Elections : la neutralité religieuse des assesseurs déchire l'Assemblée, Ciotti et Schiappa s'invectivent

Elections : la neutralité religieuse des assesseurs déchire l'Assemblée, Ciotti et Schiappa s'invectivent
(illustration)

publié le mercredi 30 juin 2021 à 12h45

La droite, qui fait de la question du voile son cheval de bataille sur ce texte sensible, s'est emparée de cet amendement "opportun" selon le LR Eric Ciotti pour relever les divisions au sein de la majorité sur ce sujet.

Menace pour la laïcité ou victoire de l'intégration? L'Assemblée nationale a connu des échanges enflammés dans la soirée de mardi 29 juin pour savoir si les assesseures des bureaux de vote pouvaient porter un voile islamique. Pendant près de deux heures, les députés ont multiplié les prises de parole offensives autour d'un bref amendement, finalement rejeté, émanant du MoDem partenaire de la majorité, qui aurait interdit tout signe ostentatoire d'appartenance religieuse pour le personnel des bureaux de vote, comme c'est déjà le cas pour les signes politiques.

Le sujet a soulevé les passions, déjà vives autour du projet de loi, dit "séparatisme", sur le "respect des principes de la République", examiné en deuxième lecture depuis lundi à l'Assemblée nationale.

François Pupponi (MoDem) a souligné que le président d'un bureau de vote était tenu à cette neutralité religieuse, pas ses assesseurs, qui peuvent toutefois être amenés à le remplacer.

Par conséquent, "nous proposons que l'ensemble des membres d'un bureau de vote soient tenus à la neutralité, y compris religieuse", quelle que soit la confession, a-t-il plaidé, ouvrant la voie à une avalanche de prises de parole, ponctuées par une suspension de séance pour calmer l'atmosphère.

"Pas un amendement 'Bardella'"

La ministre Marlène Schiappa, représentant le gouvernement, a appelé à "ne pas alimenter une spirale de stigmatisation et de haine", en soulignant que dès qu'un assesseur remplaçait le président du bureau il était déjà tenu d'enlever tout éventuel signe religieux. Elle a aussi dénoncé une mesure inspirée par le cas du candidat du RN aux régionales en Ile-de-France, Jordan Bardella, qui avait voté dans un bureau où se tenait une assesseure voilée. Jordan Bardella "a-t-il eu le sentiment d'être menacé?", ou a-t-il "préféré lancer une polémique sur les réseaux sociaux?", a-t-elle questionné. "Ce n'est pas un 'amendement Bardella'" mais du simple bon sens", a répondu le MoDem Bruno Millienne.



A droite, Eric Ciotti est longuement monté au créneau pour soutenir la proposition du groupe centriste et dénoncer l'ensemble du projet de loi gouvernemental contre le séparatisme comme étant un simple "filet d'eau tiède" face à la menace islamiste et terroriste.

Marlène Schiappa a repris la parole pour saluer le civisme de la femme voilée du bureau de vote, avec cette pique à l'encontre de M. Ciotti: "peut-être qu'avec plus dames comme elle et moins de gens comme vous la démocratie s'en porterait mieux". En retour, le député des Alpes-Maritimes l'a accusée d'être "l'ambassadrice de la lâcheté et de l'inaction".


Autre moment de tension après que le LR Julien Aubert eut déclaré que la France "n'est pas une démocratie multiculturelle ou communautaire". "Vous me donnez envie de vomir", a lancé la députée socialiste de Paris Lamia El Aaraje, en s'élevant contre une vision de la république "qui oppose et qui stigmatise". Eric Coquerel pour LFI s'est aussi insurgé contre la "discrimination vis-à-vis des musulmans" qui est "la meilleure façon de propager le séparatisme".

Le vice-président MoDem de l'Assemblée, Sylvain Waserman, a tenté de mettre tout le monde d'accord en déclarant qu'il "n'y a pas de corrélation entre la tenue d'un assesseur en France et le terrorisme" mais que "le bureau de vote doit être un lieu de neutralité complète". Brahim Hammouche, du MoDem également, a quant à lui appelé ses collègues à réfléchir à la question suivante: "avoir une femme voilée dans un bureau de vote, est-ce un recul, un échec de la république, ou une victoire de la république"? L'amendement a finalement été rejeté par un vote à main levée.

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