Dupond-Moretti : une information judiciaire bientôt ouverte pour "prises illégales d'intérêt"
Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti.

, publié le vendredi 08 janvier 2021 à 18h50

La commission des requêtes de la CJR a jugé recevables des plaintes de l'association Anticor et de trois syndicats de magistrats contre le ministre de la Justice.

Eric Dupond-Moretti dans la tourmente. Une information judiciaire va bientôt être ouverte à l'encontre du garde des Sceaux pour "prises illégales d'intérêt", comme l'a annoncé ce vendredi 8 janvier le procureur général auprès la Cour de cassation, François Molins.


Après examen, la commission des requêtes de la CJR, composée de hauts magistrats et qui fait office de filtre, a jugé recevables des plaintes de l'association Anticor et de trois syndicats de magistrats (Union syndicale des magistrats, Syndicat de la magistrature et Unité magistrats SNM FO) contre le ministre de la Justice, a ajouté François Molins dans un communiqué.

Ces plaintes reprochent à Eric Dupond-Moretti d'avoir lancé en septembre des poursuites administratives contre trois magistrats du parquet national financier (PNF) qui avaient participé à une enquête visant à identifier la taupe qui aurait informé Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog qu'ils étaient sur écoute.

Lors de ces investigations, des facturations téléphoniques détaillées de plusieurs avocats, dont celle du futur ministre, avaient été examinées.

Ces plaintes reprochent également au ministre d'avoir ouvert une autre enquête administrative à l'encontre du juge Edouard Levrault qui avait dénoncé, après la fin de ses fonctions comme juge d'instruction à Monaco, avoir subi des pressions. Avant de devenir ministre, Eric Dupond-Moretti avait été l'avocat d'un des policiers mis en examen par ce magistrat et avait critiqué les méthodes du juge.

"Le moment venu, je m'expliquerai"

Suite à ces plaintes, la commission des requêtes de la CJR a approuvé la demande de François Molins de saisir la commission d'instruction de cette même CJR. Cette commission d'instruction agit comme un juge d'instruction concernant les actes accomplis par les ministres dans l'exercice de leurs fonctions, et va donc enquêter sur le garde des Sceaux une fois que l'information judiciaire aura été effectivement ouverte par François Molins.

Interrogé jeudi soir sur France 2 sur la plainte des syndicats de magistrats, le garde des Sceaux avait indiqué : "Je ne sais pas quel sort lui sera réservé, mais sachez bien que le moment venu, je m'expliquerai, vous pourrez compter sur moi pour dire tout ce que j'ai à dire".

"L'ouverture d'information judiciaire était nécessaire, il faut qu'une enquête ait lieu, il y a manifestement un problème", a réagi pour sa part Me Jérôme Karsenti, avocat d'Anticor.

"Il y a des liens d'intérêts entre Eric Dupond-Moretti, Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy et le procès à venir", accuse Ugo Bernalicis

Le 8 octobre dernier, le député LFI Ugo Bernalicis avait annoncé qu'il allait faire un signalement auprès de la Cour de Justice de la République (CJR) contre Eric Dupond-Moretti pour "prise illégale d'intérêts" et "délit d'intimidation de magistrats", dans l'affaire des "fadettes". "Je vais signaler au procureur (François) Molins (...), auprès de la Cour de Justice de la République", a déclaré sur BFMTV et RMC l'élu du Nord. Evoquant les deux motifs du signalement, il a estimé qu'"il y a des liens d'intérêts entre Eric Dupond-Moretti, Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy et le procès à venir".

"J'ai la conviction que le ministre garde des Sceaux est en service commandé de la part du président de la République", a-t-il ajouté, en estimant que "tout converge vers Nicolas Sarkozy et le fait de le défendre".

Plusieurs autres ministres ou ex-ministres d'Emmanuel Macron, parmi lesquels Edouard Philippe, Agnès Buzyn, Olivier Véran, Sibeth Ndiaye, sont déjà visés depuis le 7 juillet par une autre information judiciaire confiée à la commission d'instruction de la CJR, cette fois concernant la gestion de la crise du coronavirus.

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