Députés, ils rêvent de retrouver un mandat local aux municipales de 2020

Députés, ils rêvent de retrouver un mandat local aux municipales de 2020
Des maires lors d'un Congrès des maires de France (illustration)

, publié le samedi 25 janvier 2020 à 11h00

Pas moins d'une cinquantaine de députés sont têtes de liste aux élections municipales. Les candidatures de ces députés pourraient devenir un casse-tête pour les groupes parlementaires en cas de victoires car certains suppléants ne semblent guère attirés par l'Assemblée, au risque de provoquer des législatives partielles.

Déçus de la vie parlementaire, désireux de revenir au "concret" de la vie locale ou encore nostalgiques du cumul des mandats, une cinquantaine de députés sont têtes de liste aux municipales de mars prochain. Parmi eux, une vingtaine de députés "marcheurs", près d'une dizaine LR, sept socialistes, cinq MoDem, trois RN, trois communistes, un UDI-Agir et trois du groupe Libertés et territoires.


"Député avant, c'était le Graal absolu, plus aujourd'hui", estime le socialiste Christophe Bouillon. Certains ne cachent pas leur "frustration" à l'Assemblée.

C'est le cas du Républicain Laurent Furst qui espère retrouver son ancien fauteuil de maire de Molsheim, dans le Bas-Rhin. "Le Parlement n'est plus qu'une chambre d'enregistrement. Je suis usé de travailler contre des portes fermées", explique-t-il.

Luc Carvounas, candidat PS à Alfortville dans le Val-de-Marne, trouve le Parlement "négligé" sous la Ve République. "Quel est le rôle exact d'un député ?", s'interroge-t-il.

Des missions locales enthousiasmantes

Ces parlementaires en lice pour un mandat local louent unanimement une mission du "quotidien", au contact de la "vraie vie", comme le dit la candidate LREM à Cherbourg, Sonia Krimi, qui "veut faire sur le terrain tout ce qu'on a voté 'là-haut'" à l'Assemblée.

"Quand on est maire, on se prend des claques tous les jours mais on peut agir, et très vite. C'est enthousiasmant", estime le communiste Jean-Paul Lecoq, qui tente sa chance au Havre, lui qui fut durant 22 ans maire dans la banlieue havraise. En lice à Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais), Ludovic Pajot (RN), benjamin de l'Assemblée avec ses 26 ans, loue comme les vieux routiers "l'un des plus beaux mandats, au coeur des préoccupations des habitants".

Certains macronistes, issus de la société civile, recherchent également "un ancrage local" qui leur fait défaut. Il faut assumer d'avoir "construit de nouvelles individualités politiques" ambitieuses, souligne une parlementaire.

Le non-cumul des mandats interrogé

Votée en 2014 sous François Hollande, l'interdiction du cumul entre le mandat de parlementaire et la fonction de maire ou d'adjoint est régulièrement contestée par la droite et les députés MoDem qui voudraient l'assouplir. Chez LREM, la plupart restent défavorables au cumul comme Richard Lioger, sur les rangs à Metz et qui ne sait "pas comment arrivaient à faire" les cumulards, ou Emilie Chalas (LREM, Grenoble) qui juge "qu'on ne peut pas faire les deux". 

Sonia Krimi, de l'aile gauche de LREM, pense pourtant exactement l'inverse. "Le PS a fait une énorme connerie" avec cette loi et "aujourd'hui on est totalement coupés de notre base", estime-t-elle. "On aurait été plus inspirés d'autoriser les députés à rester maires de petites communes", considère Christophe Bouillon qui se présente à Barentin (Seine-Maritime) après avoir été maire de Canteleu entre 2001 et 2014.

Des risques de législatives partielles

Les candidatures de ces députés pourrait devenir un casse-tête pour les groupes parlementaires en cas de victoires car certains suppléants ne semblent guère attirés par l'Assemblée, au risque de provoquer des législatives partielles. Ainsi, dans le Bas-Rhin, Philippe Meyer, qui pourrait remplacer Laurent Furst (LR), ne se voit pas sacrifier ses propres mandats de maire de Boersch, vice-président de la communauté de communes et du département. "Chacun prendra ses décisions" selon les résultats, explique-t-il.

Christophe Bouillon (PS) reconnaît que son "jeune" suppléant Bastien Coriton, maire de Rives-en-Seine (Seine-Maritime), "s'interroge beaucoup". "On assiste à un retour des territoires dans la vie politique. Les personnalités fortes s'appuient sur leur territoire comme François Baroin, Martine Aubry, Carole Delga et Xavier Bertrand", analyse-t-il.

Chez les "marcheurs", on surveille avec attention la liste des suppléants pour ne pas fragiliser un groupe majoritaire déjà secoué par l'échéance de mars, entre états d'âme, dissidences et frustrations locales. "On réfléchit au dispositif pour intégrer les suppléants" ou gérer les "députés qui vont perdre", afin qu'ils retrouvent toute "leur place au sein du groupe", insiste sa vice-présidente Marie Lebec. Parmi les situations délicates : Aix-en-Provence, où la députée LREM Anne-Laurence Petel affronte notamment... son suppléant Dominique Sassoon, tête de liste EELV et qui a déjà dit qu'il n'irait pas la remplacer à l'Assemblée si elle l'emporte.
 

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