Critique des religions : Nicole Belloubet fait son mea-culpa

Critique des religions : Nicole Belloubet fait son mea-culpa
Nicole Belloubet, le 11 décembre 2019, à Paris

, publié le jeudi 30 janvier 2020 à 11h05

La ministre de la Justice essuie le feu nourri de l'opposition, notamment de droite, après ses propos sur l'affaire "Mila". Accusée de remettre en cause le droit au blasphème, elle s'est défendue, concédant une phrase "maladroite".

"Je n'avais pas à dire ça, c'est sûr"', concède t-elle.

"Quand on est Garde des Sceaux on n'a pas le droit d'être maladroit avec le droit". Le chef de file des députés LR Damien Abad s'est en pris à Nicole Belloubet, après le tollé provoqué par sa phrase sur la critique des religions. La ministre de la Justice a plaidé la maladresse et assuré ne pas remettre en cause "le droit de critiquer la religion", après avoir assimilé mercredi matin la critique des religions à "une atteinte à la liberté" à propos de l'affaire Mila, du nom de cette adolescente de l'Isère déscolarisée après avoir été menacée de mort sur les réseaux sociaux en raison de propos hostiles à l'islam.

"Dans une démocratie, la menace de mort est inacceptable (...). L'insulte à la religion c'est évidemment une atteinte à la liberté de conscience, c'est grave, mais ça n'a pas à voir avec la menace (de mort, ndlr)", avait déclaré la ministre sur Europe 1. "On peut critiquer les religions. Pas inciter à la haine", avait-elle ensuite ajouté, reconnaissant par ailleurs une phrase maladroite.

Ce jeudi 30 janvier, la ministre a admis une "erreur" : "Je n'avais pas à dire ça, c'est sûr", a t-elle reconnu ce jeudi 30 janvier à l'antenne de Radio Classique. "La phrase prise en tant que telle, c'est une erreur, évidemment, il n'y a aucun doute là-dessus". "Mon propos, il était et il est forcément général". "On ne rétablit pas le blasphème. Jamais ni dans ma pensée ni dans mes propos on ne peut lire ça. On a le droit de critiquer une religion, c'est très clair, ça fait partie de la liberté d'expression et il n'est pas question de revenir là-dessus", a t-elle poursuivi.

"Vous aggravez votre cas!" lui répond quant à elle la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen.




Du côté des Républicains, les critiques sont aussi nombreuses. "Cela laisse perdurer l'idée qu'il y aurait un délit de blasphème en France, ce qui est totalement faux: on a le droit de critiquer une religion, et heureusement, ça s'appelle la liberté d'expression", a réagi Damien Abad à l'antenne de France Inter. Selon lui, les propos de la ministre, même si elle est revenue dessus par la suite, "montrent surtout une arrière-pensée avec une dérive assez dangereuse et inquiétante. Ce gouvernement aujourd'hui a du mal parfois à mettre des mots à une réalité: sur ce sujet, ce qui est d'abord condamnable en premier, même si on a eu les propos très vulgaires de Mme Mila, ce sont les menaces de mort qu'elle a encourues et qui sont inacceptables". Il a à cet égard plaidé pour "lever l'anonymat sur les réseaux sociaux", car cet anonymat "permet tout". "La loi du numérique ne doit pas être la loi de la jungle dans un Etat de droit".

Le président du groupe LR au Sénat Bruno Retailleau avait, lui, fustigé mercredi "une totale inversion du sens": "qui menace la liberté de conscience? Mila ou bien cet islam politique qui tord nos valeurs? Cessons d'être naïfs et surtout cessons d'être faibles !", avait-il lancé dans un tweet. Le député  Eric Ciotti avait de son côté accusé le gouvernement de "légitimer la haine des islamistes contre Mila", appelant sur Twitter "la République" à "se lever face à l'islamisme" et Emmanuel Macron à "sortir de sa torpeur et de son silence" sur ce sujet.

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