Dupond-Moretti et son apprentissage express à l'Assemblée nationale

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Eric Dupond-Moretti lors des questions au gouvernement le 4 mai 2021 à l'Assemblée nationale
Eric Dupond-Moretti lors des questions au gouvernement le 4 mai 2021 à l'Assemblée nationale
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© AFP, Christophe ARCHAMBAULT

publié le dimanche 16 mai 2021 à 09h06

Le ministre-candidat aux régionales Eric Dupond-Moretti va se retrouver à nouveau mardi dans l'arène de l'Assemblée nationale, où l'ancien ténor du barreau a trouvé ses marques et cible les extrêmes, jusqu'à irriter certains.

Le garde des Sceaux, qui avait envie de se frotter au suffrage universel, vient d'enfiler une nouvelle robe, celle de candidat LREM dans les Hauts-de-France, en chef de file dans le Pas-de-Calais. "Je ne veux pas que cette terre file entre les mains du RN", met en avant le natif de Maubeuge.

"Une partie de la majorité craignait à son arrivée au gouvernement il y a un an qu'il nous fasse +une Nicolas Hulot+" en claquant la porte avec pertes et fracas, se remémore une source parlementaire. 

Rien de cela: "il est solide, s'est pris au jeu", avec pas moins d'une quinzaine de textes défendus, salue la présidente de la commission des Lois de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet (LREM), alors que le projet de loi pour la "confiance" dans la justice arrive au Palais Bourbon mardi. 

Eric Dupond-Moretti "est sorti de son approche d'avocat pénaliste de cour d'assises, devenant très politique", renchérit son collègue Didier Paris.

Le ministre, acteur de théâtre et au cinéma, en impose: "il est tonitruant, sait se mettre en scène et joue de son mauvais caractère... Il peut être assez prévisible", note-t-on à droite.

Lors des dernières questions au gouvernement au Sénat, le garde des Sceaux, 60 ans, a ainsi attaqué d'emblée Laurence Garnier (LR), qui soulevait les défaillances ayant conduit au féminicide de Mérignac: "ce qui parfois me fait honte, c'est l'exploitation cynique et obscène d'une situation que nous avons tous à déplorer". "Vous répondez dans le respect", l'a intimé le président de la chambre haute Gérard Larcher.

Son adversaire de prédilection est le RN, en dehors comme au Palais Bourbon. "Quel privilège de vous entendre enfin!", avait-il lancé en décembre à Marine Le Pen. Il y résumait le programme de l'extrême droite à "la prison de 7 à 77 ans" et lâchait dans une de ses formules qui claquent: "on est ce que l'on dit, et parfois, on dit ce que l'on est".

Il ne manque jamais d'épingler l'absence des députés RN. Selon lui, "chaque fois qu'il est question de débat et de fond, Mme Le Pen fuit".

En retour, la candidate à la présidentielle l'accuse de "harcèlement" politique.

- Meilleurs ennemis -

Dans l'hémicycle, le ministre se frotte volontiers à l'autre bord à LFI qu'il accuse d'être dans l'opposition "nihiliste" et de faire "de la mousse avec (sa) bouche en permanence".

"Il s'en prend à nous car nous sommes les seuls à le contredire, et il ne supporte pas les remises en cause", répond le député insoumis du Nord, Ugo Bernalicis. Les régionales, "ce sera sa première défaite, ça lui fera du bien", dit-il.

Le Sénat a connu plusieurs poussées de tension avec le ministre, jusqu'à la dénonciation d'un "fait personnel" début avril par la présidente de séance Laurence Rossignol (PS), interpellée hors micro par M. Dupond-Moretti.

A la socialiste Marie-Pierre de la Gontrie, le ministre avait dit quelques semaines auparavant que "le venin ne tient pas forcément lieu de talent", s'attirant déjà les foudres de Mme Rossignol.

Pour son projet de loi "confiance" dans la justice - premier "vrai texte à lui", notent des parlementaires -, Eric Dupond-Moretti se fait moins abrasif et plus rassembleur.

"Il apprend vite mais est novice et doit faire campagne dans les Hauts-de-France. Comment être dédié à 100% à son ministère?", demande Philippe Gosselin (LR), qui relève qu'"on est loin du nouveau monde qui ne voulait pas du cumul".

Et ce n'est qu'un début: Eric Dupond-Moretti a la volonté d'être une pièce importante dans la campagne de 2022, lui qui a "très envie d'aider" Emmanuel Macron.

Selon Laurence Rossignol, le président "a engagé Acquittator pour le procès de son quinquennat".

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