Ecologie : quel bilan pour Nicolas Hulot ?

Ecologie : quel bilan pour Nicolas Hulot ?
Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire s'est donné un an pour convaincre de son utilité.

leparisien.fr, publié le mercredi 16 mai 2018 à 16h53

Depuis sa nomination au gouvernement, Nicolas Hulot répète que son maintien au poste de ministre de la Transition écologique dépendra de son bilan.

C'est bientôt l'heure du bilan pour Nicolas Hulot. Le ministre de la Transition écologique et solidaire va « faire son évaluation » cet été, et décider s'il reste au sein de l'exécutif, comme il l'a rappelé ce mercredi sur BMFTV. A-t-il réussi à « être utile » comme il le souhaitait ? Du côté des promesses politiques, le bilan est mitigé.

Des succès

L'exploration d'hydrocarbures interdite. En début de quinquennat, Nicolas Hulot a signé l'arrêt de mort de l'exploration des hydrocarbures. « La France a décidé d'interdire tout nouveau projet d'exploration d'hydrocarbures », avait expliqué le ministre lors de la présentation de son plan climat. Objectif : arrêter toute production de pétrole, gaz, charbon et, bien sûr, d'énergies non-conventionnelles, gaz ou pétrole de schiste en tête, d'ici 2040. Le texte, adopté en décembre, comporte néanmoins plusieurs dérogations -comme la poursuite de l'exploitation de soufre du bassin de Lacq- mal digérées par les écolos.

Haro sur les néonicotinoïdes. Après une passe d'armes médiatique avec le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travers, Nicolas Hulot a également sauvé l'interdiction des néonicotinoïdes, insecticides tueurs d'abeilles. En juin 2017, Stéphane Travers avait estimé à l'antenne de BFMTV, que la loi française sur les néonicotinoïdes n'était « pas conforme avec le droit européen ». Il envisageait alors d'assouplir le texte de juillet 2016 qui les interdisait. Mais c'est Nicolas Hulot qui avait remporté le bras de fer, avec l'appui de Matignon.

NDDL abandonné. Autre temps fort de cette première année : l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL). Nicolas Hulot qui avait estimé que le projet était « ruineux, inhumain et inutile » avant d'être nommé, s'était réjoui, dans nos colonnes, de l'arrêt de NDDL. « J'ai exprimé mon opinion et ce n'est un mystère pour personne que j'étais contre ce projet », avait-il déclaré.

Pause sur le glyphosate. A son crédit également, la sortie annoncée du glyphosate en trois ans, malgré l'opposition du monde agricole et malgré quelques nuances du ministre, qui a récemment évoqué des exceptions à la règle.

Convergence à venir sur le diesel et l'essence. Nicolas Hulot a réussi a programmer le rapprochement de la fiscalité du diesel à la pompe et de l'essence d'ici 2022, même si des précisions doivent être apportées. « Je présenterai un dispositif complet », avec « un certain nombre d'aides » pour encourager les propriétaires de diesel à changer de véhicule, a annoncé Nicolas Hulot en août 2017.

Plus de bio dans les cantines. Enfin, l'objectif de 50 % de bio dans les cantines est entré dans la loi. En avril, la commission des Affaires économiques de l'Assemblée a adopté les amendements de l'ancienne ministre de l'Écologie, Delphine Batho. D'ici 2022, les repas servis dans les cantines devront comprendre au moins 50 % de produits issus de l'agriculture biologique ou tenant compte de la préservation de l'environnement.

Des renoncements

Le nucléaire prolongé. Gros revers pour les défenseurs de l'environnement, l'annonce en novembre dernier, du recul du gouvernement sur le nucléaire. Nicolas Hulot a reconnu qu'il serait « difficile » de tenir l'engagement de réduire à 50 % en 2025 la part du nucléaire dans la production d'électricité, contrairement à l'objectif fixé par la loi de transition énergétique de 2015.

Déception sur les perturbateurs endocriniens. Nicolas Hulot est également accusé d'avoir cédé sur les perturbateurs endocriniens (PE). En juillet 2017, la Commission européenne a adopté son projet de définition réglementaire des PE, ces substances chimiques présentes dans de nombreux produits de la vie courante, comme les cosmétiques et les jouets et qui sont susceptibles d'agir sur le système hormonal et d'être à l'origine de dysfonctionnements comme l'obésité ou l'infertilité, de malformations congénitales ou de retard de développement. La France, opposée au texte depuis un an, car jugé pas assez protecteur, avait finalement fait pencher la balance et voté en faveur de cette définition, provoquant l'ire des associations. « Jusqu'au bout, je n'étais pas du tout certain de voter le texte », s'était défendu Nicolas Hulot auprès de Libération. Pour le faire, « il y avait un certain nombre de conditions que j'ai obtenues, à l'exception d'une seule. »

Des défis

Bure en question. Si Nicolas Hulot fait le choix de rester au gouvernement, de nombreux défis l'attendent. Après le cas de Notre-Dame-des-Landes, un autre projet controversé reste d'actualité : le centre d'enfouissement de déchets nucléaires de Bure (Meuse). Très embarrassé, Nicolas Hulot devra sûrement clarifier sa position. D'autant qu'avant de devenir ministre de la Transition écologique, l'ancien animateur télé a été un opposant à la construction de ce site. En février dernier, en pleine évacuation du Bois Lejuc, où beaucoup d'opposants s'étaient installés, une image de Nicolas Hulot, pancarte « Cigéo Bure, je dis non » à la main, avait ressurgi et fait le tour des réseaux sociaux.

Car depuis cette photo... la position du ministre a évolué. « Maintenant je suis aux responsabilités. La seule chose qui a changé c'est ma fonction. Je ne peux pas faire disparaître ces déchets comme par enchantement », a-t-il éludé à l'Assemblée nationale en 2016, interrogé par une députée la France Insoumise.

Le fléau de la pollution atmosphérique. Lancé sous pression de la Commission européenne en avril dernier, le plan d'action contre la pollution atmosphérique est loin de satisfaire. Ces directives doivent permettre d'éviter à la France d'être renvoyée devant la justice européenne. L'Hexagone, où meurent prématurément près de 48 000 personnes par an en raison de la pollution de l'air, est sous le coup de procédures d'infraction de la part de la Commission en raison de dépassements dans les particules fines (PM10) et le dioxyde d'azote (NO2). Si le ministre s'est défendu d'avoir bâti ces plans uniquement pour éviter les sanctions, la commission de l'aménagement du territoire et développement durable du Sénat a elle estimé que ces « feuilles de route » étaient « insuffisantes face à l'urgence sanitaire ».

Convaincre sur le plan Loup. Il faudra aussi convaincre les éleveurs du bien-fondé du plan Loup dévoilé en janvier par le numéro trois du gouvernement et vertement critiqué depuis. Le texte a pour objectif une population de loups de 500 individus d'ici 2023 contre environ 360 actuellement. Il fixe aussi de nouveaux quotas d'abattage. Un sujet extrêmement sensible qui cristallise déjà les tensions. Une tribune signée par 450 personnes et écrite par quatre représentants d'éleveurs en janvier dernier, dénonce les propositions « totalement irresponsables et déconnectées de la réalité ». La guerre du loup n'est pas terminée, mais pas sûr que Nicolas Hulot soit celui qui la mènera.

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