Edouard Philippe, l'ombre du recours pour 2022

Chargement en cours
Le Premier ministre Edouard Philippe monte en voiture à la sortie de l'Elysée, le 29 juin 2020 à Paris
Le Premier ministre Edouard Philippe monte en voiture à la sortie de l'Elysée, le 29 juin 2020 à Paris
1/4
© AFP, Ludovic MARIN
A lire aussi

, publié le vendredi 03 juillet 2020 à 16h21

En quittant Matignon à un pic de popularité, Edouard Philippe s'affiche comme un recours possible pour un électorat du centre-droit en vue de la présidentielle de 2022, même si celui qui redevient simple maire du Havre se défend de nourrir toute ambition personnelle.

C'est un serment de loyauté que l'entourage de M. Philippe n'a cessé de renouveler, à l'image de l'eurodéputé Gilles Boyer: "Edouard Philippe ne sera pas candidat en 2022 contre Emmanuel Macron". 

"Edouard (...) a dédramatisé" son départ de Matignon "depuis longtemps. Et il n'a jamais oublié non plus les conditions de sa nomination, à qui il doit d'être là", souligne le même ami.

Mais force est de constater qu'après trois ans en fonctions, M. Philippe part paradoxalement avec le vent dans le dos, porté par un succès électoral au Havre et un indice de satisfaction proche de l'état de grâce des débuts. 

Près de six Français sur dix plaidaient d'ailleurs pour son maintien fin juin, selon une enquête Elabe, quand sa popularité poursuivait une ascension continue depuis trois mois, creusant l'écart avec le chef de l'Etat (51% de jugements positifs selon Harris Interactive, contre 44% à M. Macron).

Au point que certains de ses soutiens l'ont incité à devancer la décision de M. Macron et faire ses bagages avec "le magot des derniers sondages", selon un proche. Mais M. Philippe "ne quitte pas le navire", évacue le même.

Alors que faire de ce capital ? Dans quelle mesure M. Philippe concourra-t-il à la campagne de M. Macron pour un deuxième mandat ? Pourrait-il même se poser en alternative dans l'hypothèse où M. Macron serait empêché ?

Un premier élément de réponse a été donné vendredi puisque l'entourage du président a assuré que M. Philippe allait "aider" M. Macron en travaillant à la "consolidation de la majorité" dans la perspective de 2022. 

Ce "travail politique" viserait à serrer les rangs avec les partenaires de La République en marche (MoDem, Agir, Radicaux...). Un objectif depuis longtemps énoncé mais jamais réalisé et à qui M. Philippe, qui n'est encarté nulle part, doit donner une nouvelle impulsion.

Cette mission "lui confèrera une influence certaine au sein de la majorité", fait-on encore valoir dans l'entourage de M. Macron.

Avec le déplacement progressif du socle électoral de la majorité vers la droite, comme l'ont montré les Européennes de 2019, Edouard Philippe, incarnation d'une forme de sérieux budgétaire, semblait devenu central.

Mais pas incontournable, comme veut le croire un cadre de la majorité, désireux de renouer avec le noyau historique social-démocrate de la macronie: "le centre-droit, ça ne fait pas gagner une présidentielle".

Et "le centre-droit, ça n'est pas qu'Edouard Philippe. C'est aussi Gérald Darmanin, Bruno Le Maire", observe auprès de l'AFP le sondeur Jean-Daniel Lévy (Harris Interactive).

Si M. Lévy, qui met en exergue "l'autorité tranquille" de M. Philippe, prédit que sa popularité "peut durer, parce qu'il y a un palier qui a été franchi", il estime aussi qu'il n'y a "pas un électorat de centre-droit fan au point de partir avec lui".

- "Plein de choses à écrire" -

De son côté, M. Philippe, d'ordinaire taiseux, n'a guère donné d'indication sur ses intentions. Avant de revenir aux commandes au Havre, il avait affirmé en février 2019 qu'il savait "très bien" ce qu'il ferait après Matignon, "et que ça n'aura pas grand chose à faire avec la politique".

Co-auteur de deux romans avec Gilles Boyer, M. Philippe avait aussi publié au début du quinquennat un ouvrage plus personnel ("Des hommes qui lisent"). Et déjà, quelques semaines avant d'être nommé à Matignon et alors que son avenir était nimbé d'incertitude, M. Philippe affirmait avoir "plein de choses à écrire" et envisageait de créer un cabinet d'avocats avec l'ancien ministre socialiste Matthias Fekl.

Mais, à 49 ans, pourrait-il pour autant renoncer à peser nationalement ? 

Interrogé récemment par une radio locale havraise sur son enfance, M. Philippe a sans doute livré une clé. "Très tôt j'ai commencé à être passionné par l'histoire", racontait-il. "Et, je me suis rendu compte que la politique était d'une certaine manière une façon d'être dans l'histoire en train de se faire."

Vos réactions doivent respecter nos CGU.