"Envoyé spécial" : François Fillon a t-il inventé le prétendu soutien de la journaliste ayant interviewé sa femme ?

"Envoyé spécial" : François Fillon a t-il inventé le prétendu soutien de la journaliste ayant interviewé sa femme ?
François Fillon, le 6 février 2017 à Paris.

, publié le lundi 06 février 2017 à 22h40

En pleine "opération vérité" devant les caméras, cela passe plutôt mal. Dans la conférence de presse où il s'est défendu face aux accusations d'emplois fictifs qui pèsent sur sa famille, François Fillon a mis en avant un supposé soutien de la journaliste britannique ayant réalisé l'interview polémique de Penelope Fillon, où cette dernière affirmait en 2007 qu'elle "n'avait jamais été l'assistante" de son mari.

La vidéo de cette interview avait été obtenue et diffusée dans un reportage d'"Envoyé spécial", sur France 2, jeudi dernier.

NON, KIM WILLSHER N'EST PAS "CHOQUÉE"

Le candidat de la droite et du centre a ainsi affirmé lundi 6 février que "la journaliste qui a accompli cette interview s'est manifestée personnellement auprès de mon épouse pour lui dire à quel point elle était choquée par l'utilisation qui avait été faite des morceaux de cette interview". Problème : ces propos rapportés sont complètement faux, selon la principale intéressée, Kim Willsher.

L'ancienne plume du Sunday Telegraph, aujourd'hui correspondante pour The Guardian, multiplie en effet depuis plusieurs jours les mises au point depuis que plusieurs élus de droite, dont Eric Ciotti, font valoir l'indignation supposée de cette journaliste britannique face à une utilisation prétendument détournée de son interview. Les soutiens fillonistes ont notamment mis en avant un article du Guardian intitulé "Penelopegate : my part in the François Fillon scandal", où la journaliste déplorerait, selon eux, le traitement fait par "Envoyé spécial" de son interview. Aucune trace cependant d'une telle prise de position dans l'article, publié le 2 février dernier.


Ce lundi, Kim Willsher en a "remis une couche", par l'intermédiaire de son compte Twitter. "Non M. #Fillon ! Les propos d'Envoyé séecial n'ont pas été sortis de leur contexte. Le reportage ne m'a pas choquée. SVP. Cessez de m'attribuer ces propos faux", martèle t-elle.


Elle avait déjà démenti dimanche sur Twitter avoir critiqué "Envoyé spécial", contrairement à ce qu'a affirmé Eric Ciotti, député Les Républicains (LR) des Alpes-Maritimes, sur BFMTV. Kim Willsher a aussi souligné n'avoir jamais téléphoné à François ou Penelope Fillon et ne pas avoir d'ailleurs leur numéro de téléphone.

La rédaction d'"Envoyé spécial" s'est insurgée contre les propos du candidat. "On est surpris que François Fillon attribue des propos à la journaliste anglaise pour faire croire que nous avons mal fait notre travail", a déclaré le journaliste Tristan Waleckx, qui a co-réalisé l'enquête. "Kim Willsher maintient son soutien au reportage d'@EnvoyeSpecial", a indiqué sur Twitter la présentatrice de l'émission, Elise Lucet "Elle n'a pas téléphoné à Penelope Fillon. Elle vient de nous le confirmer". Un journaliste d'"Envoyé spécial" a également publié une vidéo intitulée "Conversation avec @kimwillsher1". "Je n'ai jamais dit à personne que je vous dénonce, que vous avez tronqué ou déformé mes paroles. Je n'ai dit rien de ça !", peut-on entendre dans la séquence.

Le directeur de l'information de France Télévisions Michel Field a aussi affiché sur Twitter son soutien à l'équipe de l'émission de reportages.
Pour se défendre, François Fillon a rendu public sur compte Twitter deux messages écrits par Kim Willsher adressés à Penelope Fillon, en date du 30 janvier et du 2 février.

Son tweet a rapidement fait l'objet d'une réponse du site "LibéDésintox", pointant du doigt l'antériorité des messages par rapport au reportage d'"Envoyé spécial", qui a été diffusé dans la soirée de jeudi 2 février.


"Les mails de Kim Willsher datent tous d'avant la diffusion de jeudi. Depuis qu'elle a vu notre reportage, elle nous soutient", a pour sa part réagi Elise Lucet, qui présente "Envoyé spécial". "Merci à @FrancoisFillon de nous apporter la preuve que Kim Willsher n'a pas écrit à son épouse après la diff d'@EnvoyeSpecial pour se plaindre", a pour sa part réagi le journaliste Tristan Waleckx.
Après avoir dénoncé la semaine dernière un "coup d'Etat institutionnel", François Fillon entretient des relations tendues avec la presse. Lundi, il a ainsi parlé de "lynchage médiatique", martelant qu'il n'avait "pas enfreint la loi" et clamé qu'il n'avait "rien à cacher".

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