Éric Dupond-Moretti "n'est plus notre interlocuteur", déclare le Syndicat de la magistrature

Éric Dupond-Moretti "n'est plus notre interlocuteur", déclare le Syndicat de la magistrature
Éric Dupond-Moretti à Paris, le 21 septembre 2020.

, publié le mercredi 30 septembre 2020 à 12h12

"C'est n'est pas tant une fronde d'un corps contre son ministre, ce sont véritablement des principes essentiels de la démocratie qui sont en danger", selon le syndicat.

La grogne des magistrats contre Éric Dupon-Moretti et l'enquête diligentée sur le Parquet national financier (PNF) prend de l'ampleur. Mercredi 30 septembre, au lendemain de la publication d'une tribune des deux plus hauts magistrats de l'ordre judiciaire dans Le Monde, le Syndicat de la magistrature a estimé que le garde des Seaux n'était "plus crédible".

"Il n'est plus crédible du tout en qualité de garde des Seaux, a déclaré la secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, Sarah Massoud, sur franceinfo.

(...) Éric Dupond-Moretti est dans une situation de conflit d'intérêts, c'est-à-dire qu'il est à la fois juge et parti dans une affaire des plus importantes. Et aujourd'hui, il y a véritablement une tentative de déstabilisation d'une institution qu'est le Parquet national financier, mais aussi l'institution judiciaire, plus généralement."


"C'est n'est pas tant une fronde d'un corps contre son ministre, ce sont véritablement des principes essentiels de la démocratie qui sont en danger", a-t-elle encore avancé.

Le syndicat n'appelle pas -pour l'instant- à la démission du ministre, dans l'attente d'une possible médiation d'Emmanuel Macron. "On attend de voir quelles sont les mesures qu'il va prendre parce que, dans la Constitution, le président de la République est le garant de l'indépendance de la justice", a souligné Sarah Massoud. Elle a cependant insisté sur le fait que plusieurs proches de Nicolas Sarkozy, prévenu dans l'affaire des écoutes du PNF, sont aujourd'hui dans l'entourage du chef de l'État.

"On pourrait encore se rabibocher, mais là, c'est  clair que (le lien) est rompu, a estimé la syndicaliste. Ça n'est plus notre interlocuteur. Nous ne lui écrivons plus."

Le torchon brûle entre le ministre de la Justice et les magistrats depuis qu'il a demandé une enquête sur des procureurs du PNF, mis en cause pour avoir épluché en 2014 les relevés téléphoniques détaillés ("fadettes") de ténors du barreau, dont Éric Dupond-Moretti. Cette mesure avait été ordonnée par le PNF pour tenter d'identifier la "taupe" qui aurait pu informer Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog, ami de l'actuel garde des Sceaux, qu'ils étaient sur écoute dans une enquête pour des soupçons de corruption d'un magistrat.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.