Denis Thuriot, précurseur autoproclamé du macronisme

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Denis Thuriot, maire de Nevers et tête de liste aux régionales pour LREM en Bourgogne-Franche-Comté, lors d'un entretien à Nevers, le 28 avril  2021
Denis Thuriot, maire de Nevers et tête de liste aux régionales pour LREM en Bourgogne-Franche-Comté, lors d'un entretien à Nevers, le 28 avril 2021
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© AFP, Thierry ZOCCOLAN

publié le vendredi 07 mai 2021 à 14h04

Le macronisme avant Macron: dès 2013, Denis Thuriot a fait de Nevers un laboratoire du "ni droite ni gauche", arrachant la mairie après 43 ans de socialisme. Aujourd'hui tête de liste LREM aux régionales, il croit en la recette pour contrer la menace RN en Bourgogne-Franche-Comté.

"J'ai créé l'esprit En Marche en 2013 au niveau local": Denis Thuriot ne "savait même pas" que la formation d'Emmanuel Macron "existerait" quelques années plus tard quand il réunissait "dans (sa) cave" quelques soutiens pour ravir Nevers à son ancien parti, le PS.

Sa liste "sans étiquette" aux municipales de 2014 "rassemblait les gens". "Il n'y avait que trois élus sur 30 dont deux qui avaient été opposés à l'autre", se souvient-il pour l'AFP. "Peut-être que Nevers était un laboratoire politique", avance l'avocat à la figure bonhomme.

Arrivé deuxième au premier tour, loin derrière le PS, il réussit la fusion avec la droite et le centre et remporte la capitale de la Nièvre. "Ces étiquettes n'ont plus de sens. Le dogme enferme la pensée", en conclut-il.

"Thuriot avait trois ans d'avance", reconnaît un de ses opposants, Thierry Boisdevezy, ex-adjoint de l'ancien maire PS. "Il a été précurseur de la démarche de Macron", analyse-t-il.

"Il est le fruit de la faillite du PS, sur une terre marquée par Pierre Bérégovoy (ex-maire de Nevers, ndlr) et François Mitterrand", qui a dirigé une autre ville de la Nièvre, Château-Chinon, souligne pour sa part un haut responsable de LREM, à Paris.

Emmanuel Macron, alors ministre, "s'intéresse à cette expérience locale", se souvient Denis Thuriot, et lui "propose un rendez-vous" au printemps 2016. Un an plus tard, c'est à Nevers que M. Macron, cette fois candidat à la présidence, fait un de ses premiers meetings.

La greffe prend et Emmanuel Macron voit un atout "territoires" en Denis Thuriot, rare représentant marcheur d'une agglomération moyenne (57.000 habitants). 

C'est donc cette fois sous l'étiquette LREM qu'en 2020, Denis Thuriot est réélu dès le premier tour. "Il a gagné dans tous les bureaux de vote, ce que n'avait même pas réussi à faire Bérégovoy", se souvient le chef de file des sénateurs LREM, le Côte d'Orien François Patriat, président du Comité de soutien de Denis Thuriot.

 - "Affaiblisseur du RN" -

Mais surtout, il fait reculer l'extrême droite. "Je suis un affaiblisseur du RN", se félicite-t-il, un atout dans cette région qui pourrait basculer en faveur du parti de Marine Le Pen. 

"En 2015, ça s'est joué à peu", rappelle le politologue Claude Patriat, de l'Université de Bourgogne. Au deuxième tour des dernières régionales, seuls deux points de pourcentage avaient séparé le FN de la socialiste Marie-Guite Dufay, actuelle présidente de la région.

"Je veux montrer qu'il y a une alternative" à l'extrême droite, qui est contre "mon orientation de gauche", répond M. Thuriot. 

Né le 19 août 1966 au sein d'une illustre famille de Nevers "en partie à droite, en partie à gauche", Denis Thuriot épouse le barreau en 1992, comme son père, et se taille une réputation d'"avocat des sans-papiers" classé à gauche. Il rejoint naturellement le PS mais il y "voit des gens qui ne se parlaient pas au sein d'un même parti". Il vole donc de ses propres ailes. 

"Par opportunisme", accuse Delphine Fleury, vice-présidente socialiste du Conseil départemental de la Nièvre. "Il a surfé sur la vague du changement. En louvoyant", dit-elle.

"Je ne suis pas opportuniste", répond l'intéressé. "J'avais ce positionnement avant même qu'En Marche existe. Je ne l'ai pas fait trois jours avant la présidentielle".

Aujourd'hui, Denis Thuriot se dit "convaincu que ce qui est possible à Nevers l'est à l'échelle régionale".

Un sondage de février le place en deuxième position au premier tour des régionales, derrière le RN mais devant le PS. "La porte n'est pas fermée", répond Denis Thuriot quand on évoque un accord pour le deuxième tour avec la sortante Marie-Guite Dufay (PS), qui a voté Emmanuel Macron dès le premier tour en 2017.

"Oui, il y a des discussions entre Dufay et Thuriot", assure Delphine Fleury.

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