David Douillet reproche à la gauche de "se réfugier derrière cette sacro-sainte Constitution"

David Douillet reproche à la gauche de "se réfugier derrière cette sacro-sainte Constitution"
Le député "Les Républicains" des Yvelines, David Douillet, le 15 mai 2013 à l'Assemblée nationale (photo d'Archives).

Orange avec AFP, publié le mercredi 20 juillet 2016 à 17h51

- L'Assemblée nationale a adopté ce mercredi matin le projet de loi prolongeant l'état d'urgence de six mois. Les échanges, précédant le vote dans l'hémicycle, ont été particulièrement tendus.

Sur France Inter, le député "Les Républicains (LR)", David Douillet, a accusé la gauche de "se réfugier systématiquement derrière cette sacro-sainte Constitution". A droite, l'ancien judoka n'est pas le seul à estimer que l'on peut s'arranger avec la Constitution et l'État de droit lorsqu'il s'agit de lutter contre le terrorisme. -

Après plus de sept heures de débats à l'Assemblée nationale, les députés ont voté à 4h53 le projet de loi prolongeant l'état d'urgence, cela dans un hémicycle inhabituellement garni pour cette heure. 489 députés ont voté pour, 26 contre et 4 se sont abstenus. Le projet de loi du gouvernement a été légèrement modifié : une centaine d'amendements ont été examinés en séance mais seule une poignée a été adoptée. Comme demandé par une partie de la droite, cette quatrième prolongation de l'état d'urgence depuis les attentats du 13 novembre a été portée à six mois, contre trois mois initialement prévus dans le projet gouvernemental.

"UNE GAUCHE FIGÉE DANS UNE POSTURE"

En dehors de cette durée supplémentaire, gouvernement et majorité n'ont accédé, à ce stade, qu'à quelques demandes de l'opposition. L'Assemblée a ainsi voté la possibilité de fouiller bagages et véhicules, sans instruction du procureur, sous ce régime d'exception. Les députés ont aussi supprimé, en matière de terrorisme, toute automaticité de réduction de peines, ce qui était une proposition de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015.


Mais pour l'opposition, la réponse du gouvernement n'est pas suffisante. Invité ce mercredi de la matinale de France Inter, le député LR des Yvelines, David Douillet, a fait savoir son mécontentement : "six mois, oui, mais c'est ce qu'on met à l'intérieur de cet état d'urgence qui compte", explique-t-il. "À droite, on a eu de cesse que d'alimenter en nouvelles idées, en nouvelles prérogatives pour lutter encore plus fort contre le terrorisme. Et à part quelques exceptions qui sont trop rares, tous les amendements ont été rejetés par une gauche que l'on sent complètement sclérosée, figée dans une posture". Une gauche qui "se réfugie systématiquement derrière cette sacro-sainte Constitution" promulguée en 1958.

"ON EST LÀ POUR CHANGER TOUT ÇA"

Et l'ancien champion olympique, soutien de Nicolas Sarkozy dans la course à la primaire à droite, d'ajouter : "Mais on est là pour changer tout ça. Il faut qu'on aille beaucoup plus loin. Les Français nous le demandent".

Un peu plus tôt dans la nuit, c'est l'intervention de Laurent Wauquiez qui a suscité la colère de la majorité socialiste à l'Assemblée nationale : le député de Haute-Loire et président d'Auvergne-Rhône-Alpes avait (une nouvelle fois) défendu le principe de centres de rétention pour les "suspects" d'actes terroristes. "Dans ceux à l'origine de très nombreux attentats terroristes au cours des derniers mois, il y avait très souvent des individus qui étaient surveillés par les réseaux de renseignement, classés dans les fichiers S, et qui, si vous aviez appliqué cette mesure, n'auraient pas pu passer à l'acte", a accusé Laurent Wauquiez, demandant de "changer le droit". Là où "vous invoquez les libertés personnelles des terroristes, nous disons : il n'y a pas de liberté pour les ennemis de la République", a-t-il ajouté, sous les huées d'une partie de la gauche. "Dehors, facho", a-t-on même pu entendre sur certains bancs.

"UNE FORMULE CHOQUANTE"

Manuel Valls lui a vertement répliqué, dénonçant des propos "inadmissibles". "Je ne crois pas que ce soit un dérapage de votre part, je pense que c'est une stratégie de votre part, que je ne confonds pas avec la droite républicaine. Cette stratégie, elle vous emportera", a-t-il prédit. "La France dont je dirige le gouvernement ne sera pas celle où seront instaurés des centres où l'on enferme de manière indéterminée, pour un temps indéterminé, des individus que l'on suspecte", a ajouté le Premier ministre, selon qui "la notion même de suspect a entraîné ce pays à des moments donnés, dans son histoire au cours des deux derniers siècles, dans le pire". "Je ne me laisserai jamais entraîner par un opportuniste dans cette voie-là", a-t-il conclu sous les applaudissements de son camp, après avoir aussi critiqué une mesure "inconstitutionnelle" et contraire à la Convention européenne des droits de l'Homme (CEDH).

S'il s'est globalement "félicité" de la tenue du débat, le chef de file des députés socialistes, Bruno Le Roux, a lui déploré une "formule choquante" de Laurent Wauquiez. Il a également trouvé "choquant" que certains à droite puissent "laisser à penser que nous pouvons trouver de la force pour la République en reniant nos engagements sur nos textes fondamentaux, règles de droit et la Déclaration des droits de l'homme". Et ce proche de François Hollande d'estimer que "la dérive populiste emportera tous ceux qui y cèderont".

Au nom du groupe LR, le député de l'Yonne, Guillaume Larrivé, a jugé que "les règles juridiques ne doivent pas être l'alibi pour l'inaction". Outre des "procès d'intention", il a reproché à la majorité de gauche de s'enfermer "dans un confort routinier alors que nous avons proposé des avancées" pour durcir la législation anti-terroriste.

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