Des "banquiers auto-entrepreneurs" à l'essai, les syndicats dénoncent "l'uberisation" du métier

Des "banquiers auto-entrepreneurs" à l'essai, les syndicats dénoncent "l'uberisation" du métier
Des billets de banque (illustration)

, publié le mercredi 19 février 2020 à 12h20

La Caisse d'Épargne va tester le modèle de "conseiller indépendant local", afin de conserver une présence dans les territoires dépourvus d'agences. Le premier syndicat du secteur bancaire s'inquiète d'une "ligne rouge" franchie.

La Caisse d'Épargne Bretagne-Pays-de-Loire va expérimenter le statut d'entrepreneur pour les conseillers bancaires a indiqué le groupe, confirmant une information révélée par Les Echos, lundi 17 février. "On est en pleine phase d'expérimentation, dans un contexte où l'ensemble du système bancaire se pose la question de comment pérenniser ses réseaux dans des zones où il y a de moins en moins de trafic", a déclaré Christophe Pinault, président du directoire de la caisse.

Dans cette optique, celle-ci a obtenu le feu vert de son organe central, le groupe BPCE, et transmettra prochainement à l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, le gendarme bancaire, un dossier en vue de l'obtention d'un agrément, a ajouté le responsable.

Selon un document présenté fin janvier en conseil social et économique (CSE) et que l'AFP s'est procuré, cette Caisse d'Épargne prévoit de tester à partir de juin, dans trois agences, le modèle de "conseiller indépendant local, mandataire exclusif de la Caisse d'Épargne" afin de "renforcer (sa) présence en zone rurale". "Cette option pourrait nous permettre de conserver notre empreinte territoriale lorsque nous ne pourrons plus maintenir une agence", voire "d'installer notre enseigne là où nous ne sommes pas présents", affirme la banque dans ce document.


Le projet de "banquier et entrepreneur" repose sur plusieurs constats: des "difficultés pour fidéliser collaborateurs" et pour "constituer et stabiliser les équipes, notamment dans les zones rurales", ainsi qu'une "présence granulaire en milieu rural de plus en plus coûteuse". Ne voulant pas "abandonner ces territoires et clients", la banque compte expérimenter ce nouveau modèle de conseiller bancaire indépendant. A la tête d'une société anonyme par actions simplifiée (SAS), ce dernier devra avoir au moins trois agréments pour pouvoir distribuer les produits de la banque. 

"Ce ne sont plus des conseillers, ce sont des commerciaux"

Il devra aussi avoir soit un ou plusieurs diplômes reconnus, soit une expérience de deux ans comme cadre dans une banque ou chez un assureur, soit avoir réalisé un stage d'au moins 150 heures "auprès d'un organisme de formation ou d'autres acteurs du secteur". Le fonds de commerce restera "la propriété exclusive" de la Caisse d'Épargne.

Du côté des syndicats, cette "première" inquiète. Frédéric Guyonnet, président du Syndicat national de la banque et du crédit (SNB), premier syndicat du secteur, dénonce ainsi une "ligne rouge" franchie et une porte ouverte vers "l'ubérisation du secteur bancaire". "C'est une ligne rouge ! Ce ne sont plus des conseillers, ce sont des commerciaux et des vendeurs qui vont essayer de vendre un maximum de produits bancaires pour améliorer leurs rémunérations", a t-il affirmé sur Europe 1. "C'est la première fois en France et en Europe, seule la Belgique a ce genre de modèle", a-t-il encore ajouté.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.