Emmanuel Macron supprime l'ENA, remplacée par un "Institut du Service public"

Emmanuel Macron supprime l'ENA, remplacée par un "Institut du Service public"
La plaque de l'Ecole nationale d'administration.
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, publié le jeudi 08 avril 2021 à 21h30

Devenue le symbole d'un entre-soi au pouvoir qui alimente ressentiments et soupçons, l'ENA fournit depuis 40 ans à la France ses plus hauts dirigeants. En la remplaçant, le président souhaite "réconcilier" les Français avec "le sommet de l'Etat et, ce faisant, avec l'action publique".

Comme il l'avait promis après la crise des "gilets jaunes", Emmanuel Macron a annoncé jeudi 8 avril la "suppression" de l'Ecole nationale d'administration (ENA), qui sera remplacée par un "Institut du Service public" (ISP) qui devra "sélectionner des profils moins déterminés socialement".

Objectif : que l'Etat devienne plus ouvert, plus divers et plus en phase avec la société.



La prestigieuse Ecole nationale d'administration, qui fournit au pays ses plus hauts dirigeants depuis 1945, y compris quatre des six derniers présidents dont Emmanuel Macron, est devenue le symbole d'un entre-soi au pouvoir qui alimente ressentiments et soupçons.

Le 25 avril 2019, à l'issue du grand débat national post-crise des "gilets jaunes", Emmanuel Macron avait créé la surprise en annonçant "la suppression de l'ENA" et la fin des grands corps (Conseil d'État, Cour des Comptes, Inspection des finances, Mines, Ponts etc.). Deux ans plus tard, le président a confirmé cette suppression et la naissance d'une nouvelle école de formation pour les hauts fonctionnaires, qu'ils soient préfets, ambassadeurs, recteurs ou directeurs des administrations et des grands corps de l'Etat.

Désormais, "l'ISP formera tous les élèves administrateurs de l'Etat et intégrera un tronc commun à 13 écoles de service public", a précisé jeudi le chef de l'Etat devant 600 hauts fonctionnaires réunis en visioconférence, dans un discours transmis par l'Elysée. L'ISP devra "sélectionner des profils moins déterminés socialement", a ajouté le président, "une révolution profonde en terme de recrutement" dans la fonction publique, a-t-il souligné. 

On ne verra plus non plus de jeunes de 25 ans propulsés à des postes à haute responsabilité : les diplômés de l'ISP devront d'abord passer plusieurs années dans des fonctions opérationnelles sur le terrain avant de pouvoir accéder aux postes de direction, a expliqué le chef de l'Etat. "Le président ne souhaite pas que des personnes qui n'auraient jamais exercé auparavant" viennent "du haut de leur trentaine asséner des sentences et distribuer des bons et mauvais points", a souligné un conseiller. 

La réforme présentée jeudi prévoit également une réorganisation en profondeur du recrutement, de l'enseignement et du mode de classement des élèves. Le nouvel institut, qui devrait rester à Strasbourg, sera rapproché d'autres écoles de la haute administration et du monde universitaire, comme le conseillait en février 2020 le rapport sur l'avenir de l'ENA de Frédéric Thiriez. 

Il faut "réconcilier nos concitoyens avec le sommet de l'Etat et, ce faisant, avec l'action publique", a ajouté Emmanuel Macron, très attaché à cette réforme, dont une grande partie sera comprise dans une ordonnance qui doit être adoptée avant le 7 juin. Souvent très critique envers l'administration, le président a plusieurs fois dénoncé jeudi son "corporatisme". Selon un conseiller ministériel, "beaucoup d'erreurs dans le quinquennat ont été liées à un mauvais fonctionnement de l'administration. Cette réforme vise à réparer ces problèmes sur le long terme, car la cocotte-minute des "gilets jaunes" existe encore".

Le 11 février lors d'un déplacement à Nantes, Emmanuel Macron avait déjà insisté sur la nécessité d'ouvrir les voies d'accès aux prestigieuses écoles de l'administration à des jeunes d'origine modeste afin que plus "aucun gamin dans notre République se dise : 'ce n'est pas pour moi'". "L'ascenseur social" français "fonctionne moins bien qu'il y a 50 ans" car la mobilité "est très faible", avait-il regretté. La diversité dans la fonction publique est l'un des piliers de l'agenda en faveur de "l'égalité des chances" que le président cherche depuis plusieurs mois à promouvoir en profitant des rares espaces laissés dans le débat public par la crise du Covid-19.

Créée en 1945 par le général de Gaulle, l'ENA, à laquelle accède quelque 80 élèves chaque année, est régulièrement critiquée pour sa formation d'élites "hors sol". Daniel Keller, président de l'association des anciens élèves de l'ENA, a critiqué sur BFMTV "une réaction panique en vue des élections qui approchent". "C'est du populisme qui jette en pâture la haute fonction publique", a-t-il déploré.

Dans l'opposition, Damien Abad, le chef des députés LR, s'est déclaré "favorable à la suppression de l'ENA car, malgré la qualité de ses élèves, elle produit un entre-soi immobile et déconnecté de la base". Mais Jean-Luc Mélenchon, chef de file de LFI, a en revanche fustigé une "diversion suprême" d'Emmanuel Macron "pour donner à bouffer du fonctionnaire à la place des riches".
 

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