Covid-19 : rappel de vaccin pour tous, pass vaccinal, confinement des non vaccinés... Ce que l'exécutif envisage (ou pas) face à la 5e vague

Covid-19 : rappel de vaccin pour tous, pass vaccinal, confinement des non vaccinés... Ce que l'exécutif envisage (ou pas) face à la 5e vague
Jean Castex participe à un Conseil de défense sanitaire avec Emmanuel Macron et une partie du gouvernement, en visioconférence, le 11 août 2021 depuis Carcassonne.

publié le mardi 23 novembre 2021 à 12h30

Un Conseil de défense sanitaire se tient mercredi à l'Élysée, avant le Conseil des ministres, et de nouvelles mesures pourraient être annoncées pour contenir l'épidémie. 

La "cinquième vague est là" et elle "démarre de façon fulgurante", a mis en garde le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, la semaine dernière. La France est à son tour frappée par cette nouvelle flambée de l'épidémie.

Elle espère pouvoir la contenir et traverser l'hiver sans mesures supplémentaires, grâce aux outils mis en place, au premier rang desquels la vaccination. Mais cela sera-t-il tenable, alors que nos voisins mettent en place de nouvelles restrictions (vaccination obligatoire, confinement...) ?




Depuis deux semaines, le nombre de contaminations progresse très rapidement, de l'ordre de 40 à 50% par semaine. Le taux d'incidence, qui mesure le nombre de cas de coronavirus pour 100.000 habitants, est désormais supérieur à 100 sur l'ensemble du territoire, et particulièrement élevé dans le Sud-Est et l'Ouest. 

Le nombre de cas explose, pas les hospitalisations 

En moyenne sur 7 jours, le nombre de cas quotidiens a presque doublé en une semaine : il est désormais de plus de 18.000, contre 10.000 une semaine auparavant. Et cette hausse est exponentielle : avant cela, il avait fallu trois semaines pour que le nombre de cas quotidiens augmente dans les mêmes proportions. Selon le dernier point hebdomadaire de Santé publique France, le 19 novembre, "la circulation du SARS-CoV-2 s'est intensifiée sur le territoire métropolitain, et la tendance à l'augmentation des nouvelles hospitalisations s'est confirmée". Le taux d'incidence augmente "dans toutes les classes d'âge et dans toutes les régions". Et le nombre de classes fermées, plus de 4.000, est au plus haut depuis la rentrée de septembre, selon le ministère de l'Éducation nationale.

Mais, comme lors des vagues précédentes, l'enjeu est de savoir si cette flambée des infections entraînera un afflux massif à l'hôpital. Pour l'instant, ça n'est pas le cas. Environ 8.000 malades du Covid sont hospitalisés en France, dont 1.300 dans les services de soins critiques, contre respectivement 6.500 et 1.000 un mois auparavant.

Un rappel pour tous les adultes, "c'est le sens de l'histoire", pour Macron 

Des chiffres que les autorités attribuent à la vaccination, qui reste très efficace pour empêcher les formes graves de la maladie (même si elle l'est moins contre les contaminations au variant Delta). Près de 75% de la population totale a été totalement vaccinée en France. La flambée des infections reste aussi inférieure à celle observée dans d'autres pays d'Europe, dont l'Allemagne ou les Pays-Bas. Le gouvernement attribue cela au pass sanitaire, en vigueur depuis juillet. 

La perspective d'un rappel de vaccin pour tous les adultes semble se rapprocher, puisque les deux instances qui conseillent le gouvernement pendant la pandémie l'envisagent désormais. Une phrase du président Emmanuel Macron, vendredi lors d'un déplacement dans le Nord, le laissait déjà entrevoir : "Je ne serais pas étonné qu'on aille progressivement vers des rappels vaccinaux pour tous les adultes qui ont été vaccinés, c'est le sens de l'histoire". Désormais, le Conseil scientifique et le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale (COSV) l'écrivent noir sur blanc.

