Entre Macron et le pape, tout avait mal commencé

Entre Macron et le pape, tout avait mal commencé
Durant l'entre-deux tours de l'élection présidentielle, en avril 2017, le pape François s'était refusé de choisir entre les deux finalistes, Emmanuelle Macron et Marine Le Pen.

leparisien.fr, publié le dimanche 24 juin 2018 à 11h38

Le président français rencontrera pour la première fois le pape François mardi matin lors d'une audience privée au Vatican.

Ce 9 avril dernier, au collège des Bernardins, un invité parmi les 400 convives, écoute Emmanuel Macron avec une attention particulière. Sitôt le discours terminé, Monseigneur Luigi Ventura, le nonce apostolique représentant le Vatican en France, s'empresse d'aller rassurer le Saint-Siège. Non, le président français n'a pas la dent dure vis-à-vis des catholiques. Bien au contraire ! Il leur demande de retrouver « le goût et le sel du rôle qu'ils ont toujours joué dans la République ». Le discours des Bernardins sera transmis au Pape le soir même. Quelques jours plus tard, le souverain pontife fait savoir au président qu'il l'a lu « avec beaucoup d'intérêt ».

Qu'il semble loin le temps où François ne calculait même pas le jeune Français ! Tout a pourtant très mal commencé entre les deux hommes. En avril 2017, entre les deux tours, le Saint-Père refuse de choisir entre les deux finalistes de la présidentielle : « Je sais que l'un représente la droite forte, lâche-t-il à des journalistes qui l'interrogent, mais l'autre, je ne sais d'où il vient. » Stupeur dans le camp Macron !

« Faire connaissance », dixit l'Elysée. Voilà donc l'objectif de leur première rencontre mardi matin. Macron, qui vise le sans-faute à Rome, a fait de cette audience privée de 30 minutes, mardi matin avec le souverain pontife, « le cœur nucléaire » de sa visite. « L'idée, c'est d'écouter le pape, soulignent ses conseillers, pas d'arriver avec une liste de courses et de messages préconstruits. »

La nouveauté ? Le président ne fera aucun discours. Histoire de bien marquer sa différence avec ses prédécesseurs. En 2007, l'attitude et les mots de Nicolas Sarkozy sur « l'instituteur (qui) ne pourra jamais remplacer le curé » avait suscité de vives critiques.

La longue liste des sujets qui font tousser le Vatican

Sobriété et humilité donc. Mais malgré la posture, Macron sait qu'il n'est pas en terrain conquis. Crise migratoire, laïcité à la française, PMA et autres questions de bioéthiques, la liste des sujets qui font tousser au Vatican est longue. D'autant que la France et l'Europe sont loin d'intéresser ce « pape des périphéries ». « Jorge Bergoglio représente avant tout des gens pour qui l'Europe est un continent riche et égoïste », rappelle Bernard Lecompte*, spécialiste du Vatican.

« Il ne va pas revenir avec une calotte écarlate ! »

Comment alors séduire celui qui parle de l'Europe comme « d'une grand-mère peu féconde », et qui regarde notre pays comme celui de la déchristianisation ? En tissant des passerelles. Macron n'a-t-il pas lui aussi « un discours sur le multilatéralisme contre les hégémonies », nous suggère-t-on ? Dans ce storytelling, l'Elysée évoque des « convergences » entre leurs visions du monde. « Quand le pape parle d'espérance, l'équivalent laïc, c'est l'optimisme de la volonté de Macron » pousse un conseiller. « Ils se ressemblent. L'un et l'autre ont pris la tête d'une institution et d'un pays fatigué », renchérit un proche.

Mais gare à l'excès de proximité ! Le chef de l'Etat, qui prendra aussi son titre de chanoine de la basilique Saint-Jean-de-Latran s'expose aux critiques. Les avocats de la laïcité la plus stricte sont déjà l'arme au pied. « C'est un titre honorifique qui n'a rien de religieux, démine par avance l'Elysée. Le président ne va pas revenir avec une calotte écarlate et une robe de bure ! » Certes, mais les images vont parler. Le moindre regard levé au ciel peut être interprété.

* Auteur du « Dictionnaire amoureux des papes », Plon, 2016

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