Didier Leschi : «A l'Unef, que celles qui portent le hidjab manifestent devant l'ambassade d'Iran»

Didier Leschi : «A l'Unef, que celles qui portent le hidjab manifestent devant l'ambassade d'Iran»
Didier Leschi.

leparisien.fr, publié le dimanche 03 juin 2018 à 08h27

Dans une tribune au Parisien - Aujourd'hui en France, Didier Leschi, ancien président de la commission de contrôle de l'Unef, apporte son éclairage sur le port du voile.

Didier Leschi, haut fonctionnaire, ancien président de la commission de contrôle de l'Unef, auteur avec Régis Debray de « La laïcité au quotidien ».

« Depuis que les adhérents de l'Unef-Sorbonne ont décidé d'élire comme présidente une étudiante portant le hidjab, beaucoup d'anciens responsables de ce syndicat s'interrogent sur ce qui peut relier leurs engagements passés à cette décision hautement symbolique.

La laïcité est l'inverse d'une remise en cause du droit de croire, et de l'afficher dans l'espace public. Le choix du hidjab relève de la conviction intime et il ne saurait empêcher l'adhésion à l'Unef ; ce d'autant que son port ne pourrait être interdit sans remettre au cause une longue tradition de liberté. À l'université, il a droit de cité comme la kippa ou la soutane. Et pourtant ?

Depuis que des étudiants résistants ont voulu rompre avec le corporatisme étroit qui avait amené beaucoup d'entre eux à collaborer avec les fascismes, le syndicalisme universitaire s'honorait d'ajouter à ses combats la volonté de défendre partout la liberté contre l'oppression, selon les mots de la charte de Grenoble de 1946. Ce principe avait motivé les engagements étudiants contre la guerre du Viêt Nam, qui fut aussi à l'origine de Mai 68.

Aujourd'hui, dans aucun des points du globe, le développement du port du voile n'est le signe d'une avancée émancipatrice pour les femmes, ni même in fine pour les hommes. Il est le signe avant-coureur de régressions démocratiques et du refus de la différence, parfois jusqu'à l'horreur.

Il l'est dans ces parties du monde qui nous sont proches par mille liens. Au Maroc, où une théologienne vient d'être sanctionnée parce qu'elle plaide pour un droit égal dans l'héritage. En Tunisie, où l'espoir suscité par le Printemps arabe dépend largement de l'issue des combats pour l'égalité dans le mariage, le divorce et bien sûr en matière d'héritage. En Turquie, où les islamo-conservateurs ont rétabli son usage à l'université, ils l'accompagnent d'une propagande qui vise à convaincre qu'hommes et femmes ne peuvent être égaux. Et que ces dernières, plutôt que faire des études, devraient se consacrer à la procréation. En Arabie saoudite, où le droit accordé aux femmes de conduire s'accompagne de la volonté de faire taire les féministes sur leurs autres revendications. En Iran, où des femmes prennent leur courage à deux mains pour enlever en public le voile qui leur est imposé et sont pour cela poursuivies et mises en prison. Et enfin, il l'est dans ces zones du Levant ou d'Afrique, où au nom d'un islam de guerre sainte, on massacre et on viole.

Ces informations nous viennent de témoignages de femmes qui endurent et militent. Et je me souviens avoir entendu l'une d'elles dire à la radio depuis la Tunisie : Je voudrais dire aux femmes qui portent le voile en France qu'elles ne nous aident pas.

On peut décider de croire celles qui affirment que le port du hidjab en Europe n'est en rien la manifestation d'une soumission à un patriarcat s'appuyant sur la religion ; on peut les entendre quand elles disent qu'il s'agit de devenir visible dans un pays où elles se sentent invisibles. Mais on peut aussi penser, en écho à cette Tunisienne, que cela peut produire une indifférence au sort de celles qui n'ont pas d'autre choix que de se soumettre à son port. Que le choix de cette syndicaliste s'apparente à un déni de solidarité.

Cette solidarité naguère au sein de l'Unef, on l'appelait internationalisme. La meilleure démonstration qu'elle n'est pas oubliée serait que celles qui revendiquent le port du hidjab à l'Unef, ou contre le racisme anti-musulman, appellent, hommes et femmes, à un rassemblement devant l'ambassade d'Iran. Qu'elles manifestent ainsi une solidarité avec leurs sœurs qui ne sont pas autorisées à enlever ce qui cache leurs cheveux en faisant, pourquoi pas, le même geste que les courageuses Iraniennes.

Elles feraient enfin la démonstration, utile à tous aujourd'hui, que l'amour de Dieu ne peut s'accompagner de l'ignorance des oppressions. Alors les anciens de l'Unef qui s'interrogent pourront penser que l'héritage des luttes passées n'est obscurci par aucun voile. »

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