Denis Baupin accusé de harcèlement sexuel par des élues EELV

Denis Baupin accusé de harcèlement sexuel par des élues EELV
Denis Baupin à Paris, le 6 juin 2012. (Archives)

Orange avec AFP, publié le lundi 09 mai 2016 à 12h45

Scandale dans les couloirs de l'Assemblée nationale. Son vice-président, Denis Baupin, est mis en cause par quatre élues écologistes pour "harcèlement" ou "agression sexuelle".

L'affaire a été révélée ce lundi dans une enquête menée conjointement par "Mediapart" et "France Inter". Des accusations "mensongères" et "diffamatoires", selon le député EELV qui envisage de porter plainte. L'élu a démissionné de son poste de vice-président pour "protéger les institutions de la République" et "assurer sa défense".

"Denis Baupin conteste fondamentalement l'idée de harcèlement sexuel et plus encore d'agression sexuelle, lesquels lui sont totalement étrangers", a déclaré à la mi-journée son avocat. "Denis Baupin ne fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire, et le principe de la présomption d'innocence doit s'appliquer pleinement en sa faveur", a également souligné Me Emmanuel Pierrat précisant que son client "envisage de saisir les juridictions compétentes afin de faire valoir ses droits contre toute atteinte qui serait constatée".

Ancien bras droit de Dominique Voynet puis député de la 10e circonscription de Paris (sud des XIIIe et XIVe arrondissements), Denis Baupin, était jusque-là connu pour sa vive opposition au nucléaire ou à l'automobile lorsqu'il était adjoint au maire de Paris, Bertrand Delanoë. Il avait été désigné vice-président de l'Assemblée nationale en 2012. Poste duquel il a démissionné ce lundi : ""Estimant qu'il convient par-dessus tout de protéger les institutions de la République, et bien que contestant les rumeurs circulant à mon propos, je vous présente ma démission de mes fonctions de vice-président de l'Assemblée nationale, afin d'assurer au mieux ma défense", a-t-il écrit dans un courrier adressé à Claude Bartolone et dont l'AFP a obtenu copie. Le président de l'Assemblée lui avait demandé de quitter son poste un peu plus tôt dans la journée.

MARIÉ DEPUIS UN AN AVEC EMMANUELLE COSSE

Né le 2 juin 1962 à Cherbourg (Manche), son mariage avec Emmanuelle Cosse en juin 2015 avait été célébré par la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, en présence de nombreux élus socialistes et de la famille écologiste, pro et anti-gouvernement mêlés. La "stupéfaction" a été affichée dans les couloirs de l'Assemblée par certains socialistes à l'annonce des accusations de harcèlement sexuel. Mais, "après DSK et Cahuzac, plus rien ne m'étonne", lâchait une députée. Denis Baupin avait annoncé le 18 avril son départ du parti en raison de "désaccords stratégiques", comme l'avaient fait dans les mois précédents François de Rugy, Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili. Actuel secrétaire national, David Cormand a nié tout calcul politique. "Rien a voir avec un règlement de comptes politique vu que l'enquête remonte à avant sa démission d'EELV, au contraire, les questions des journalistes ont dû précipiter son départ: cela lui permet d'apparaître comme une victime d'un tel règlement de comptes", a même ajouté une élue écologiste.

Le conseiller de Paris - Denis Baupin l'a été jusqu'en 2014 - Yves Contassot dit même avoir été "au courant" d'"un comportement disons un peu lourdingue avec les femmes". Il assure que la question avait été posée à la tribune d'un conseil fédéral du parti et Mme Cosse, à l'époque secrétaire nationale d'EELV, avait déclaré: "Stop, j'ai interdit qu'on poursuive ce débat."

Le témoignage de Sandrine Rousseau, recueilli par "Mediapart" et "France Inter", porte sur des faits présumés qui remontent à octobre 2011, lors d'une réunion d'Europe Ecologie-Les Verts à Montreuil. "A un moment donné, j'ai voulu faire une pause", a-t-elle raconté. "Dans le couloir qui longe la salle, Denis Baupin est venu. Il m'a plaquée contre le mur en me tenant par la poitrine, et a cherché à m'embrasser. Je l'ai repoussé violemment".


Sandrine Rousseau dit avoir ressenti "un très grand malaise". "J'ai immédiatement pensé que c'était absolument anormal que je subisse ça. Mais le mot agression sexuelle, je l'ai mis très longtemps après". "C'est très difficile pour nous d'en parler au moment où ça se produit. Quand ça nous arrive, on a l'impression d'être seule, on a l'impression qu'on va encore mettre le bazar, que ça va encore être de notre faute", a-t-elle expliqué au micro d'iTélé.



Isabelle Attard, députée du Calvados, qui a quitté EELV en décembre 2013, évoque elle "du harcèlement quasi quotidien de SMS provocateurs, salaces". Deux autres élues, Elen Debost, adjointe au maire du Mans, et Annie Lahmer, conseillère régionale d'Ile-de-France, disent également avoir été victimes de comportements déplacés de la part du député, des faits qui pour Annie Lahmer datent d'il y a plus de 15 ans.



La prescription est de trois ans pour les délits, dont les agressions sexuelles et le harcèlement sexuel. Les délais sont rallongés seulement si la victime est mineure au moment des faits.

Le député François de Rugy (ex-EELV) s'est dit, sur "France Inter", "abasourdi parce que ce sont des accusations extrêmement graves qui sont portées". "Si ces faits sont avérés, ils doivent bien sûr être condamnés et c'est à la justice d'établir la vérité des faits". Interrogé sur la connaissance qu'il aurait pu avoir de certains messages déplacés, François De Rugy a déclaré: "En l'occurrence, ça démontrait là qu'il n'y avait pas eu du tout de faits qui relèvent du harcèlement et encore moins de l'agression et simplement des propos un peu équivoques et qui ont immédiatement cessé quand nous l'avons dit à Denis Baupin". "J'éprouve un profond sentiment de malaise, d'accablement et de honte", a de son côté déclaré Noël Mamère sur BFMTV.

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