Emmanuel Macron a-t-il convaincu ? Réponse samedi dans les rues

Emmanuel Macron a-t-il convaincu ? Réponse samedi dans les rues
Le président Emmanuel Macron livre devant la presse ses réponses au grand débat, le 25 avril 2019 à Paris

AFP, publié le vendredi 26 avril 2019 à 14h30

Question posture, Emmanuel Macron a réussi l'épreuve jugent les politologues. Mais sur le fond, a-t-il convaincu ? Au-delà des petites phrases et des commentaires, la réponse viendra de la rue dès samedi, la 24e journée de mobilisation des "gilets jaunes".

Près de deux heures et demie durant, assis à une table face à la presse tel un professeur devant sa classe, le chef de l'État français a détaillé un ensemble de mesures, notamment fiscales, destinées à relever le pouvoir d'achat des plus pauvres - indexation des petites retraites sur l'inflation, garanties sur les pensions alimentaires impayées - et des classes moyennes - allègement de l'impôt sur le revenu pour 15 millions de foyers dès 2020.

Répondant aux questions des journalistes convoqués à l'Élysée, Emmanuel Macron a fait acte de contrition, concédant avoir pu se montrer "arrogant", "injuste", "impatient" ou "dur" face aux revendications et aux réticences populaires. 

L'exercice lui aura permis de "retrouver un peu d'oxygène", estime le président de l'institut de sondage PollingVox, Jérôme Sainte-Marie. "Formellement, c'est une prestation remarquable", ajoute-t-il.

Mais "les Français veulent surtout voir concrètement en quoi ils vont profiter, ce qui va changer dans leur quotidien", nuance Christelle Crapelet, directrice d'études chez BVA Opinion.

Car le chef de l'État a prévenu : "les transformations indispensables" se poursuivront. "Les orientations prises durant ces deux premières années à bien des égards ont été justes", a-t-il insisté.

Mobilisés depuis la mi-novembre par le biais des réseaux sociaux et chaque samedi dans les principales villes de France, dont Paris, les "gilets jaunes", fers de lance de la contestation sociale loin devant les syndicats et les partis politiques, ont entendu les propos. Mais pour eux, le compte n'y est pas.  

"Des mesurettes à la con", "du pipeau", une attitude de "mépris" : dès le milieu de soirée à Aubagne, près de Marseille, une dizaine de "gilets jaunes" s'appliquaient à démolir le discours présidentiel. Pour eux, Emmanuel Macron n'a pas répondu aux "attentes du peuple".

"Il nous prend pour des cons, c'est du pipeau", fulmine Jean-Luc, un commerçant qui dit en avoir "marre de voir les personnes âgées faire les poubelles" et que "des nantis lui fassent la leçon".

- "Les copains du pouvoir" -

Plus mesuré, Jérémy Clément, un des porte-parole du mouvement, considère que "le président a compris (leurs) revendications. Mais il n'y a pas répondu".

Les annonces concernant le manque de démocratie dénoncé par les manifestants étaient déjà connues, juge-t-il, ou sont des demi-mesures déjà prévues - notamment la réforme facilitant la mise en œuvre d'un référendum à l'initiative du peuple. 

Le tirage au sort de 150 citoyens qui viendront renforcer les rangs d'un "Conseil de la participation citoyenne" : "Ce seront des copains du pouvoir", craint-il. "On se méfiait, on avait raison. Le président ne remet rien en cause de sa politique des deux dernières années, même s'il nous cite".

Conséquence, et malgré la "pause" volontaire d'une de leurs figures de proue, le médiatique Éric Drouet, les manifestants sont appelés à de nouveau battre le pavé dans les principales villes, en particulier à Strasbourg (Est), où un appel "international" a été lancé, ainsi qu'à Toulouse et Paris - avec la crainte de nouveaux débordements.

Dès jeudi soir, une autre personnalité forte du mouvement, Priscillia Ludosky, résumait sur Twitter : "27/04 manif 01/05 manif 04/05 manif 08/05 manif 11/05 manif 18/05 manif 25/05 manif", annonçant ainsi le programme des réjouissances pour les semaines à venir, notamment à l'occasion du 1er mai, le jour de la Fête du travail, et du 8 mai, un autre jour férié.

Pour le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, le mouvement va s'éteindre parce que les "gilets jaunes", "ça n'est pas le peuple" et qu'ils "n'ont plus de revendications". 

Mais le 1er mai qui se profile et qui est aussi une traditionnelle journée de contestation syndicale, peut aussi relancer la machine.

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