"Deux hommes blancs qui vont nous expliquer la vie" : sur l'immigration, Emmanuel Macron suscite les critiques jusque dans sa majorité

"Deux hommes blancs qui vont nous expliquer la vie" : sur l'immigration, Emmanuel Macron suscite les critiques jusque dans sa majorité
Emmanuel Macron, le 15 août 2019, à Saint-Raphaël.

, publié le mardi 17 septembre 2019 à 19h09

Dans une tribune, une quinzaine de députés de l'aile gauche de La République en marche espèrent "éviter une hystérisation inversement proportionnelle à la réalité migratoire".

À 15 jours d'un débat, appelé à devenir annuel, sur l'immigration au Parlement, Emmanuel Macron a fixé lundi 16 septembre le cap à la majorité et au gouvernement : "Nous n'avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face", pour éviter d'être "un parti bourgeois" qui ignore l'opinion de classes populaires séduites par l'extrême droite.

Aussitôt l'opposition a dénoncé les visées "électoralistes" du chef de l'État, la gauche fustigeant des propos "populistes" et un jeu "dangereux" tandis que Les Républicains et le Rassemblement national réclament des actes tangibles.




"Éviter une hystérisation"

Certains au sein de la majorité ont également critiqué ce discours. Une quinzaine de députés de l'aile gauche de La République en marche ont notamment signé ce mardi une tribune intitulée "Penser l'immigration du 21e siècle avec humanité et efficacité, pour une intégration réussie dans les territoires".

Ils estiment que "ce débat sur les migrants économiques est souvent instrumentalisé par ceux qui veulent accentuer le sentiment de rejet lié à l'étranger et à l'islam". Ils souhaitent par ailleurs que le débat du 30 septembre permette de "parler intégration" et "éviter une hystérisation inversement proportionnelle à la réalité migratoire".




"Ce n'est pas une réaction au discours d'Emmanuel Macron (lundi soir). Le texte a été écrit avant", a précisé à l'AFP l'un des auteurs, le député Jean-François Cesarini. "Nous ne sommes pas des frondeurs, nous voulons contribuer au débat et nous avons demandé un rendez-vous au président pour échanger avec lui", a ajouté cet élu du Vaucluse. 

Sur RTL, ce dernier a notamment affirmé qu'Emmanuel Macron "a raison de considérer que l'immigration ne doit pas être laissée à l'extrême droite" mais il regrette que le chef de l'État "n'ait pas eu un seul mot sur l'immigration économique". "On voit beaucoup d'intégration réussie dans nos villages : il y a des écoles qui ne ferment pas, des bars qui rouvrent... Il y a aussi un savoir-faire chez les gens qui viennent en France", rappelle Jean-François Cesarini. "Il ne faut pas faire d'amalgame entre les Français qui sont là depuis plusieurs générations, ceux qui demandent le droit d'asile, ceux qui relèvent de l'immigration économique... Il y a beaucoup de choses à mettre en place et le débat prévu le 30 septembre prochain sera très important", a estimé l'élu. 



Signataire de la tribune, Sonia Krimi se montre plus virulente. Auprès du Huffington Post, la députée, naturalisée en 2012, se dit en désaccord "total" avec les mots utilisés par Emmanuel Macron qui "créent la confusion entre les demandeurs d'asile et les millions de Français issus de l'immigration". L'élue de la Manche se montre très dure envers le chef de l'État et le Premier ministre Édouard Philippe, ces "deux hommes blancs qui vont nous expliquer la vie" et qui "oublient de parler de culture, d'éducation et de chômage dans les cités".
 

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