Les autorité de santé plaident pour 

Selon eux, l'élargissement du rappel à tous les adultes, six mois après la vaccination, pourrait permettre de "freiner l'épidémie et réduire le nombre de formes graves". Le COSV, présidé par l'immunologue Alain Fischer, est le premier à l'avoir proposé, dans un avis daté de vendredi. Dans un autre avis daté de samedi et rendu public lundi, le Conseil scientifique, présidé par l'infectiologue Jean-François Delfraissy, appuie cette hypothèse. 

La dose de rappel (le plus souvent une troisième dose) ne concerne pour l'instant que les plus de 65 ans et les personnes à risque de formes graves (ainsi que les soignants). Cette dose sera nécessaire pour prolonger leur pass sanitaire, et ce mécanisme sera engagé à partir du 15 décembre. Cela pourrait même aller encore plus vite : lundi, lors de la Journée de l'Ordre des pharmaciens à Paris, Jean-François Delfraissy a révélé que le Conseil scientifique avait "poussé" pour que ce soit le cas "dès le milieu de la semaine prochaine". Cela devrait être annoncé, selon lui, mercredi en Conseil des ministres. 

6 millions de non vaccinés 

Pour la classe d'âge en-dessous, les 50-64 ans, le rappel sera proposé à partir du 1er décembre. Emmanuel Macron l'avait annoncé le 9 novembre, sans attendre l'avis de la Haute autorité de santé (HAS), chargée d'inspirer la politique de l'exécutif sur ces questions. Le Conseil scientifique plaide pour que le rappel devienne nécessaire pour prolonger le pass sanitaire des 50-64 ans, "selon les mêmes modalités" que pour les plus de 65 ans, "mais avec une temporalité adaptée".

Enfin, la HAS a recommandé vendredi d'injecter la dose de rappel à partir de 40 ans. "L'élargissement du rappel aux moins de 50 ans sera étudié prochainement", a confirmé dans la foulée le ministre de la Santé, Olivier Véran sur Twitter. 

Le rappel systématique pour tous, déjà décidé par l'Allemagne, ne fait pourtant pas consensus chez les scientifiques. Certains font valoir que deux doses restent très efficaces contre les formes graves et que l'urgence est de vacciner ceux qui n'ont eu aucune dose. En France, cela concerne quelque 6 millions de personnes parmi la population éligible (les plus de 12 ans).

Masque, télétravail, aération 

Mais pour le Conseil scientifique, le temps presse car cette cinquième vague peut avoir "un impact important" sur l'hôpital, prédit le Pr Delfraissy. "On pense monter à 1.000/1.500 admissions à l'hôpital par jour", mais ce sera "beaucoup plus limité" que lors de la troisième vague (jusqu'à 2.500 par jour), selon lui. 

Toutefois, pour limiter les dégâts, "le vaccin ne suffira pas", selon le Pr Delfraissy. Le Conseil scientifique préconise donc de "réintroduire le port du masque dans certains lieux" et de renforcer le télétravail, sans oublier l'aération des lieux clos. "L'objectif sera de tout faire pour ne pas aller vers un nouveau confinement" car "ce n'est plus tenable", selon l'immunologue. 

Confiner les non vaccinés ou instaurer un pass vaccinal, pas à l'ordre du jour 

Certains professionnels de santé réclament de durcir les mesures envers les non-vaccinés. C'est ce qu'a fait l'Autriche, devenue le premier pays de l'UE à les confiner, avant d'annoncer que le confinement concernerait finalement tout le monde. "Les pays qui confinent les non-vaccinés sont ceux qui n'ont pas mis en place le pass. Cette mesure n'est donc pas nécessaire en France", a toutefois assuré Emmanuel Macron dans un entretien à La Voix du Nord la semaine dernière. 




D'autres voudraient remplacer le pass sanitaire par un pass vaccinal, comme l'Allemagne ou les Pays-Bas l'ont annoncé : avoir un test négatif ne suffirait plus pour entrer dans certains endroits et il faudrait être vacciné. "Rien n'est exclu par principe. Mais est-ce que c'est une piste sur laquelle on travaille, qui est discutée en Conseil de défense ? À ce stade, non", a également écarté Gabriel Attal, mardi dernier sur France Inter. 

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