Emmanuel Macron veut favoriser la diversité sociale à l'ENA

Emmanuel Macron veut favoriser la diversité sociale à l'ENA
Emmanuel Macron à l'Elysée, le 8 février 2021.
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, publié le jeudi 11 février 2021 à 11h15

La promotion actuelle de l'ENA ne compte qu'un seul élève fils d'ouvrier alors que 70% ont un parent qui exerce un métier intellectuel. 

Voies réservées à des jeunes de milieux défavorisés, concours spécifique, allocation de 4.000 euros... Le président Emmanuel Macron souhaite favoriser la diversité sociale à l'ENA et dans quatre autres écoles de la haute fonction publique en réformant ces lieux emblématiques de la reproduction des élites.

A cet effet, le chef de l'Etat, qui entend ainsi promouvoir l'"égalité des chances", volet social qui doit rééquilibrer un quinquennat actuellement marqué par de grandes lois sécuritaires, va présenter un ensemble de mesures ce jeudi 11 février à Nantes. Accompagné de la ministre de la Fonction publique Amélie de Montchalin, Emmanuel Macron est arrivé vers 11 heures à l'Institut régional d'administration (IRA) de la ville, pour un échange avec des élèves fonctionnaires, des élèves de classe préparatoire intégrée à l'IRA et des lycéens. 



Dès la rentrée 2021, l'ENA (Ecole nationale d'administration), l'Inet (Institut national des études territoriales), l'EHESP (Ecole des hautes études en santé publique, qui forme notamment les dirigeants des hôpitaux), l'ENSP (Ecole nationale supérieure de la police, qui forme les commissaires de police) et l'Enap (Ecole nationale d'administration pénitentiaire pour les directeurs de prison), devront accueillir quelques élèves d'origine modeste ou des cités

1.000 places dans des classes préparatoires, deux par région, vont être réservées à des jeunes de milieux défavorisés qui préparent aux concours des grandes écoles de la fonction publique, une mesure dont l'Assemblée a déjà voté le principe en novembre. Les élèves de ces "Prépas Talents" seront sélectionnés sur des critères sociaux (revenus) et territoriaux, les candidatures issues des Quartiers prioritaire de la ville étant "vivement encouragées", explique un conseiller. Ces étudiants recevront également une allocation de 4.000 euros par an.

En une forme de discrimination positive, ils pourront passer un concours spécifique et des places supplémentaires leur seront réservées dans cinq grandes écoles. Ces places formeront un petit quota d'un maximum de 15% des effectifs admis par le concours externe (réservés aux candidats fonctionnaires). Il pourra ainsi y avoir à l'ENA (Ecole nationale d'administration), chaque année, six admis venant des "Prépas Talents", sur des promotions annuelles d'environ 80. 

La haute fonction publique, "une inégalité de faits, une pensée uniforme, des profils formatés"

Il n'est donc plus question de supprimer l'ENA, comme le chef de l'Etat, lui-même issu de cette école, comme son Premier ministre, en avait évoqué la possibilité après la crise des "gilets jaunes". Mais l'Elysée souligne le manque de diversité sociale de la formation la plus prestigieuse de l'Etat. Même si 29% de ses élèves sont boursiers, sa promotion actuelle n'a qu'un seul élève fils d'ouvrier alors que 70% ont un parent qui exerce un métier intellectuel. Or la haute fonction publique, selon le voeu de l'Elysée, doit faire preuve d'exemplarité en matière d'égalité des chances

"Depuis longtemps, la haute fonction publique présente une inégalité de faits, une pensée uniforme, des profils formatés", déplore un conseiller, qui se refuse néanmoins à parler de discrimination positive. "Les formations au concours sont toutes localisées en région parisienne. D'où une reproduction sociale et une valorisation des codes sociaux propres à certains milieux. (...) Ceux qui dérogent à ces codes sont convaincus que ces carrières ne sont pas faites pour eux", ajoute-t-il.

"On a besoin de casser l'entre-soi, les corporatismes. Aujourd'hui, c'est une première étape : c'est de changer qui sont les hauts fonctionnaires", a expliqué sur BFMTV jeudi Amélie de Montchalin. "Ce qui est certain, c'est que ça ne ressemble plus en rien à l'ENA" a-elle dit, en réponse à une question sur la suppression de l'école. "On pourra peut-être changer le nom, on verra", a-t-elle ajouté.

L'exécutif fait également le lien entre l'ascenseur social pour ces jeunes et la lutte contre le séparatisme et souligne l'importance de promouvoir l'égalité des chances là où prospèrent des groupes islamistes. "Si la promesse républicaine n'est pas tenue, elle sera remplacée par le repli communautariste ou extrémiste", résume la ministre de la Fonction Publique Amélie de Montchalin, à l'origine du dispositif.

Ces annonces s'ajoutent à une série de mesures en faveur de la réussite au mérite et pour lutter contre "les inégalités à la racine", un thème cher au chef de l'Etat. Il avait ainsi annoncé en septembre l'extension à 200.000 élèves des "Cordées de la réussite", qui accompagnent des collégiens jusqu'à l'enseignement supérieur, un dispositif créé sous Nicolas Sarkozy. Dans le même esprit, outre le dédoublement des petites classes de primaire dans les quartiers défavorisés, le gouvernement a développé l'aide aux stages de 3e, l'aide aux devoirs et des "colonies apprenantes" cet été. 

Vendredi, Emmanuel Macron donnera également le coup d'envoi de la plateforme "Anti Discrimination", annoncée en décembre, qui permettra de signaler des cas de discrimination par internet et par téléphone, au 3928. Gérée par le Défenseur des droits et des associations, elle comprendra une dizaine de juristes spécialisés.
 

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