Crise des sous-marins : "Les Européens doivent sortir de la naïveté", estime Emmanuel Macron

Crise des sous-marins : "Les Européens doivent sortir de la naïveté", estime Emmanuel Macron
Emmanuel Macron, le 28 septembre 2021 à l'Élysée.

publié le mardi 28 septembre 2021 à 12h12

Le chef de l'État a réagi mardi pour la première fois publiquement à la crise des sous-marins, assurant que si les États-Unis restaient "des alliés en termes de valeurs", les Européens devaient se "faire respecter". 

L'annonce le 15 septembre d'un partenariat stratégique entre les États-Unis l'Australie et le Royaume-Uni, qui s'est soldé par l'annulation d'un mégacontrat de sous-marins français à Canberra, a provoqué une crise diplomatique majeure entre la France et les États-Unis. Après plus de 10 jours de silence médiatique, Emmanuel Macron est sorti du silence mardi 28 septembre. 

La crise des sous-marins australiens "ne change en rien la stratégie indo-pacifique de la France", a affirmé le chef de l'État, lors d'une conférence de presse annonçant la vente à la Grèce de trois frégates construites par Naval Group.

Un accord signé à l'Élysée avec le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis.



"Cette stratégie "a été annoncée dès le début de l'année 2018 en Inde, nous avons plusieurs partenaires dans la région, et là aussi, l'histoire et la géographie sont têtues". "La France est une puissance indo-pacifique indépendamment de tout contrat", a poursuivi le président de la République, rappelant qu'il y avait "plus d'un million de nos compatriotes dans la région". Cette décision aura par ailleurs des conséquences "limitées" sur les entreprises françaises concernées, dont Naval Group. Car, a-t-il expliqué, ces sous-marins devaient être en bonne partie fabriqués en Australie.

"Les Européens doivent se faire respecter"

"Les Européens doivent sortir de la naïveté", a-t-il toutefois affirmé, en appelant les Européens à "montrer" qu'ils "ont aussi la puissance et la capacité à (se) défendre". "Lorsque nous sommes sous l'effet de pressions de puissances qui parfois se durcissent, réagir, montrer que nous avons avec nous aussi la puissance et la capacité à nous défendre n'est pas céder à l'escalade, c'est simplement nous faire respecter", a-t-il martelé. 

"Les États-Unis d'Amérique sont des grands amis historiques et des alliés en termes de valeurs, mais nous sommes obligés de constater que, depuis plus de dix ans, les États-Unis d'abord se concentrent sur eux-mêmes, et ont des intérêts stratégiques qui se réorientent vers la Chine et le Pacifique", a poursuivi le président français. "C'est leur droit, c'est leur propre souveraineté (...). Mais nous serions naïfs, et même, nous commettrions une terrible erreur, à ne pas vouloir en tirer toutes les conséquences et le constater pour nous-mêmes", a-t-il estimé. "C'est avec le même pragmatisme et la même lucidité pour notre indépendance que nous devons, en tant qu'Européens, prendre notre part dans notre propre protection", a-t-il insisté. 

L'affaire des sous-marins australiens est la plus grave crise diplomatique entre Paris et Washington depuis le "non" français à la guerre en Irak en 2003. L'ambassadeur français à Washington, qui avait été rappelé pour la première fois, fera son retour mercredi dans la capitale américaine "avec un mandat clair" pour "établir les conditions d'un réengagement" à la suite de la conversation téléphonique avec le président américain Joe Biden, a précisé Emmanuel Macron. Un nouvel appel entre les deux chefs d'État est prévu à la mi-octobre.

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