Ecopla : Emmanuel Macron et François Ruffin ont-ils mis en scène leur rivalité ?

Ecopla : Emmanuel Macron et François Ruffin ont-ils mis en scène leur rivalité ?
Emmanuel Macron et François Ruffin à l'usine Whirlpool d'Amiens, le 3 octobre 2017.

, publié le mercredi 27 novembre 2019 à 11h29

Un enregistrement daté de septembre 2016 exhumé par l'avocat proche des "gilets jaunes" Juan Branco semble dévoiler une entente entre le futur président de la République et le futur Insoumis à propos de la gestion de la crise d'Ecopla. "Je n'ai pas honte", assure aujourd'hui le député de la Somme au Figaro, expliquant avoir "joué la carte Macron". 

"J'ai tremblé en entendant leurs propos".

Mardi 26 novembre, Juan Branco, un jeune avocat proche des "gilets jaunes", poste sur son compte Twitter un enregistrement audio qui dévoile selon lui "comment François Ruffin et Emmanuel Macron ont mis en scène leur rivalité, utilisant les ouvriers pour propulser leur notoriété".




L'enregistrement date du 12 septembre 2016. À cette époque, François Ruffin est journaliste, patron de Fakir, et réalisateur du documentaire Merci Patron, sorti quelques mois plus tôt. Emmanuel Macron de son côté vient de quitter le gouvernement. Il se lancera dans la course à la présidentielle deux mois plus tard.

"Je pense qu'on sort d'ici en étant pas contents"

Les deux hommes échangent au QG d'En Marche, le jeune parti de l'ex-ministre de l'Économie, dans la tour Montparnasse, à Paris. Ils abordent le cas d'Ecopla, une entreprise de moules en aluminium menacée de fermeture, dont une vingtaine de salariés se sont rendus dans la capitale pour "plaider leur cause".



Le futur député de La France insoumise propose au futur président de la République de "réfléchir stratégie". Il lui suggère d'être "vivement et publiquement interpellé par les salariés d'Ecopla" lors d'un "premier épisode", puis que Emmanuel Macron en réponse leur propose de se rendre sur place pour "un deuxième épisode". "Ok", lui répond alors ce dernier, en lui proposant de "caler une date de déplacement" et de la communiquer "ensemble". "Et je pense qu'on sort d'ici en étant pas contents", ajoute journaliste.

Le soir même, les salariés d'Ecopla, accompagnés de François Ruffin, viennent perturber  une réunion des jeunes soutiens du futur chef de l'État dans le centre de la capitale. Devant la presse, l'ex-locataire de Bercy reconnaît avoir commis "une erreur" en ne voyant pas "que le sujet pouvait basculer aussi vite en liquidation". Il leur rendra visite le 20 septembre. 

Mais la mobilisation médiatique du futur candidat sera peu concluante. En mars 2017, les salariés abandonnent leur projet de reprise et l'entreprise est liquidée.

Une stratégie revendiquée

Cet enregistrement avait déjà été dévoilé en octobre 2016 par Radio Nova, mais avait fait beaucoup moins de bruit. Et pour cause, Marianne rappelle que l'écoute intégrale de cette séquence révèle que cette discussion s'est déroulée en fait sous les yeux des représentants des salariés d'Ecopla.



À l'époque, François Ruffin revendique par ailleurs cette stratégie auprès du journaliste de Radio Nova :  "Là, celui qui est la clef du dossier, c'est Macron, parce que Macron, il est en pleine lumière donc il faut lui bouffer un peu de sa lumière pour les faire exister (les salariés d'Ecopla, ndlr)".

Mardi 26 novembre, l'Insoumis est revenu sur cet épisode dans les colonnes du Figaro. "Nous avons squatté son QG de campagne à la tour Montparnasse. S'en est suivie une discussion entre les salariés, Fakir et Macron pour sortir le combat des Ecopla de l'ornière. Dès le soir-même, à la surprise générale, de son staff, d'Emmanuel Macron lui-même, les salariés l'ont interpellé à la sortie d'un meeting, à Paris. Le but, pour nous, ici, n'était pas d'enfoncer Emmanuel Macron mais d'aider les salariés dans leur bataille", explique-t-il. "Je n'ai pas envie de me cacher sur ce truc-là, assure-t-il. Je n'ai pas honte. J'étais dans un combat pour sauver des salariés d'une boîte située au fin fond de l'Isère. J'avais une carte Macron à jouer, je l'ai jouée. Et j'ai d'ailleurs joué d'autres cartes avec d'autres candidats à la présidentielle au même moment."

"Oui, avec Christophe, Karine et les autres ouvriers, nous avons tout essayé pour sauver cette usine. Jamais je n'en aurai honte, oui, c'est ma fierté", a-t-il par ailleurs insisté sur Twitter, avant de dénoncer les méthodes de Juan Branco. "Que les donneurs de leçons mènent ces batailles sociales autrement que depuis des posts sur Facebook." "Que les 'leaders politiques' cessent de mentir et de mettre en scène des fausses oppositions", lui a répliqué l'avocat.



Ce dernier accuse par ailleurs les deux hommes politiques, qui ont tous les deux grandi à Amiens et fréquenté la même école privée, d'avoir mis en scène leur opposition face aux salariés de Whirlpool, à Amiens, en octobre 2017 et le 22 novembre dernier. Lors de ce dernier déplacement, le député de la Somme a haussé la voix contre le chef de l'État qui les prendrait "pour des cons, une deuxième fois".

Auprès du Figaro, l'entourage du chef de l'État "nie catégoriquement toute mise en scène avec François Ruffin à Amiens" dans le dossier Whirlpool. "Les nombreux témoins des différents face-à-face en attesteront", indique-t-on, en soulignant "l'attachement sincère du président auprès des ex-salariés". "Emmanuel Macron est venu les rencontrer dans le cadre de son déplacement à Amiens. Il n'a voulu ni éluder, ni éviter le sujet, ajoute l'entourage. Le climat était tendu mais les échanges ont pu avoir lieu et le président s'est engagé à revenir dans un an", ont rappelé ses proches. 

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