ENA : «L'effet de réseau dans la promotion de Macron est incontestable»

ENA : «L'effet de réseau dans la promotion de Macron est incontestable»

Emmanuel Macron a connu Gaspard Gantzer, Sibyle Veil ou encore Mathias Vicherat à l'ENA.

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leparisien.fr, publié le vendredi 13 avril 2018 à 22h52

Nombreux sont les anciens de la promotion Senghor de l'ENA qui occupent aujourd'hui des postes importants. Mathieu Larnaudie, qui a enquêté sur cette promo, décrypte les liens qu'ils entretiennent.

Emmanuel Macron, Gaspard Gantzer, Mathias Vicherat... Et maintenant Sibyle Veil ! La nouvelle présidente de Radio France, qui prendra ses fonctions lundi prochain, est aussi issue de la promotion Senghor de l'ENA, sortie en 2002. L'écrivain Mathieu Larnaudie vient de publier « Les jeunes gens » (éd. Grasset), une enquête sur cette promo qui truste aujourd'hui plusieurs postes importants dans l'appareil d'État. Entretien.

Quelles sont les particularités de la promotion Senghor ?

Il y a dans cette promotion une conjonction de très fortes personnalités qui ont réussi à arriver très vite à des postes de pouvoir. C'est aussi une promo rebelle et un peu turbulente. Ils jugeaient l'institution compassée et se sont battus après leur sortie pour faire annuler leur classement, même si c'était une action symbolique. C'était aussi une promo avec pas mal de gens de gauche et ils ont bénéficié de l'alternance et de l'arrivée de la gauche en 2012. Ils sont arrivés à maturité au moment propice et c'est vers eux qu'on s'est tourné.

Leur proximité étudiante peut-elle expliquer qu'ils soient nombreux aujourd'hui à se retrouver à des postes importants ?

Emmanuel Macron, lui-même issu de Senghor, veille à ne pas s'entourer d'autres membres de sa promotion dans son entourage pour ne pas être accusé de collusion. Il ne veut pas faire comme François Hollande, issu de la promotion Voltaire, qui avait à l'Élysée ou au gouvernement plusieurs conseillers ou ministres issus de la même promotion (Jean-Pierre Jouyet, Michel Sapin, Ségolène Royal, etc). En revanche, il y a un effet de réseau incontestable dans la promotion Senghor. Dès que l'un d'eux obtient un poste important, il s'entoure avec des gens qu'il connaît. Ils se cooptent donc entre eux et ça crée un effet « boule de neige ». Par exemple, quand Najat Vallaud-Belkacem cherche un directeur de cabinet au ministère des Droits des femmes en 2012, elle confie le poste à Étienne Grass, qui est un ancien camarade de promo de son mari Boris Vallaud. Au début du quinquennat Hollande, ils étaient au moins 20 à occuper des fonctions importantes au sein des cabinets ministériels !

Le fait qu'Emmanuel Macron soit issu de Senghor explique-t-il en partie la nomination de Sibyle Veil à la tête de Radio France ou le fait que Mathias Vicherat soit directeur adjoint de la SNCF depuis janvier 2017 ?

Je ne crois pas que Macron intervienne pour des nominations en dehors de l'Élysée. Mais les liens de connaissance, ça peut ensuite fluidifier les rapports, par exemple en l'occurrence entre l'Élysée et la SNCF.

Quelles relations avaient ces étudiants entre eux à l'époque de l'ENA ?

Ils se voyaient beaucoup en dehors de l'école, c'était un peu comme une bande de potes exilée à Strasbourg [où est située l'ENA]. L'ENA a été pour eux non seulement une école mais aussi une sorte de conservatoire social qui leur a permis de se connaître et de nouer des liens amicaux. C'est cela qui leur sert surtout aujourd'hui.

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